La réalité n’est pas celle que vous croyez 2/ Les objets

La réalité, quelle chose fascinante !

Après une introduction à la réalité (et aux limites de notre perception), concentrons nous sur notre vision des objets.

Rien de plus simple me diriez vous ? Attendez un peu. Parlons objets.

Ah, les objets… Agrégats de matériaux, agencés par des machines ou des petites mains parfois chinoises. Mais ils sont aussi bien plus que cela.

Les madeleines

Soyons honnête : même s’il nous est rabâché à longueur d’achats que nous vivons dans un monde désespérément matérialiste, où tout est interchangeable, on s’attache quand même aux objets. On peut raisonner autant qu’on veut, se dire que c’est puéril, mais combien de bibelots sont, chez nous, le lien concret vers un souvenir, une véritable madeleine de Proust qui nous fait revivre un moment, une émotion, qui nous ramène à une personne…

On ne prend pas les objets pour ce qu’ils sont, c’est à dire des objets. En plus de leur utilité première, ils charrient un bout de notre vie. Lorsqu’on déchire de rage la photo de son ex, on déchire son ex. Le vase de sa mère défunte, sur la cheminée, ramène à sa mère dès qu’on pose le regard dessus. Pourquoi nos greniers sont-ils engorgés de cartons dont on refuse de se débarrasser ? Promis chéri, je ferais le tri, un jour… Et cette amphore immonde… mais c’est mon neveu qui me la offert, il paraissait tellement heureux… et ce coussin ramené d’un voyage au bout du monde avec…

Nous sommes effectivement matérialiste, oui, au sens que nous aimons la matière, même des objets désespérément obsolètes. On collectionne les DVD, le vinyle est de retour. Les bibliothèques, comme j’en parlais ici, sont un réservoir à souvenir, chaque livre drainant son achat, les endroits de sa lecture, les frissons qu’il provoqua… Tous ces objets ancrent nos émotions de manière bien plus fiables que nos souvenirs immatériels…

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Les Pubs

Si une profession a compris que nous ne voyons pas les objets comme de simples objets, ce sont les publicitaires. Ce savon n’est pas qu’un simple savon. C’est 1000 ans de tradition, des arômes uniques, un secret de fabrication savamment gardé. Cette montre attachée à votre poignée ? Symbole de votre liberté nouvelle car avant, bien sûr, vous ne l’étiez pas.

Les publicités sont partout. Elles coulent de la radio dès le matin, tapissent votre ville, s’intercalent à chaque coupure insoutenable de votre série, s’impriment en tartine de papier dans votre magazine, popent up sur votre écran dès que vous êtes connectés. Elles attisent nos sens, les perturbent, les énervent, les excitent, en s’appuyant sur les deux mamelles du marketing : le sein maternel et le sein sexuel.

Maternel. Ah, la famille… Pas celle que vous avez, bien sûr, avec ses squelettes dans les placards, ses non-dits, ses prises de tête et réunions de famille où l’on se rend à reculons et qui sont à rallonge. Une famille idéale, aimante et solidaire. La famille Kinder Bueno. Combien d’objets nous sont vendus comme la promesse d’un lien filial, d’une famille recomposée, d’un secret transmis de mère en fille ? Combien de légume regorgent de fibre paternelle ? Combien de café, confiture, jambon, artichauts surgelés, ne sont en réalité qu’un prétexte à un grand repas de famille, où les yeux ne sont pas rivés sur les portables, où les enfants sont sages, où tonton n’et pas raciste ? Grand-mère sait faire du bon café. Et maintenant c’est moi le grand père. L’ami du petit déjeuner. Consommez, savourez.

Sexuel. Mais la plus grande force de frappe de la pub est le bobard du nibard, la promesse de la fesse. Avec ce parfum, les filles vont tomber du ciel. Rajoute ce gel fixation extrême, je te raconte pas. Et puis ce portable, ce Jean, ces chaussures, cette voiture, cette capote de voiture, cette capote, et c’est plié. Et bien sûr, c’est l’homme qui séduit la femme, ne compliquons pas les stéréotypes. La femme, elle, doit être belle, crème d’épilation, maquillage, gloss, Slim, la femme publicitaire est parfaite, même ses fuites urinaires sont bleu océan.

Le client n’achète plus un objet, mais la promesse d’un futur désirable, d’un sentiment de paix, d’un coït immédiat. Un avenir forcément radieux face à son présent terne. Car avant de vendre son rêve, la publicité lui rappelle bien la médiocre réalité de sa vie actuelle. Il peut la fuir pour la modique somme de 99 francs, c’est une affaire, profitez-en, demain le prix aura doublé.

Il est facile de se moquer, et prendre l’air de celui qui ne tombe pas dans le panneau publicitaire. Mais même si on clame détester la réclame, on s’en souvient. Combien de refrains, de slogans, pouvons-nous réciter par cœur ? William Seurin, il n’y a que Maille qui m’aille, Pour nous, les hommes, Just do It, It s in the Game, Venez comme vous êtes. Ces mélodies entêtantes, à la rime facile, ponctuent nos quotidiens et nous accompagnent dans les vastes rayons de supermarchés.

En au moment de choisir parmi le nombre angoissant de cassoulets, de poeles à frire, de pâtes, que va-t-on choisir ? Nous allons choisir Mercurochrome, le pansement des héros. Nous allons choisir Barilla, l’Italie est là. Nous prenons Maggie Maggie, et vos idées ont du génie, et élisons Mennen, pour nous les hommes.

Deux objets identiques au prix différent, si nous n’en sommes pas à racler les fond de tiroir, nous allons choisir le plus connu, donc le plus cher. Le supplément, c’est la part de rêve que nous a vendu la pub, par rapport à l’autre marque, inconnu et bassement matérielle. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, elle nous rassure : nous sommes en terrain connu, et la pub est en terrain conquis. Au fond, est ce qu’on n’aimerai pas pouvoir réunir toute notre famille autour d’un bon plat. Est-ce qu’on ne voudrait pas que cette fille nous admire. Cet espoir, c’est l’euro cinquante supplémentaire.

 

L’incarnation

Mais les objets ne sont pas que des réceptacles aptes à recevoir nos souvenirs, nos désirs et nos ambitions. Ils sont également animés d’une vie propre.

Nous le savons dès notre plus tendre enfance. Essayez d’arracher un doudou à un bébé (espèce de monstre). Vous verrez s’il se contente de hausser ses épaules potelées. Non. Vous le privez d’un ami, il vous prive de vos tympans. Cette anthropomorphisation (attribution des qualités humaines à un objet, un animal) ne s’arrête pas là. Combien de films sur des objets qui viennent à la vie ? Combien de Pinocchio, de Vénus d’île, de Buzz l’éclair, de Magicien d’Oz, de Chucky, d’Indien dans le Placard, de Nuits au Musée ? Empathie oblige, en voyant une forme vivant, expressive, nous lui accordons une volonté propre.

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Pourquoi les dictateurs se sentent ils obligés de nous façonner pléthores de statues à leur effigie ? Pour leur gloire, rappeler qui est le patron indéboulonnable, certes, mais n’imaginent ils pas que, tel un horkrux, ils préservent une partie d’eux-mêmes à l’intérieur et gardent un oeil dans tout le pays ? Et pourquoi les peuples en révolte ont-ils le besoin de détruire ces mêmes statues ? Et pour revenir à la pub, n’y a-t-il pas un peu de Robert Downey Junior dans la montre qu’il nous incite à acheter ? Une pointe de Hugh Jackman dans ce stylo ?

Les objets sont vivants et ne sont pas toujours nos amis. Pourquoi insultons nous ce putain de meuble sur lequel nous avons saccagé un petit doigt ? Pourquoi engueulons-nous cette voiture qui ne démarre pas, ce marteau qui nous a éclaté l’ongle, cette raquette qui a laissée passer la balle lors du dernier set ?

Un simple coup de colère et nous jetons notre rationalité aux oubliettes pour chercher un coupable. Ce ne peut pas être nous, c’est forcément l’objet. Et ce n’est pas la peine d’être sous le coup d’une forte émotion pour croire à cette incarnation. Vous connaisse les dakimakuras ?

L’intelligence artificielle

Si des personnes ont bien compris notre faculté à mettre de la vie dans l’inanimé, ce sont les entreprises robotiques et d’intelligence artificiels. Objet immatériel, objet quand même. Alors que l’IA n’a pas (encore) conscience de sa propre existence, tout est fait pour lui donner l’illusion de réflexion humaine. Sur les réseaux, les IA, ou apparenté à, sont présentées comme des êtres humains et généralement, tiens donc, des femmes. Corona, Siri…et les bots, ces petits programmes à l’apparente réflexion humaine qui envahissent les sites pour aider les clients, se multiplient.

La domotique est l’incorporation du numérique dans la maison. Arrivent et vont se développer dans les années qui viennent des « assistants ménagers ». Ces objets, construits par Amazon, Google, Facebook, sont connectés avec tous les objets de votre maison et vont régler le chauffage, le four, vous rappeler ce que vous devez faire demain, vous enjoindre à faire du sport… ils surtout, ils vont tout faire pour que vous oubliez qu’il ne s’agit que d’un objet. Comme les humains, ils réagissent à la voix, répondent, et sont même programmés pour faire des blagues.

Cette « humanité » est rassurante. Cette voix qui nous parle est comme nous. Elle nous permet d’oublier, par exemple, qu’à l’autre bout de ce sympathique objet se trouvent de gigantesques multinationales, indépendantes du droit de notre pays, qui peuvent enregistrer toutes nos conversations et nos mouvements.

Au Japon se développe une intelligence artificielle sous forme de personnages de jeu vidéo féminin (tiens donc) pour accompagner les businessmen Japonais. Businessmen qui, pour faire simple, bossent comme des fous, rentrent tard et sont happés par la solitude froide de leur minuscule appartement dans lequel ils ne passent que quelques heures d’un sommeil peu réparateur avant de repartir au boulot. Cette présence, permettrait justement de ne pas faire sombrer les Japonais dans une certaine déprime, voir une déprime certaine, et espérer faire infléchir le dramatique taux de suicide du pays.

Nous pouvons penser ce que l’on veut de cette solution. Mais cette intelligence artificielle sera comme le reste : une illusion d’humanité, généralement « parfaite » envers son hôte, l’idéal féminin, en tout cas l’idée qu’on se fait de cet idéal. Son attention n’est pas sincère, mais calculé par une série d’algorithmes incluant votre intérêt et celui de l’entreprise qui l’a créée.

De manière plus générale, donner “vie” à des robots et des IA permet de jouer sur les deux sens du mot « humain ». Si un robot est « humain », il rassure. On s’inquiète bien moins du chamboulement de société qui se produit et qui balaye nos références et repoussent les frontières de l’intelligence et de l’humanité.

Cette incarnation de la vie dans les objets n’est pas en marge : elle est déjà là. Est-ce bien, est ce mal, je me garderais bien de trancher, surtout que comme toujours, la réponse emprunte un peu des deux chemins.

L’art et la science-fiction ont depuis longtemps proposés des pistes de réflexions pour ce futur qui, désormais, devient présent. En voilà une petite sélection, bien sûr, non exhaustive : Blade Runner, Black Miroir, Real Human, Ghost in the Shell. Dans une autre catégorie, je conseille également le manga «Full Métal Alchimist » qui au-delà de son histoire intéressante offre une brillante réflexion sur ce qui peut définir un homme : son corps ou son esprit, incarné dans un objet.

Avez vous d’autres œuvres de réflexion sur le sujet à conseiller ? N’hésitez pas, ce blog est fait pour échanger !

A bientôt !

 

La cloison de verre

Connaissez-vous l’expérience de Milgram ?

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Entre 1960 et 1963, le psychologue américain John Milgram recrute des volontaires et leur propose une expérience moyennant 4 dollars (une somme à l’époque ! Comme quoi, l’inflation n’a pas besoin d’un changement de monnaie pour se développer) :

Le volontaire est placé dans une pièce en compagnie d’un scientifique, garant du bon déroulé de l’expérience. Il doit faire apprendre à une troisième personne, située dans une pièce voisine, une succession de mots. Les deux pièces sont séparées d’une cloison de verre, ainsi le volontaire peut voir l’élève. Jusque-là, rien de compliqué.

Sauf que cette troisième personne, l’élève, est reliée à un réseau électrique. A chaque mauvaise réponse, le volontaire lui envoie une décharge électrique via un panneau de contrôle, sur lequel il augmente l’intensité à chaque nouvelle erreur de l’élève jusqu’à un maximum de 450 V.

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Par Paulr — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2185982

Vous ne serez en aucun cas responsable des conséquences de cette expérience

 précise d’emblée le scientifique. Par contre :

Il est impératif de continuer à augmenter les décharges, sous peine de fausser les résultats.

L’expérience commence. Dès 75 V, l’élève signale des picotements désagréables. Alors que le voltage augmente , l’élève va peu à peu se tordre de douleur et finir par supplier au volontaire d’arrêter.

Généralement le volontaire ne s’arrête pas. Au total, 62,5% des personnes iront jusqu’à l’extrême limite du voltage, 450 V, malgré les hurlements de douleur de l’élève et l’indication sur leur panneau de commande « Attention, choc dangeureux. La totalité des participants dépasseront le cap des 150 V.

62,5% des participants, donc, vont infliger une souffrance de 450 V à une tierce personne. Mais ce que les volontaires ignorent, c’est que le scientifique et l’élève sont en réalité des comédiens, et qu’aucune décharge n’est administrée. Le “scientifique”, sûr de lui, blouse de circonstance, insiste pour continuer dès que le candidat témoigne de ses hésitations. L’élève, lui, doit graduellement se tordre de douleurs en fonction de l’intensité du voltage.

Alors que le volontaire pense être l’acteur d’une procédure de vérification des capacités d’apprentissage, il est en réalité le sujet d’une expérience sur la soumission .

John Milgram cherchait à savoir jusqu’où nous sommes prêt à obéir à une autorité qui nous semble légitime, ici un scientifique sûr de lui, même si les actions qu’on nous impose sont contraires à notre morale. Les résultats dépassèrent ses prédictions les plus pessimistes.

(Demandez vous après pourquoi tous les acteurs des pubs de dentifrices ne peuvent pas s’empêcher d’arborer une belle blouse blanche, qui semble attester que, oui, ce fluor là va changer votre vie contrairement aux autres, pourtant identiques.)

L’expérience sera renouvelée à de nombreuses reprises pour multiplier les contextes et assurer une assise scientifique au procédé. A chaque fois, le résultat sera proche de ceux obtenus par Milgram : entre 60 et 70% des personnes dépasserons le cap des 450 V.

Qu’en déduire ?

Je tracerai pour ma part deux lignes de réflexions.

Tout d’abord, faisons preuve de modestie. Le livre « La part de l’autre » nous montre à quel point les circonstances peuvent transformer l’homme. De même il est facile, bien lové dans notre morale, d’affirmer que dans une telle situation, bien sûr, on ne se laisserait pas faire. On brandirait nos principes en étendards et claquerait la porte de cette pièce et de cette expérience. Mouais. Sans être nous-même soumis aux mêmes conditions, nous ne pouvons pas revendiquer notre révolte face à l’autorité de cette blouse de scientifique.

De même, il est facile de se gausser, d’avancer que de toute façon, l’homme est une saloperie, vérolé jusqu’à la morale. Alors foutu pour foutu, autant saccager la planète, découper les bébés phoques et piétiner les faibles puisqu’au final, nous ne sommes bon qu’à cela. Avancer la nature mauvaise de l’homme est la plus faible justification des pires horreurs.

A l’époque des lumières, Montesquieu nous sort l’Esprit des Lois, sympathique pavé, nuits blanches de vos heures lycéennes, qui nous parle de séparation des pouvoirs, législatif (écrire et voter les lois), exécutif (appliquer les lois), judiciaire (contrôler le respect de loi). Mais pourquoi cette séparation ? Tout simplement pour éviter le despotisme, tendance naturel de l’être humain, et garder un “gouvernement sain”. Connaître nos faiblesses, très bien. S’y complaire : absurde. S’en prévenir est sain.

Quelques précisions.

Avant d’arriver à la conclusion de ce texte, je tiens à faire part de quelques variations effectuées pour cette expérience.

Au fil des résultats, Milgram nota que la distance entre le volontaire et l’élève impactait les résultats. Plus le volontaire est physiquement proche de l’élève, moins il accepte d’infliger les décharges. Dans le cas où il n’y a pas de cloison, le nombre de personnes acceptant de continuer chute drastiquement (seul 30 % des volontaires infligeront le choc maximum).

Enfin, l’expérience sera reproduite par France Télévision en 2009, s’inspirant de Milgram, dans le cadre d’une (fausse) émission de télé réalité appelé « Zone Xtreme ». Les conditions sont sensiblement les mêmes, mais le scientifique est remplacée par une présentatrice de télévision encore plus incitative, et un public est présent. Au sein de cette expérience, le nombre volontaires allant jusqu’au voltage extrême avoisinera les 80 %, soit 20 % de plus qu’avec l’expérience de Milgram.

Et maintenant ?

Nous pouvons tirer de nombreuses réflexions de cette expérience. En voici une. Nous venons de voir que sans cloison de verre entre les personnes, l’empathie reprend ses droits, le volontaire refuse de faire souffrir l’élève. Remettons la cloison, l’empathie s’amenuise.

Transformons cette cloison de verre en plexiglas sur lequel vous lisez ce texte. Bien à l’abri derrière votre écran, coupés des empathies humaines, n’est-il pas plus facile de faire souffrir les personnes à décharges de tweets foudroyants et messages sous tensions ? Les réseaux sociaux saturent de ces posts électriques qui court circuitent la moindre réflexion dans ce vaste océan numérique.

L’expérience de Milgram démontre que plus nous sommes loin de la personne, moins nous avons de scrupule à la faire souffrir. Sur le Réseau, la distance se compte en centaines de kilomètres de câbles Internet. Comment ressentir ce qui affectera l’autre ? S’intéresse t on seulement à ce ressentit ? Non, bien sûr. Trop loin. Trop virtuel. L’écran de notre ordinateur est un verre pilé qui concasse nos perceptions en datas et pixels.

Lors de l’expérience, le scientifique précise que le volontaire ne sera pas responsable des conséquences. Et nous ? Ne sommes-nous pas persuadé de notre immunité en lâchant ces messages ? Nous écrivons, postons, oubliant qu’ils atteignent une personne de chair, d’os, et d’émotions. Notre destinataire n’est qu’une caricature, simple incarnation de son message qui nous fait réagir car trop tolérant, trop intolérant, trop machiste, trop féministe. Nous pensons être absous et, poussé dans l’arène par ces millions d’yeux anonymes qui scrutent le web telle les caméras d’une télé réalité permanente, nous sommes poussé vers nos extrêmes au mépris des conséquences.

Et enfin, telle l’expérience, nous pensons que ça n’arrive qu’aux autres. Je n’obéirai pas au scientifique. Des textes haineux, moi ? Jamais. !

Soyez honnête… soyons honnête. N’y a-t-il jamais eu de moment où vexé, frustré, énervé, nous avions simplement besoin de nous défouler ? Puis, ayant éructé notre fiel, un peu honteux (ou pas), nous avons éteint notre ordinateur sans jamais retourner sur ce fil de conversation. De peur, peut-être, de voir les conséquences de nos mots.

En conclusion de son expérience, Milgram  précise que les gens ne sont pas naturellement sadiques. Ils sont simplement poussés par cette autorité légitime. De même, les messages haineux, violents, misogynes qui pullulent sur le web ne sont pas forcements écrits par des gens haineux, violents, misogynes. Protégé par l’illusion d’immunité, à l’abri derrière la cloison de verre de leur ordinateur, ils coupent simplement leur empathie par des messages lapidaires.

Mais si on pousse jusqu’au bout cette comparaison entre l’expérience et nos actions sur la toile, il manque l’élément déterminant : quelle est donc cette autorité légitime à laquelle nous nous soumettons lorsque nous déversons notre fiel numérique ?

Peut-être s’agit il de cette injonction implicite, invisible, pourtant omniprésente sur les réseaux sociaux : soyez vrai. Un ordre de bataille scandé par nos ordinateurs, tablettes, smartphones, smartwatchs, qui vous demande en permanence d’écrire ce qui vous passe par la tête, comme ça, brut. Twitter a été créé à l’origine pour que les gens sachent ce que vous faisiez à n’importe quel moment. Facebook ne vous demande pas votre réflexion pour écrire. En haut de votre journal, il ordonne « exprimez-vous ». Soyez vrai ! Et surtout, ne discutez pas. Vous avez pris une photo ? Facebook vous suggère immédiatement de la mettre en ligne. Et c’est encore plus facile de communiquer avec Facebook live, maintenant. Bon sang, soyez vrai ! Et tiens, Facebook est en train d’investir dans une technologie qui vous permettra de poster directement ce que vous pensez ! Soyez vrai, bon sang ! Et ne passez surtout pas par le tamis grossier de l’esprit. Qui dit vrai dit qu’on ne va pas y penser à deux fois. La réflexion ça sonne faux. Parler vrai, c’est les idioties sortis à longueurs de lofts par les candidats des téléréalités. Allo, t’as pas de shampoing ? Les oreilles ont des murs. C’est utile les agriculteurs, c’est avec leur lait qu’on fait le pain. Les candidats sont parqués dans des enclos, écartelés par les caméras pour qu’on se foute de leur gueule, mais on les présente comme les portes paroles de l’authentique. Et en politique, ne dit-on pas que Trump « parle vrai » ? Parler vrai, c’est dire les pires idioties, horreurs, sous prétexte qu’on s’éloigne enfin de cette satanée bien pensance. Parler vrai, ça ne peut pas être le fruit d’une construction de l’esprit. Dès qu’on réfléchit, on dénature le « vrai ». On devient chiant, prise de tête, enculeur de mouches, enfileur de perles.

Alors soyez vrai, merde. La voilà, l’injonction sournoise et autoritaire des réseaux sociaux qui nous drape de ce sentiment d’immunité et nous pousse au vice. Et ne vous inquiétez pas, c’est sans conséquence. Après tout, nous sommes là pour connecter les gens et rendre le monde meilleur.

Seconde guerre mondiale : la fiction et l’actualité

Par hasard, je finis ‘La part de l’autre », d’Éric Emmanuel Schmitt au moment où enfle une double polémique politique portant sur la seconde guerre mondiale : Marine Le Pen affirme que la France n’est pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv, et le porte-parole de la maison blanche affirme qu’Hitler était moins monstrueux que Bachar Al Assad car lui n’avait pas utilisé d’armes chimiques contre son propre peuple.

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Or, la Part de l’Autre pose la question suivante : que se serait-il passé si Adolf Hitler avait été admis aux Beaux-Arts durant sa jeunesse, au lieu d’être recalé, comme ça a été le cas. Nous suivons ainsi deux personnes distinctes, Adolf H., qui a réussit son examen, et Hitler, qui le rate, dans deux vies parallèles. Celle d’Adolf H. est une pure fiction, celle d’Hitler est une biographie romancée. Va-t-il évoluer différemment ? La face du monde sera-t-elle été changer ? Je vous laisse lire le livre pour le découvrir.

Fictionnalité, actualité. Nous avons deux déformations de l’histoire radicalement différentes.

La première, la “Part de l’Autre” est romanesque. Elle affiche clairement que ce qui suit est une fiction. Au travers de cette dernière, nous suivant néanmoins l’actualité du XXième siècle. Nous sommes amené à penser le réel, à réfléchir sur l’évolution des individus, même les plus « monstrueux ». L’environnement fait-il l’homme, à quel point peut-il le transformer ? A quel point un homme peut-io impacter son époque ?

Du côté de l’actualité, nous avons une vision des faits qui contredit à peu près tous les travaux d’historiens de ces soixante dernières années, à savoir la non implication de la France dans cette rafle, et la non utilisation d’armes chimiques de la part d’Hitler.  Ces opinions sont posées comme une réalité par des personnes au pouvoir ou aspirants à l’être.

La fiction est un mensonge assumé. Tout comme l’acteur n’est pas le personnage, l’auteur n’est pas le narrateur, nous savons qu’il y a une part de faux dans “la Part de l’Autre”. Nous avons conscience que cette illusion nous permet de réfléchir à notre réalité. Mais que se passe-t-il lorsque, au contraire, on cherche à faire passer des fictions pour la réalité ?

La réalité ? Quelle réalité ? 1/ Introduction

Nous ne vivons pas dans la réalité, mais dans notre interprétation de celle-ci. Entre la réalité et nous, il y a un monde. Heureusement, nous avons des intermédiaires pour faire le lien.

Ces intermédiaires, ce sont les sens et notre esprit. Nos sens nous permettent de voir, goûter, sentir, ressentir la réalité. Notre esprit traduit ces informations brutes de l’extérieur pour les rendre intelligible. Ces outils sont nécessaires et complémentaires. Mais ils sont limités.

Prenons la vue : ce qui nous semble être une perception authentique de l’extérieur est en « réalité » limité : les couleurs sont des ondes de lumières aux longueurs spécifiques. Trop courtes ou trop longues, nous ne les voyons pas. Les rayons ultraviolets qui proviennent du soleil et massacrent notre peau en été sont invisibles à l’œil nu. Nous avons ainsi une limitation dans notre perception de la réalité. Limitation que n’ont pas certains rapaces, qui perçoivent parfaitement ces longues d’ondes, très utiles pour chasser.

Leur vision est-elle « plus » ou « moins » proche de la réalité ? Question ouverte, réponse simple improbable.

(Ce qui est sûr, c’est qu’il y a d’autres ultraviolets auxquels il faut éviter de s’exposer)

Passons à l’ouïe : certaines fréquences sont inaudibles pour l’homme, comme les ultrasons, parfois perceptibles par les jeunes personnes (et certains collégiens taquins s’amusent en classe à émettre ces sons inaudible pour l’adulte qui s’échine à enseigner les fonctions affines ou l’émergence du romantisme). Les chiens perçoivent également ces fréquences d’où la même question que pour les rapaces, et la même difficulté à répondre.

Si vous avez un membre engourdit, de la corne sous les pieds, votre toucher est altéré. Ayez de l’agueusie, vous ne percevrez plus le goût des aliments.

Nous ne pouvons pas sentir certains gaz, notamment le méthane qui fait le bonheur de nos gazinières. CE que nous percevons et que nous associons au gaz (et au danger) est celui du tétrahydrothiophène, utilisé pour palier à ce manque d’odeur.  L’expression « ça sent le gaz » serait plutôt « ça sent le tétrahydrothiophène » ce qui, il est vrai est moins simple.

Il y a des choses que nous ne voyons pas, touchons pas, ne sentons pas. Mais le contraire existe aussi. Nous percevons des choses qui n’existent pas.

Il y a déjà les hallucinations en tout genre, aussi bien due par des psychotropes (la drogue, de tout type et tout format), à cause des sensations de manque, notamment d’alcool (delirium tremens), ou pour des raisons psychique ou psychologique. Il est très dur de dire à la personne que ces araignées géantes qui courent sur le plancher ne sont pas réelles, car elle les voit aussi distinctement qu’elle nous voit nous, qui existons.

Prenons le toucher : certaines personnes amputées disent se plaindre de ce qu’on appelle la douleur du « membre fantôme ». Même si leur main droite n’est plus, elles sont persuadées d’avoir le point serré et souffrent de cette contracture. Le plus intéressant, c’est que le cerveau réagit exactement de la même manière que si un membre existant avait une vrai contracture.

La solution à ce problème est tout aussi fascinante. Les fans de la série House la connaisse déjà : il est possible de mettre un miroir entre la main gauche (entière) et le moignon de la main droite. Visuellement, le patient « voit » sa main droite, cette illusion devient sa réalité. Il lui est ensuite demandé de serrer très fort les poings (dont le poing fantôme). Ensuite, il relâche tout. Et dans certains cas (et après plusieurs répétitions) cette douleur s’en va. L’illusion a eu, pour ses yeux, valeur de réalité.

Si nos sens sont limités, mais nous avons également un nombre limité de sens. S’il apparait que nous en possédons en réalité plus de 5 (il faudrait ajouter le sens de l’équilibre, la perception de la douleur, des températures : voir ici pour plus de précisions), nous ne pouvons pas percevoir les variations magnétiques autours de nous. Certains transhumanisme (personnes souhaitant améliorer les capacités du corps humain grâce à la technologie) ont d’ailleurs décidé de s’implanter des aimants pour ajouter à leurs perceptions celle des champs magnétiques et découvrir un nouvel aspect de la réalité.

Donc, nos sens sont limités, limitent notre perception de la réalité et en ajoutent d’autres qui n’existent pas.

Mais ce n’est pas tout. Car les informations qui nous atteignent sont triturés par notre cerveau avant même que nous en ayons conscience.

Retour à la vision. Ce que nous percevons de l’extérieur est en réalité un flux électrique proposant une image inversée (à la manière d’une lentille de vision, ou, plus prosaïquement, du reflet que renvoie votre cuillère côté creux). Elle n’est pas colorée de partout, est floue sur les pourtours. Pourtant, le cerveau va nous faire parvenir une image colorée, net, et à l’endroit. (Voir ici pour une explication simple. Oui, c’est Hugo l’escargot, mais c’est très clair !)

Vous voyez en permanence votre nez. Si vous ne me croyez pas, arrêtez de lire, baissez les yeux. Vous le voyez à droite et à gauche de votre champs de vision. Nous n’y prettons jamais attention, car le cerveau ignore cette information qu’il estime inintéressante.

Vous notez la profondeur du silence, après un concert particulièrement bruyant ? Vous supportez un bain brûlant après avoir ajouté progressivement de l’eau chaude ? Votre cerveau a ajusté vos perceptions au cours du temps. Au cours d’un bon repas de raclette, vous décidez de quitter la salle à manger pour aller aux toilettes / fumer / appeler quelqu’un / quitter une conversation politique qui tourne mal. A votre retour, l’odeur du fromage vous saisit aux narines. Pourtant, vous ne sentiez rien avant de partir. Encore une fois, le cerveau a ajusté vos sensations.

On s’habitue. A l’odeur du fromage, au bruit d’une rue sous notre fenêtre, à la rugosité d’un drap. Notre cerveau, commandeur en chef, modifie en permanence nos perceptions pour que nous allions à l’essentiel et oublions ce qui est habituel et permanent. Pourquoi une personne endormit devant un film se réveille lorsqu’on éteint la télévision,  ou lorsque la voiture s’arrête ? Car quelque chose de nouveau arrive. Pas de bruyant, de nouveau.

Le cerveau est l’ingénieur principal de ces perceptions. Il rend l’ensemble logique et intelligible. Il met du sens là où il ne pourrait y avoir qu’un magma de couleurs, de sons ou d’odeurs. Il ajuste, aménage, arrange, il est l’interprète de ce que nous percevons, pour que nous puissions comprendre quelque chose à ce foutoir appelé réalité. A ce que reçoive nos sens, il ajoute du sens. Pour que nous ayons l’illusion de percevoir la réalité, il doit la modifier. Il est le traducteur en chef.

Mais comme toute traduction, il y a parfois quelques couacs d’interprétations.

Voyons pour cela cette illusion d’optique particulièrement perverse :

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Echiquier d’Adelson

Un bel échiquier, un cylindre étrange, et des cases de couleurs différentes. Et pourtant, je vous affirme que les cases A et B sont de couleur absolument identique.

Si vous n’aviez généralement jamais vu cette illusion d’optique, vous allez probablement me traiter de menteur parce qu’on ne croit que ce que l’on voit, n’est ce pas ? Et là, on voit deux couleurs différentes, alors bon…

Je vous laisse copier ce dessin sur Paint, tester les couleurs, voir qu’elles ont identiques, réfuter cette évidence en maugréant, recommencer, admettre qu’il y a quelque chose de louche, puis revenir ici.

Le cerveau est logique. Il reconnaît un plateau d’échec où, manifestement, les diagonales sont de couleurs opposées. Ajoutons à cela un jeu d’ombre proposé par le cylindre et il est évident, pour le cerveau, que ces deux cases sont de couleurs différentes, alors il ajuste les tonalités. Et on peut apporter toutes les preuves que l’on souhaite, rien à faire, on continue à percevoir des couleurs différentes. Parfois, certaines traductions du cerveau sont absurdes.

Dans d’autres cas, l’ajout de connaissances permet de modifier les perceptions. Voyez plutôt : que voyez vous ?

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Source : 
ici

 

Vous me répondrez certainement un mur. Avec, mettons, un petit caillou au milieu. Votre cerveau se base sur ce qu’il connait déjà, et un caillou dans un mur, c’est logique. Maintenant, je vous apporte une nouvelle information : il y a un cigare planté dans ce mur, et le petit caillou est en fait de la cendre. Retournez sur la photo. Désormais, non seulement vous voyez le cigare, mais vous ne pouvez plus ne pas le voir.

Il est logique qu’il y ait un caillou sur un mur. Beaucoup moins un cigare, alors le cerveau a tout simplement ignoré cette information. Pour appréhender de nouveaux éléments, nous nous basons sur ce que nous connaissons déjà. Cela s’appelle l’expérience. C’est fondamentalement utile, parfois vital, mais cela nous empêche de voir des informations nouvelle. Parfois c’est un cigare dans un mur, parfois c’est quelque chose de plus important.

La bonne nouvelle que prouve cette image, c’est que la connaissance du « truc » modifie notre réalité. En fait, chaque nouvel apprentissage nous permet de voir de nouveaux aspects sur ce qui nous entoure.

N’avez vous pas le sensation, après avoir appris un nouveau mot, de le voir de partout ? C’est normalement, notre réalité s’est modifiée.

Je peux vous prouver là, maintenant, qu’une nouvelle connaissance peut modifier votre réalité. Avec une information, il est possible d’altérer votre vision du monde (à une modeste échelle, n’exagérons rien).

Vous voyez certainement, régulièrement, des affiches, des pages, de publicités pour les montres (généralement autours de la montre se trouve une star hollywoodienne qui souhaite faire de la pub mais également préserver une certaine  image en papier glacé).

Sans doute n’avez-vous rien noté d’étrange sur ces images. Et pourtant, les montres montrent presque toujours le même : 10 h 10. Je vous laisse vous balader dans les rues à la recherche des fameuses affiches, mais si vous êtes impatients, voici une bête recherche google qui le démontrera pas A + B (on retrouve également les stars hollywoodiennes dont je parlais précédemment, qui arrondissent leurs fins de mois à la force du poignet).

Désormais, il est à parier que vous ne verrez plus de la même manière  ces publicités, repérant automatiquement les aiguilles, ne pouvant plus ne pas noter cette singularité. Réalité modifiée.

La connaissance fait évoluer notre perception de la réalité. En bien, en mal, peu importe. L’apprentissage d’une langue étrangère transformera ce qui nous semble des sons indistincts en quelque chose d’intelligible. Une meilleure connaissance de l’art pictural nous fera apprécier différemment un tableau. Au-delà de la perception des sens, du cerveau qui s’en mêle (et parfois s’emmêle), c’est notre expérience entière, nos affinités, nos passions, nos haines, qui sont sollicitées pour nous dire à chaque fois : quelle est la réalité que je perçois ?

Que peut on en conclure ?

Nos sens sont indispensables pour percevoir le monde. Notre cerveau l’est tout autant, pour traduire ces données brutes en quelque chose d’intelligibles. Mais les illusions d’optiques, outre leur côté amusant, révèlent les limites de ces perceptions et prouvent plusieurs choses : nous cherchons à mettre du sens, sans cesse, et cela peut fausser notre perception. Parfois, savoir que nous nous trompons n’enlève pas l’illusion. Parfois, l’ajout de nouvelles connaissances modifie perception, mais empêche également notre ancienne version de la réalité de revenir. Quiconque parle une nouvelle langue n’entendra plus jamais des babillages incompréhensibles. Un tableau ne sera plus un simple tableau pour l’expert en art. Nos sens, notre cerveau, notre identité, influent notre vision de voir le monde.

Et c’est ce monde, justement, que nous allons explorer dans les prochains articles consacré à ce sujet. Nous verrons en quoi le fait d’interpréter sans cesse la réalité oriente notre « vision » des choses.

Le terme « chose » est justement choisit, car les « objets » seront la thématique du prochain volet !

A bientôt !

La gauche, la droite, le groupe et l’individu

La droite et la gauche sont la référence de notre système politique. On s’en revendique, on s’en affranchit, mais on se positionne par rapport à elles.

Lors de cette campagne présidentielle, les deux candidats (supposément) en tête, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, se considèrent par ailleurs au-delà du clivage droite / gauche (Macron), ou au dehors du système (Le Pen).

Il est donc intéressant de regarder ce qui oppose la gauche et la droite, aussi bien en politique qu’au niveau sociétal. Première différence fondamentale : la notion d’échelle. La gauche est plus incitée à réfléchir en groupes et structures, la droite en terme d’individus.

Les candidats

Commençons par les candidats. En 2007 Ségolène Royale représente le PS après des primaires internes au parti : elle est choisie parmi un groupe. La droite voit en Nicolas Sarkozy un candidat naturel (il sera l’unique candidat d’une élection interne à l’UMP). Nicolas Sarkozy fera un quinquennat qualifié de « très personnifié », et François Hollande gagnera les élections suivantes avec la stratégie du « président normal ».

A gauche, Benoît Hamon annonce sans cesse qu’il n’est pas « l’homme providentiel ». Jean Luc Mélenchon, par la forte incarnation de son mouvement, peut faire figure d’exception. De nombreuses voix lui reprochent de trop personnifier sa candidature (notamment avec son double meeting par hologramme). Ajoutons que s’il est élu, il souhaite « disparaître » pour laisser le pouvoir à une assemblée constituante, c’est-à-dire un groupe.

A gauche toujours, au Nouveau Parti Anticapitaliste, Olivier Besancenot quitte son rôle de leader en 2012 pour faire place à Philippe Poutou. Il justifie son choix en disant ne pas vouloir personnifier le mouvement et faire vivre les idées. Et Yannick Jadot, ancien candidat écologiste, s’est retiré au profil de Benoît Hamon lors de cette élection présidentielle.

A droite, malgré les affaires dont il est accusé, François Fillon refuse de se retirer, arguant qu’il est le seul à pouvoir remettre la France sur pieds. Le FN, lui, est aux mains d’une même famille depuis sa création, ce qui en dit long sur la personnification du parti. Lors de la succession de Jean-Marie Le Pen, sa fille fut préférée à Bruno Gollnish, dont les idées étaient plus proches du fondateur du mouvement. Et Marion Maréchal Le Pen, petite fille et nièce de, prend à son tour une importance grandissante dans le parti.

Nicolas Dupont-Aignant, du parti Debout la France, se revendique du gaullisme, c’est-à-dire dans la lignée d’un homme considéré comme providentiel à son arrivée au pouvoir, par ailleurs instigateur d’une 5ième république jugée trop personnalisée (notamment à gauche).

Au delà des personnalités

Cette opposition droite / gauche, individus / structures et idées s’étend sur les programmes des candidats. La proposition du revenu universel d’existence (une solution étatique à des problèmes financiers) est portée par un candidat de gauche. La droite met en avant la liberté d’entreprendre (agir par soi-même) comme argument pour réduire les taxes sur les entreprises.

Descendons dans la société. Les sciences sociales telles que la sociologie, l’anthropologie, études du groupe et des structures, sont généralement cataloguées à gauche. Le commerce, symbole de la réussite personnelle est principalement associé à la droite. Ainsi, notre vision de chaque évènement, activité, est teintée du prisme de notre couleur politique.

Qu’en déduire ?

Que l’on soit de gauche, de droite, ni de gauche, ni de droite, peut être importe, ces convictions n’impactent pas uniquement le nom du bulletin dans l’urne. Nos opinions, ici politiques, teintent notre vision des programmes, des individus de sa couleur particulière. Face à des questions de société, les solutions que nous jugeons acceptables seront passés par le prisme de nos convictions.

Et dans ce monde parfois qualifié de « post vérité », où les sources d’informations se multiplient et la fiabilité de certaines est remise en cause, c’est la perception de la réalité elle-même qui semble désormais dépendre de notre manière de penser.

Alors, prenons du recul

Dans une lettre à Shuller, le philosophe Spinoza parle d’un caillou. Le caillou roule, soumis à la gravité. N’ayant pas conscience de cette force extérieure, il pense avancer par sa propre volonté. Cette image se transporte très logiquement à notre situation. Revenons à nos moutons, c’est à dire la politique.

En ces temps de campagne présidentielle, nous débattons souvent avec véhémence, argumentons face à l’autre, pensant détenir la vérité. Qui a raison ? Qui a tort ? La question n’est pas là. N’oublions simplement pas que tel un caillou, nous sommes soumis à des influences dont nous n’avons pas forcément conscience. Avoir du recul face à nos propres présupposés est la première étape pour sauter dans de vraies discussions politiques.

Le facile et le difficile

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Bien sûr, d’après Magritte

 

Le facile est le difficile sont deux notions qu’on utilise à peu près tous les jours, pour appréhender les milliers d’évènements qui parsèment notre quotidien. Notre réveil a été difficile, trouver une place de parking également. On se sent en pleine forme, notre travail du matin nous paraît facile. Coup de fatigue oblige, l’après-midi est difficile alors ce soir on y va easy, facile.

Humains que nous sommes, nous penchons naturellement vers le facile. Nous inventons la roue, raccourcissons les mots, nous avons même des livres de cuisine écrits sous la promesse de cette facilité.

Critère de jugement fondamental, les pensées, les tâches, les actions, sont faciles ou difficiles. Pour un peu de nuance, mettons que l’éventail part de l’extrêmement difficile au très facile. Monter des œufs en neige : plutôt facile. Escalader une montagne à mains nues ? Très difficile. Sauter à l’élastique : paroxysme de la difficulté : impossible.

La considération est simple, l’opposition évidente : les choses sont soit faciles, soit difficiles, jamais les deux. Aussi hermétique que l’huile et l’eau, ces deux notions semblent désespérément inconciliables.

La relation entre ces deux concepts est elle donc une simple opposition ? A regarder de plus près,  leur articulation semble plus “difficile” qu’il n’y paraît. Voyons cela.

1) Le facile, brique élémentaire du difficile.

Arrêtons nous sur une activité jugée difficile. Elle peut généralement se décomposer en éléments plus faciles. Parlons cuisine, et prenons la fabrication des îles flottantes, calvaire pour certains (« pourquoiiiii les œufs ne montent pas ? » « Pourquoiiii je ne parviens pas à préparer une bonne crème anglaise ? »)

Bref, chou blanc pour les œufs à la neige. Mais décomposons cette préparation en plusieurs étapes (en algorithmes, dirons certains) : fabrication de crème anglaise, pochage des blancs d’œufs, cuisson du caramel. Ces éléments pris séparément sont très logiquement plus faciles à réaliser que l’ensemble. L’agrégation de plusieurs éléments faciles offre, nécessairement, un rendu plus difficile.

Il faut donc parfaitement maîtriser ces éléments faciles pour effectuer leur somme. La réussite d’une bonne île flottante dépend de celle de ses subdivisions : crème anglaise, blancs d’œufs pochés, caramel. Si chacun de ces éléments sont encore trop difficile, il suffit de décomposer encore : bien faire chauffer le lait, bien faire monter les œufs… à chaque fois que l’on descend d’un cran, l’action est plus facile.

Cette réflexion s’étend à l’ensemble des actions et des projets. Toute construction difficile se divise en éléments plus faciles. Si ce n’est pas la décomposition d’une action, c’est sa préparation : une personne voulant faire un marathon de 42 kilomètres va d’abord courir 20, puis 30, puis 40, puis 42. L’idée, à reste la même : atteindre la brique qui nous semble la plus facile,et l’utiliser comme matériau de construction pour façonner son objectif.

L’apprentissage de nombreux arts commencent par la répétition de cette « brique élémentaire » : les arts martiaux font travailler des katas. La maitrise du dessin débute par celle des formes géométriques de base. Tout musicien commence par les gammes.

Au final, une chose n’est pas que difficile. Elle est une accumulation de choses plus faciles. Si au lieu de juger un projet irréaliste, nous le considérons comme une succession d’étapes plus abordables, il est plus facile, justement, d’avancer.

Pour la réussite d’un projet, le facteur essentiel n’est plus sa difficulté, mais le temps que nous sommes prêts à consacrer pour déconstruire l’ensemble en étapes plus faciles à effectuer.

2) Le facile est aussi difficile.

Ce n’est pas tout. Toute action, toute activité, n’est jamais facile ou difficile : elle est les deux, car perfectible. La répétition d’un même geste n’est jamais une stricte reproduction. Elle est une progression vers une meilleure connaissance. Considérer la difficulté d’une chose jugée facile permet de la maitriser davantage.

Restons sur les exemples culinaires et prenons le pain, qui possède une recette relativement basique : de la farine, de l’eau tiède, de la levure ou du levain, et hop, enfourné c’est pesé.

Mais le pain, c’est aussi ça :

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Concours mondial de boulangerie, salon du Sirha

 

Pour parvenir à un tel niveau, j’imagine que les boulangers ont malaxés des centaines de pâtes, enfournés des milliers de miches pour acquérir à chaque essai une meilleure maitrise des gestes, de la technique, voire de la sculpture.

Chaque action, même facile, peut se considérer difficile en fonction de notre exigence. Aux arts martiaux, les fameux katas sont répétés cent, mille fois. En dessin, une forme géométrique basique peut varier en fonction de la lumière, la perspective, le style…

On juge traditionnellement un restaurant à la qualité de son pain, c’est-à-dire son aliment le plus élémentaire. Ce n’est pas un hasard : si le diable se cache dans les détails, la perfection également.

Et la clé de l’apprentissage se trouve dans la combinaison de ces deux techniques : décomposer chaque difficulté en étapes plus faciles, et prendre conscience de la difficulté intrinsèque de celles ci pour les maitriser parfaitement. Le processus de perfectionnement devient peut-être infini, mais il n’est plus difficile.

 

Deux candidats, une couverture

La campagne présidentielle bat de son plein, répercuté tambours battants par les organes de presse. Mais les discussions, discours, brèves, bref, les éléments classiques d’une pré élection sont éclipsés par l’ombre d’une vague d’affaires judiciaires mouillant différents candidats.

Ces affaires sont intéressantes, leur transcription médiatique l’est tout autant et c’est ce que nous allons voir ici. Concentrons-nous sur celles de François Fillon et Marine Le Pen, et leur différence de traitement.

Mais pourquoi uniquement ces deux-là ?

Car ces affaires possèdent des similitudes (embauches d’assistants fantômes) permettant une comparaison plus visible, et les autres sont assez distinctes.

L’affaire Benoît Hamon n’est pas susceptible d’être poursuivi pénalement (même si la logique de conflits d’intérêt peut être relevée). Pour plus d’information sur cette affaire, voir ici.

Les « affaires Macron » (voir ici) concernent majoritairement une utilisation de l’argent de Bercy (lorsque Emmanuel Macron était ministre de l’économie) pour le lancement de sa campagne et de son mouvement, ainsi qu’une déclaration de patrimoine jugé critiquable. Non pas qu’il ne serait pas intéressant d’y réfléchir, mais limiter les objets d’études permettra permet d’éviter un éparpillement.

Donc, les affaires François Fillon et Marine Le Pen. Pour un petit rappel des affaires en temps que tel (ce qui n’est pas forcément nécessaire pour la suite de la démonstration), voilà pour les affaires Fillon et pour les affaires Le Pen.

Nous avons donc candidats électoralement forts, François Fillon et Marine Le Pen, touchés chacun par des affaires, potentiellement condamnables. Pourtant, la couverture médiatique ne se partage pas de la manière : celles de François Fillon occupent une place considérablement plus importante.

Pourquoi cette “préférence” pour François Fillon ? Cet article va tenter de l’expliquer.

Tout d’abord, le factuel :

Il y a trois raisons très pragmatiques :

François Fillon possède plus d’éléments à charge, chaque semaine semble apporter son lot de nouvelles révélations. Plus d’éléments à charge = plus de couverture médiatique. L’équation est facile.

En plus, ces éléments éclaboussant François Fillon arrivent au compte-goutte. Le Canard Enchaîné est l’un des principal média ayant révélé ces affaires. C’est un hebdomadaire sans déclinaison internet. L’arrivée des informations est donc allongée dans le temps, hebdomadaire, impliquant un feuilleton médiatique plus durable.

Enfin, les premières affaires Fillon ont été révélées avant celles de Le Pen. Il possède une attention prioritaire des médias qui considèrent peut être qu’il n’est pas possible, pour des raisons de clarté, d’efficacité, d’impact ou de rentabilité, de traiter deux affaires, sensiblement similaires, de front. L’impact de la seconde affaire, logiquement, s’amoindrit.

(Sur un registre plus tragique, nous avons une équivalence avec la prise d’otage de l’épicerie casher en janvier 2015 aurait été davantage relayé, avec un impact plus fort, sans l’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, qui a eu lieu deux jours plus tôt)

Toutes ces raisons, froidement factuelles, suffisent-elles à expliquer cette différence ? Rien n’est moins sûr. Plongeons désormais dans des théories plus complexes.

Les limites des hypothèses

Rappelons d’abord que les explications qui suivront ne sont que des hypothèses, par donc ces invérifiables. Elles apportent néanmoins un éclairage intéressant sur les évènements et permettent une grille d’interprétation des faits (nous reviendrons sur ces hauts concepts métaphysiques de faits et d’interprétations dans un autre article !).

Je précise également que ces théories ne peuvent être l’absolue vérité. Les médias possèdent certes des influences communes, des motivations similaires, ce n’est pas pour autant pas un bloc figé, d’une volonté propre. Chaque journal, chaîne de télé ou radio, site, possède ses propres intérêts, sa vision, ses contraintes, et se compose d’individus, donc de personnalités propres. Interpréter globalement veut dire simplifier. C’est éclairante, mais forcément imparfait (et oui, il y aura aussi un article plus large sur le sujet !).

Au gré des réseaux sociaux, nous pouvons glaner du bout des doigts quelques théories dont voici un bouquet : il s’agit de défendre les intérêts du FN, parti fort, peut être futur parti au pouvoir. Ou alors, le pouvoir en place, socialiste, cherche à faire tomber son concurrent historique, des Républicains. Autre idée, les médias sont à la botte de Macron et l’adversaire à abattre, car le plus dangereux, est François Fillon (les deux dernières théories pouvant d’ailleurs être complémentaires).

Je voudrais proposer deux autres hypothèses, qui n’imaginent pas un pouvoir direct du pouvoir en place sur l’ensemble de la presse, ou l’idée que tous les médias partagent la même théorie sur le Front National ou Emmanuel Macron. Les voici :

La vision du jeu politique

Nous pouvons penser que médias dits traditionnels possèdent une vision du jeu politique qui l’est tout autant. Bien que le FN caracole en tête des intentions de vote (sondage récent), l’échiquier politique reste classique : deux partis historique, le PS, les Républicains (anciennement UMP, descendant direct du RPR…), bref, deux partis qui historiquement s’alternent au pouvoir depuis le début de la cinquième république.

Au milieu, En Marche, Emmanuel Macron, avalisé par Bayrou, représentant historique de cette tendance. La logique reste traditionnelle.

Les partis aux extrémités restent, justement, à la périphérie. La France Insoumise avec Jean Luc Mélenchon à gauche, le Front National avec Marine Le Pen à droite. Sur l’ensemble, rajoutons des partis à l’importance électorale moindre.

(Je rappelle ne faire aucun jugement de valeur, j’expose simplement une représentation possible, par les médias, de la situation politique).

Or, l’importance médiatique des affaires coïncident avec celle perçue des partis. Les Républicains sont un parti historique ? L’affaire est jugée plus importante que celle du FN.

2) L’importance de l’image des électeurs

La seconde hypothèse, elle, ne dépend pas de la vision qu’ont les médias des partis, mais celles qu’ils possèdent des électeurs (à tort ou à raison).

Les sympathisants de François Fillon votent pour un parti historique. Ils se considèrent dans le jeu politique traditionnel, et suivent les règles habituelles, de l’intérieur.

Marine Le Pen, à l’instar de Donald Trump (ce qui explique peut-être les affinités de la candidate pour le président américain, malgré des divergences politiques), n’a jamais été au pouvoir et dit incarner le renouveau face aux anciens partis historiques, le fameux « UMPS ». Elle se revendique contre le système.

Mais qu’est-ce que le « système » ? Un mot fourre tout, abondamment utilisé ces derniers temps, généralement pour préciser qu’on se situe au dehors.

Le système ne concerne pas que les structures traditionnelles politiques. Fidèle à cette logique que la nuance est en voie de disparition, la notion de système incorpore également le judiciaire et le médiatique. Le système est un grand tout, composés de toutes les institutions. Et ces institutions sont reliées. Si affaires judiciaires il y a, c’est pour des raisons politiques, le tout avec la complicité des médias.

C’est l’une des raisons invoqués par Marine Le Pen pour ne pas se rendre à la convocation des juges.

Les électeurs du FN suivent la logique de leur candidate. De récentes études montrent que les affaires judiciaires de la leader frontiste n’influent en rien les intentions de vote. Par contre, et pendant de nombreuses semaines, les électeurs de François Fillon (ainsi que de nombreux soutiens politiques), se sont éloignés du candidat.

(Cette logique de rejet total du système s’applique également avec Trump : Aux Etats Unis, le fact checking, la recherche de la véracité des faits énoncés par les candidats n’a eu que très peu d’impact sur les votes sur Donald Trump, bien qu’il fût prouvé qu’il ait dit, lors de ses débats, plus de 50 % de choses erronées.)

Le choix des médias est donc peut être simplement pragmatique : les électeurs FN étant peu intéressés. Ils ne liront, verront, n’écouteront pas les articles, reportages émissions les concernant les affaires de leur candidate. Les électeurs de la droite traditionnelle, par contre, seront plus réceptifs aux « affaires Fillon ».

Voilà.

D’accord, mais pourquoi avoir parlé de tout ça ?

Car il est aisé de tirer des conclusions faciles face à une situation donnée. Nous pouvons penser que tous les médias sont à la botte du pouvoir, la justice également, que la finance tire les ficelles de l’ensemble… mais réfléchir, c’est douter. Douter, c’est comprendre que les choses sont généralement plus complexes que ce qu’on imagine. Cela n’empêche pas de prendre parti, simplement notre opinion est plus réfléchie, et la discussion avec des gens d’avis contraire plus aisée (ce qui est l’un des buts de ce site : l’échange).

J’ai expliqué plusieurs théories qui, toutes, conviennent. Ainsi une explication unique n’est pas forcément la meilleure explication. Souvent, les raisons sont multiples, voir imbriquées. Ce n’est pas grave : ce n’est pas car les choses sont compliquées qu’on ne peut pas y réfléchir  !

Mais surtout, cette analyse dépasse son cadre d’étude (le traitement médiatique de deux affaires politiques, donc) pour observer d’autres aspects de la société.

Ces théories, par exemple, n’expliquent-elles pas la ligne de défense de François Fillon ces dernières semaines ? Auparavant, il avait confiance dans la justice, et expliquait que s’il était mis en examen, il se retirerait. Il réfléchissait encore dans le système, qu’il acceptait. Aujourd’hui, il se dit victime l’assassinat politique, ne se retire pas bien que mit en examen et se considère « hors du système ».

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Sa ligne de défense nouvelle n’est-elle pas influencé par l’idée que les gens cherchant les candidats hors système seront moins regardant des accusations par ce même système ?

Qu’en pensez-vous ?

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