Recherche nuance désespérément…

A l’instar du point-virgule et des abeilles, le concept de nuance est en voie de disparition. Les énigmes qui pullulent sur Facebook sont forcément réservées aux génies. Pas aux personnes plutôt intelligentes, malheureux. Des génies. Cette musique sera la meilleure chose que vous écouterez aujourd’hui. Et cet article ne va pas vaguement vous intéresser ou vous faire perdre 5 minutes, non. Il va changer votre vie.

A l’instar du point-virgule et des abeilles, le concept de nuance est en voie de disparition. Les énigmes qui pullulent sur Facebook sont forcément réservées aux génies. Pas aux personnes plutôt intelligentes, malheureux. Des génies. Cette musique sera la meilleure chose que vous écouterez aujourd’hui. Et cet article ne va pas vaguement vous intéresser ou vous faire perdre 5 minutes, non. Il va changer votre vie.

Si vous ne partagez pas cette photo, vous n’avez pas de cœur. N’essayez pas de me faire croire que vous n’avez pas le temps ou que vous voulez réduire votre empreinte big data. Pas de cœur, sale égoïste. Vous tentez une opinion nuancée dans un commentaire d’article ? Honte à vous, vous serez brocardé par le prochain troll qui tirera votre argumentation d’un côté ou de l’autre, généralement vers le bas. Pour survivre dans la jungle des réseaux sociaux, l’absolu est une protection, la nuance une faille par laquelle s’introduisent les vociférations numériques.

Cet été, vous étiez pour le burkini ? Dangereux islamophile ! Contre le burkini ? Un laïcard radical, celui là. Vous êtes de gauche ? Vous favorisez l’assistanat. De droite ? Vous seriez raciste que ça ne m’étonnerais pas. Le centre, je n’en parle même pas, aucune idée, vendu au plus offrant. C’est certain.

Dans ce monde jugé dangereux, en évolution permanente, avec ses nouvelles formes de couples, de vie, de genre, avec ses craintes de fin de civilisation et son métissage grandissant, les repères se froissent, les angoisses prospèrent. Crispation salvatrice : l’absolu. Qu’il s’agisse de religion, de posture, où simplement d’idées qu’on brocarde pour se sentir exister.

Mais négliger la nuance n’est pas sans conséquences et elles-ci, justement, peuvent être radicales. A considérer que tous les hommes politiques sont pourris, on ne voit plus l’intérêt de voter pour aucun d’entre eux. A penser que les grandes entreprises du Net savent déjà tout de nous, pourquoi s’embêter à encore protéger nos données personnelles ? A se dire que le climat est, de toute façon, foutu, qu’attendons-nous pour rouler en 4 X 4 et étouffer nous-mêmes les tortues marines ?

Sans faire, à mon tour, de raccourcis faciles, Trump semble être une des conséquences de ce raisonnement. Le système est pourri, Hillary est vérolée jusqu’à la moelle, votons Trump. A deux maux, forcément absolus, prenons celui qui s’assume, qui parle vrai, qui n’essaye pas de nous entourlouper. Celui qui veux drainer le marécage de Washington, lutter contre l’immigration et le terrorisme à coup de mesures chocs et de décrets illégaux.

Trump incarne la non nuance jusque dans son vocabulaire. Les choses ne sont pas « excellent » avec lui, elles sont « very very great »

(je sais que le lien avec 1984 a été fait à maintes reprises, mais c’est surtout la limitation de vocabulaire qui m’interpelle dans ce rapprochement).

Il prend des décisions radicales, fait construire des murs et empêchent des femmes d’avorter à grands renforts de signatures photographiées. Il bloque l’accès à 7 pays à majorités musulmanes (donc, dans l’ « absolu », musulmanes) pour contrer le terrorisme. Résultat, certaines de ces mesures viennent d’être invalidées par la justice américaine et de nombreux experts estiment que de telles directives pourraient au contraire amplifier le développement terroriste au lieu de de le contenir.

Le “parler vrai” se conçoit radical, mais la réalité est complexe. Qu’on le veuille ou non, elle est nuancée. Elle implique le recul, la réflexion, l’équilibre. L’acceptation de l’altérité, du doute. Mais, sollicité de s’affirmer de toutes parts, le « doute » nous secoue dans nos fondements les plus intérieurs, alors on l’évite…

Pourtant il est nécessaire, car il nous amène la subtilité. La nuance n’est pas un apanage, un luxe linguistique qu’on s’autorise dans un zèle de scepticisme. C’est une vision concrète de la réalité, qui épouse ses aspérité, indispensable, à opposer au fantasme de la binarité, du noir et blanc.

—-

Vous aimez cet article ? N’hésitez pas à le partager sur vos réseaux sociaux, meilleur moyen de le faire connaître. Merci d’avance !

3 thoughts on “Recherche nuance désespérément…”

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s