La gauche, la droite, le groupe et l’individu

La droite et la gauche sont la référence de notre système politique. On s’en revendique, on s’en affranchit, mais on se positionne par rapport à elles.

Lors de cette campagne présidentielle, les deux candidats (supposément) en tête, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, se considèrent par ailleurs au-delà du clivage droite / gauche (Macron), ou au dehors du système (Le Pen).

Il est donc intéressant de regarder ce qui oppose la gauche et la droite, aussi bien en politique qu’au niveau sociétal. Première différence fondamentale : la notion d’échelle. La gauche est plus incitée à réfléchir en groupes et structures, la droite en terme d’individus.

Les candidats

Commençons par les candidats. En 2007 Ségolène Royale représente le PS après des primaires internes au parti : elle est choisie parmi un groupe. La droite voit en Nicolas Sarkozy un candidat naturel (il sera l’unique candidat d’une élection interne à l’UMP). Nicolas Sarkozy fera un quinquennat qualifié de « très personnifié », et François Hollande gagnera les élections suivantes avec la stratégie du « président normal ».

A gauche, Benoît Hamon annonce sans cesse qu’il n’est pas « l’homme providentiel ». Jean Luc Mélenchon, par la forte incarnation de son mouvement, peut faire figure d’exception. De nombreuses voix lui reprochent de trop personnifier sa candidature (notamment avec son double meeting par hologramme). Ajoutons que s’il est élu, il souhaite « disparaître » pour laisser le pouvoir à une assemblée constituante, c’est-à-dire un groupe.

A gauche toujours, au Nouveau Parti Anticapitaliste, Olivier Besancenot quitte son rôle de leader en 2012 pour faire place à Philippe Poutou. Il justifie son choix en disant ne pas vouloir personnifier le mouvement et faire vivre les idées. Et Yannick Jadot, ancien candidat écologiste, s’est retiré au profil de Benoît Hamon lors de cette élection présidentielle.

A droite, malgré les affaires dont il est accusé, François Fillon refuse de se retirer, arguant qu’il est le seul à pouvoir remettre la France sur pieds. Le FN, lui, est aux mains d’une même famille depuis sa création, ce qui en dit long sur la personnification du parti. Lors de la succession de Jean-Marie Le Pen, sa fille fut préférée à Bruno Gollnish, dont les idées étaient plus proches du fondateur du mouvement. Et Marion Maréchal Le Pen, petite fille et nièce de, prend à son tour une importance grandissante dans le parti.

Nicolas Dupont-Aignant, du parti Debout la France, se revendique du gaullisme, c’est-à-dire dans la lignée d’un homme considéré comme providentiel à son arrivée au pouvoir, par ailleurs instigateur d’une 5ième république jugée trop personnalisée (notamment à gauche).

Au delà des personnalités

Cette opposition droite / gauche, individus / structures et idées s’étend sur les programmes des candidats. La proposition du revenu universel d’existence (une solution étatique à des problèmes financiers) est portée par un candidat de gauche. La droite met en avant la liberté d’entreprendre (agir par soi-même) comme argument pour réduire les taxes sur les entreprises.

Descendons dans la société. Les sciences sociales telles que la sociologie, l’anthropologie, études du groupe et des structures, sont généralement cataloguées à gauche. Le commerce, symbole de la réussite personnelle est principalement associé à la droite. Ainsi, notre vision de chaque évènement, activité, est teintée du prisme de notre couleur politique.

Qu’en déduire ?

Que l’on soit de gauche, de droite, ni de gauche, ni de droite, peut être importe, ces convictions n’impactent pas uniquement le nom du bulletin dans l’urne. Nos opinions, ici politiques, teintent notre vision des programmes, des individus de sa couleur particulière. Face à des questions de société, les solutions que nous jugeons acceptables seront passés par le prisme de nos convictions.

Et dans ce monde parfois qualifié de « post vérité », où les sources d’informations se multiplient et la fiabilité de certaines est remise en cause, c’est la perception de la réalité elle-même qui semble désormais dépendre de notre manière de penser.

Alors, prenons du recul

Dans une lettre à Shuller, le philosophe Spinoza parle d’un caillou. Le caillou roule, soumis à la gravité. N’ayant pas conscience de cette force extérieure, il pense avancer par sa propre volonté. Cette image se transporte très logiquement à notre situation. Revenons à nos moutons, c’est à dire la politique.

En ces temps de campagne présidentielle, nous débattons souvent avec véhémence, argumentons face à l’autre, pensant détenir la vérité. Qui a raison ? Qui a tort ? La question n’est pas là. N’oublions simplement pas que tel un caillou, nous sommes soumis à des influences dont nous n’avons pas forcément conscience. Avoir du recul face à nos propres présupposés est la première étape pour sauter dans de vraies discussions politiques.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s