La réalité ? Quelle réalité ? 1/ Introduction

Nous ne vivons pas dans la réalité, mais dans notre interprétation de celle-ci. Entre la réalité et nous, il y a un monde. Heureusement, nous avons des intermédiaires pour faire le lien.

Ces intermédiaires, ce sont les sens et notre esprit. Nos sens nous permettent de voir, goûter, sentir, ressentir la réalité. Notre esprit traduit ces informations brutes de l’extérieur pour les rendre intelligible. Ces outils sont nécessaires et complémentaires. Mais ils sont limités.

Prenons la vue : ce qui nous semble être une perception authentique de l’extérieur est en « réalité » limité : les couleurs sont des ondes de lumières aux longueurs spécifiques. Trop courtes ou trop longues, nous ne les voyons pas. Les rayons ultraviolets qui proviennent du soleil et massacrent notre peau en été sont invisibles à l’œil nu. Nous avons ainsi une limitation dans notre perception de la réalité. Limitation que n’ont pas certains rapaces, qui perçoivent parfaitement ces longues d’ondes, très utiles pour chasser.

Leur vision est-elle « plus » ou « moins » proche de la réalité ? Question ouverte, réponse simple improbable.

(Ce qui est sûr, c’est qu’il y a d’autres ultraviolets auxquels il faut éviter de s’exposer)

Passons à l’ouïe : certaines fréquences sont inaudibles pour l’homme, comme les ultrasons, parfois perceptibles par les jeunes personnes (et certains collégiens taquins s’amusent en classe à émettre ces sons inaudible pour l’adulte qui s’échine à enseigner les fonctions affines ou l’émergence du romantisme). Les chiens perçoivent également ces fréquences d’où la même question que pour les rapaces, et la même difficulté à répondre.

Si vous avez un membre engourdit, de la corne sous les pieds, votre toucher est altéré. Ayez de l’agueusie, vous ne percevrez plus le goût des aliments.

Nous ne pouvons pas sentir certains gaz, notamment le méthane qui fait le bonheur de nos gazinières. CE que nous percevons et que nous associons au gaz (et au danger) est celui du tétrahydrothiophène, utilisé pour palier à ce manque d’odeur.  L’expression « ça sent le gaz » serait plutôt « ça sent le tétrahydrothiophène » ce qui, il est vrai est moins simple.

Il y a des choses que nous ne voyons pas, touchons pas, ne sentons pas. Mais le contraire existe aussi. Nous percevons des choses qui n’existent pas.

Il y a déjà les hallucinations en tout genre, aussi bien due par des psychotropes (la drogue, de tout type et tout format), à cause des sensations de manque, notamment d’alcool (delirium tremens), ou pour des raisons psychique ou psychologique. Il est très dur de dire à la personne que ces araignées géantes qui courent sur le plancher ne sont pas réelles, car elle les voit aussi distinctement qu’elle nous voit nous, qui existons.

Prenons le toucher : certaines personnes amputées disent se plaindre de ce qu’on appelle la douleur du « membre fantôme ». Même si leur main droite n’est plus, elles sont persuadées d’avoir le point serré et souffrent de cette contracture. Le plus intéressant, c’est que le cerveau réagit exactement de la même manière que si un membre existant avait une vrai contracture.

La solution à ce problème est tout aussi fascinante. Les fans de la série House la connaisse déjà : il est possible de mettre un miroir entre la main gauche (entière) et le moignon de la main droite. Visuellement, le patient « voit » sa main droite, cette illusion devient sa réalité. Il lui est ensuite demandé de serrer très fort les poings (dont le poing fantôme). Ensuite, il relâche tout. Et dans certains cas (et après plusieurs répétitions) cette douleur s’en va. L’illusion a eu, pour ses yeux, valeur de réalité.

Si nos sens sont limités, mais nous avons également un nombre limité de sens. S’il apparait que nous en possédons en réalité plus de 5 (il faudrait ajouter le sens de l’équilibre, la perception de la douleur, des températures : voir ici pour plus de précisions), nous ne pouvons pas percevoir les variations magnétiques autours de nous. Certains transhumanisme (personnes souhaitant améliorer les capacités du corps humain grâce à la technologie) ont d’ailleurs décidé de s’implanter des aimants pour ajouter à leurs perceptions celle des champs magnétiques et découvrir un nouvel aspect de la réalité.

Donc, nos sens sont limités, limitent notre perception de la réalité et en ajoutent d’autres qui n’existent pas.

Mais ce n’est pas tout. Car les informations qui nous atteignent sont triturés par notre cerveau avant même que nous en ayons conscience.

Retour à la vision. Ce que nous percevons de l’extérieur est en réalité un flux électrique proposant une image inversée (à la manière d’une lentille de vision, ou, plus prosaïquement, du reflet que renvoie votre cuillère côté creux). Elle n’est pas colorée de partout, est floue sur les pourtours. Pourtant, le cerveau va nous faire parvenir une image colorée, net, et à l’endroit. (Voir ici pour une explication simple. Oui, c’est Hugo l’escargot, mais c’est très clair !)

Vous voyez en permanence votre nez. Si vous ne me croyez pas, arrêtez de lire, baissez les yeux. Vous le voyez à droite et à gauche de votre champs de vision. Nous n’y prettons jamais attention, car le cerveau ignore cette information qu’il estime inintéressante.

Vous notez la profondeur du silence, après un concert particulièrement bruyant ? Vous supportez un bain brûlant après avoir ajouté progressivement de l’eau chaude ? Votre cerveau a ajusté vos perceptions au cours du temps. Au cours d’un bon repas de raclette, vous décidez de quitter la salle à manger pour aller aux toilettes / fumer / appeler quelqu’un / quitter une conversation politique qui tourne mal. A votre retour, l’odeur du fromage vous saisit aux narines. Pourtant, vous ne sentiez rien avant de partir. Encore une fois, le cerveau a ajusté vos sensations.

On s’habitue. A l’odeur du fromage, au bruit d’une rue sous notre fenêtre, à la rugosité d’un drap. Notre cerveau, commandeur en chef, modifie en permanence nos perceptions pour que nous allions à l’essentiel et oublions ce qui est habituel et permanent. Pourquoi une personne endormit devant un film se réveille lorsqu’on éteint la télévision,  ou lorsque la voiture s’arrête ? Car quelque chose de nouveau arrive. Pas de bruyant, de nouveau.

Le cerveau est l’ingénieur principal de ces perceptions. Il rend l’ensemble logique et intelligible. Il met du sens là où il ne pourrait y avoir qu’un magma de couleurs, de sons ou d’odeurs. Il ajuste, aménage, arrange, il est l’interprète de ce que nous percevons, pour que nous puissions comprendre quelque chose à ce foutoir appelé réalité. A ce que reçoive nos sens, il ajoute du sens. Pour que nous ayons l’illusion de percevoir la réalité, il doit la modifier. Il est le traducteur en chef.

Mais comme toute traduction, il y a parfois quelques couacs d’interprétations.

Voyons pour cela cette illusion d’optique particulièrement perverse :

echiquier d'adelson
Echiquier d’Adelson

Un bel échiquier, un cylindre étrange, et des cases de couleurs différentes. Et pourtant, je vous affirme que les cases A et B sont de couleur absolument identique.

Si vous n’aviez généralement jamais vu cette illusion d’optique, vous allez probablement me traiter de menteur parce qu’on ne croit que ce que l’on voit, n’est ce pas ? Et là, on voit deux couleurs différentes, alors bon…

Je vous laisse copier ce dessin sur Paint, tester les couleurs, voir qu’elles ont identiques, réfuter cette évidence en maugréant, recommencer, admettre qu’il y a quelque chose de louche, puis revenir ici.

Le cerveau est logique. Il reconnaît un plateau d’échec où, manifestement, les diagonales sont de couleurs opposées. Ajoutons à cela un jeu d’ombre proposé par le cylindre et il est évident, pour le cerveau, que ces deux cases sont de couleurs différentes, alors il ajuste les tonalités. Et on peut apporter toutes les preuves que l’on souhaite, rien à faire, on continue à percevoir des couleurs différentes. Parfois, certaines traductions du cerveau sont absurdes.

Dans d’autres cas, l’ajout de connaissances permet de modifier les perceptions. Voyez plutôt : que voyez vous ?

illusion mur
Source : 
ici

 

Vous me répondrez certainement un mur. Avec, mettons, un petit caillou au milieu. Votre cerveau se base sur ce qu’il connait déjà, et un caillou dans un mur, c’est logique. Maintenant, je vous apporte une nouvelle information : il y a un cigare planté dans ce mur, et le petit caillou est en fait de la cendre. Retournez sur la photo. Désormais, non seulement vous voyez le cigare, mais vous ne pouvez plus ne pas le voir.

Il est logique qu’il y ait un caillou sur un mur. Beaucoup moins un cigare, alors le cerveau a tout simplement ignoré cette information. Pour appréhender de nouveaux éléments, nous nous basons sur ce que nous connaissons déjà. Cela s’appelle l’expérience. C’est fondamentalement utile, parfois vital, mais cela nous empêche de voir des informations nouvelle. Parfois c’est un cigare dans un mur, parfois c’est quelque chose de plus important.

La bonne nouvelle que prouve cette image, c’est que la connaissance du « truc » modifie notre réalité. En fait, chaque nouvel apprentissage nous permet de voir de nouveaux aspects sur ce qui nous entoure.

N’avez vous pas le sensation, après avoir appris un nouveau mot, de le voir de partout ? C’est normalement, notre réalité s’est modifiée.

Je peux vous prouver là, maintenant, qu’une nouvelle connaissance peut modifier votre réalité. Avec une information, il est possible d’altérer votre vision du monde (à une modeste échelle, n’exagérons rien).

Vous voyez certainement, régulièrement, des affiches, des pages, de publicités pour les montres (généralement autours de la montre se trouve une star hollywoodienne qui souhaite faire de la pub mais également préserver une certaine  image en papier glacé).

Sans doute n’avez-vous rien noté d’étrange sur ces images. Et pourtant, les montres montrent presque toujours le même : 10 h 10. Je vous laisse vous balader dans les rues à la recherche des fameuses affiches, mais si vous êtes impatients, voici une bête recherche google qui le démontrera pas A + B (on retrouve également les stars hollywoodiennes dont je parlais précédemment, qui arrondissent leurs fins de mois à la force du poignet).

Désormais, il est à parier que vous ne verrez plus de la même manière  ces publicités, repérant automatiquement les aiguilles, ne pouvant plus ne pas noter cette singularité. Réalité modifiée.

La connaissance fait évoluer notre perception de la réalité. En bien, en mal, peu importe. L’apprentissage d’une langue étrangère transformera ce qui nous semble des sons indistincts en quelque chose d’intelligible. Une meilleure connaissance de l’art pictural nous fera apprécier différemment un tableau. Au-delà de la perception des sens, du cerveau qui s’en mêle (et parfois s’emmêle), c’est notre expérience entière, nos affinités, nos passions, nos haines, qui sont sollicitées pour nous dire à chaque fois : quelle est la réalité que je perçois ?

Que peut on en conclure ?

Nos sens sont indispensables pour percevoir le monde. Notre cerveau l’est tout autant, pour traduire ces données brutes en quelque chose d’intelligibles. Mais les illusions d’optiques, outre leur côté amusant, révèlent les limites de ces perceptions et prouvent plusieurs choses : nous cherchons à mettre du sens, sans cesse, et cela peut fausser notre perception. Parfois, savoir que nous nous trompons n’enlève pas l’illusion. Parfois, l’ajout de nouvelles connaissances modifie perception, mais empêche également notre ancienne version de la réalité de revenir. Quiconque parle une nouvelle langue n’entendra plus jamais des babillages incompréhensibles. Un tableau ne sera plus un simple tableau pour l’expert en art. Nos sens, notre cerveau, notre identité, influent notre vision de voir le monde.

Et c’est ce monde, justement, que nous allons explorer dans les prochains articles consacré à ce sujet. Nous verrons en quoi le fait d’interpréter sans cesse la réalité oriente notre « vision » des choses.

Le terme « chose » est justement choisit, car les « objets » seront la thématique du prochain volet !

A bientôt !

2 thoughts on “La réalité ? Quelle réalité ? 1/ Introduction”

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