Drame de Charlottesville, la métaphore des glaces

L’été touche à sa fin, l’été indien approche (vive le réchauffement climatique, au fond, mais n’est-ce pas un complot ?).

Cet été, malgré les chaleurs, une pluie d’infos s’est abattu. Cela de manière littérale, déjà, avec les ouragans, et il n’est pas certain que les parapluies nucléaires qui se déploient de part le monde soient une protection suffisante.

Un autre évènement a eu lieu, vite chassé par d’autres : l’épisode de Charlottesville, aux Etats Unis.

Noyé dans la déferlante des infos de la rentrée, vous avez peu être oublié cet épisode, alors voici un petit récapitulatif.

 

Récapitulatif

La ville de Charlottesville, aux Etats Unis, possède une statue de Robert Lee, figure militaire américaine considérée polémique, de par son appartenance aux confédérés, c’est-à-dire les Etats du Sud, partisan de l’esclavage durant la guerre de Sécession.

Car cette statue était en passe d’être retirée de la ville, un rassemblement, appelé « Unite the Right » c’est organisé cet été pour protester contre ce retrait. Parmi ce défilé se trouvaient des nationalistes et suprémacistes blancs, des membres de l’alt-right (mouvement d’extrême droite américaines), des néo-nazis et des miliciens.

Des contre-manifestants, affiliés à des mouvements activistes afro-américains et antifascistes étaient également présents. Entre les deux groupes, des altercations éclatèrent durant lesquelles l’un des suprématistes blanc effectua une attaque à la voiture bélier, provoquant la mort d’une contre-manifestante antiraciste et faisant 19 blessés.

L’évènement eu un certain impact aux Etats Unis. Mais son importance fut redoublé par la déclaration du président des Etats Unis Donald Trump qui, quelques heures après l’attaque, déclara :

« We condem in the strongest possible terms this egregious display of hatred, bigotry and violence on many sides, on many sides. What is vital now is a swift restoration of law and order. »

Soit en français :

« Nous condamnons dans les termes les plus forts ces démonstrations flagrantes de haine, de sectarisme et de violence de tous les côtés, de nombreux côtés ».

Cette déclaration eu autant, voir plus d’écho que l’incident. De nombreuses personnes critiquèrent sa « tiédeur », à ne pas condamner fermement les néo-nazis et surtout à proposer une égalité de traitement entre les manifestants et les contre-manifestants, les suprématistes blancs et les contre-manifestants. Ce « débat » fut porté par les médias, puis amplifié par la spirale Internet.

Je ne parlerais pas de cette question à proprement parler, ni de savoir si oui ou non il est possible de mettre idéologiquement toutes les personnes présentes ce jour là dans un même panier.

Non, je voudrais m’arrêter sur un autre point, pour moi encore plus grave, que pourtant personne ne semble avoir relevé :

 

La notion de meurtre.

Car oui, depuis les élections et l’arrivée inattendue de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis semblent scindés idéologiquement entre plusieurs groupes inconciliables. Oui, tout n’est pas noir ou blanc, oui, il semble impossible d’avoir une vision complète de n’importe quel évènement, notamment celui-là.

Mais il y a eu un meurtre d’une personne. Au-delà des divergences idéologiques entre les deux parties, de l’implication politique provoquée par les discours de Donald Trump, une différence fondamentale existe entre ces deux groupes : le membre d’un des groupes a tué un membre du parti adverse.

On pourra dire que c’est le hasard, que l’inverse aurait très bien pu se produire. Il n’empêche : dans cette situation précise, il y a d’un côté, un meurtre, de l’autre, non.
En quoi est-ce important ? Tout simplement car mettre ces deux groupes dans un même panier, c’est nier la notion de meurtre, et donc l’importance de la vie humaine.

 

Les glaces

Pour y voir plus clair, transposons cette situation dans un cas de figure ou le clivage idéologique est moins polémique (que, mettons les nazis), même si ce n’est pas facile car même la moindre photo viral peut provoquer des appels au meurtre. Et quand à faire, prenons un sujet léger, car les thématiques abordées depuis le début de cet article ne sont pas franchement folichonnes.

Prenons les glaces. De bonnes, grosses glaces à la crème. D’un côté, nous allons avoir le groupe qui préfère les glaces au chocolat. De l’autre, ils préfèrent la vanille. La menace de mort pour un choix de glace n’étant pas encore d’actualité (en 2017, je ne m’engage pas sur les années suivantes), nous pouvons dire que le sujet est politiquement neutre.

Et donc, dans la petite ville de Charlotteville (aux fraises – quitte à être léger, faisons de l’humour), les partisans de la glace au chocolat viennent manifester leur intérêt évidant pour la fève de coco. Ni une ni deux, les partisans vanilles arrivent en contre-manifestation, histoire de montrer à quel point la vanille est supérieure au chocolat.

Charlottesville-page-001

Imaginons à présent que dans un éclair (au chocolat) de rage, l’un des manifestants pro-chocolat prenne sa voiture et tue l’une des manifestantes pro-vanille.

Il y a fort à parier qu’à cause de ce crime, le président du pays prendra la parole, pour accabler les partisans de la glace au chocolat dont la réputation, probablement, chutera. Les partisans de la vanille, eux, n’essuierons aucune critique. Pourquoi ? Car la notion de meurtre a fait pencher la balance de leur côté.

Revenons désormais à notre actualité. Et dans notre actualité, le poids de l’idéologie est telle que meurtre ou non, pour Donald Trump la balance ne bouge pas du tout. Selon ses premiers dires « des abus ont été commis dans les deux camps ». La notion même de meurtre ne relève plus aucune importance.

Résumons donc ce que l’on vient de dire de manière un peu cynique : c’est parce que ce groupe s’apparentait à une idéologie néo nazis, que le relativisme l’a emporté et que le meurtre produit n’a pas eu d’impact sur le discours présidentiel.

Imaginons le contraire : le meurtre aurait été commis par le groupe d’extrême gauche à l’encontre du groupe néo-nazi, le discours du président aurait-il été le même ? Aurait-il également dit qu’ « il y a eu des abus dans les deux camps » ? N’étant ni devin ni oracle, je laisse à tout à chacun le soin d’y réfléchir.

Au-delà des idéologies et des partis pris, cet exemple révèle, une nouvelle fois, la disparition de la nuance dans les comparaisons, et le nivèlement des idéologies et des crimes. Et dans cette histoire, la première victime de cette instrumentalisation idéologique est humaine.

(Le sujet n’est pas très léger aujourd’hui. Si vous avez les boules, allez donc prendre une glace).

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