Du féminisme et des hommes

Ah, le féminisme. Ce mot qui semble si difficile de s’en revendiquer que beaucoup ne le font que du bout des lèvres ; de crainte pour les hommes de perdre une forme de virilité, pour les femmes d’être accusées de l’infâme « féminazi », qui ne veut pas dire grand-chose mais comme il y a « nazi » dedans, c’est certainement mal.

Le débat sur le féminisme, la condition de la femme, le harcèlement et la violence sexuelle est très vif actuellement, avivé par les affaires (salvatrices) d’Harvey Weinstein (l’un des plus grands producteurs d’Hollywood accusés par de nombreuses femmes d’harcèlements et d’agressions sexuelles), et, dans notre petit hexagone, par la couverture des Inrocks sur Bertrand Cantat, dont les coups et blessures ont tué son ex-compagne Marie Trintignan en 2003.

Je ne vais certainement pas reparler de ces affaires. Qu’ils s’agissent d’exposer des faits ou de les analyser, de nombreux médias l’ont fait et le feront bien mieux que moi. Je ne vais également pas revenir sur les différentes thématiques féministes qu’elles ont permises de relancer, les notions de culture du viol dans nos sociétés, ou les agressions et le harcèlement sexuel, à part souligner qu’il est libérateur de pouvoir en parler.

Ce qui m’a interpelé, à longueurs d’articles et (surtout) de commentaires Facebook et Youtube sous ces articles, ce sont les réactions face à ces questions, et l’on remarque une scission. Les avis sont clivant, pas seulement sur les idées, mais aussi sur le genre des personnes soutenants ces idées. Pour faire simple, il y a celles qui trouvent important de parler harcèlements et agressions sexuels, et ceux qui, tout en considérant (parfois) que c’est effectivement important, précise d’emblée qu’il ne faut pas trop en faire, qu’il y a des mecs sympas quand même, attention.

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Mon choix d’utiliser celles et ceux est bien sûr volontaire. Car l’immense majorité des personnes voulant porter ces problématiques sont des femmes, et l’immense majorité des personnes souhaitant au contraire les relativiser sont des hommes.

BIEN SÛR, tous les gars ne vont pas freiner des quatre fers dès qu’on parle féminisme, beaucoup veulent défendre cette cause, genre ce mec. Mais si tous les mecs ne sont pas réticents sur le sujet, les personnes réticentes sont généralement des mecs.

Et en effet, 3 français sur 4 ne parviennent pas à faire une franche distinction entre harcèlement au travail et séduction.

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De manière plus empirique, allez faire un tour sur Youtube. Trouvez moi une vidéo de femme expliquant que quand même le harcèlement sexuel au boulot n’est pas si grave, qu’il ne faut pas le confondre avec la séduction.

Certes, vous m’en trouverez peut-être une, mais je vous garantis que vous allez chercher, ou faire une recherche Youtube très spécifique pour l’extraire des méandres profonds du site.

Et puisqu’on est sur Youtube, parlons un peu des commentaires sous les vidéos. Certains sont construits, instruits, courtois. D’autres sont un déballage viscéral d’horreur vous faisant perdre foi en l’humanité. Et on va commencer notre réflexion par les commentaires qui se trouvent sous les vidéos sur le féminisme ou le harcèlement.

Pourquoi les commentaires Youtube ?

Comment un commentaire Youtube peut-il être aussi odieux que, par exemple, ça :

« Les féministes font ressortir ce qu’il y a de pire dans le sexe féminin , à savoir , un désir de domination et d’usurpation millénaire de la femme pour tout ce qui est de l’homme. C’est ainsi que la femme détruit et SE détruit. Il n’est rien qui plaise le plus à ces sadiques de féministes de voir une femme s’auto détruire . Plus la femme est excitée à envier l’homme , à le jalouser , moins elle est capable de l’aimer , de se donner à lui. C’est ainsi que cette vermine féministe mal baisée et frustrée sépare les sexes et désunit. Des sorcières mortifères ne supportant pas un ventre rond et une union durable HETEROsexuelle . »

(Vous vous douterez que je n’ai pas cherché très longtemps sur Youtube. Je ne mettrai même pas de lien vers la vidéo, évitons de leur donner des clics).

Donc, comment est-ce possible de pondre des choses comme ça, chose que l’on ne dirait (probablement) jamais en face ? Tout simplement car nous trouvons trois paramètres réunis : l’anonymat (personne ne sait qui je suis), le sentiment d’impunité (c’est Internet, je peux écrire n’importe quoi) et le sentiment de puissance (mon texte va rester gravé sur la toile).

Il y a une autre situation où ces trois paramètres se rencontrent : en bagnole. Anonymat : personne ne me connaît dans ma caisse, impunité : je peux insulter qui je veux, personne ne m’entend, puissance : j’ai une grosse caisse, alors forcément, j’en ai une grosse. Voilà pourquoi on est parfois sidéré d’entendre certains propos de certains conducteurs, qu’ils ne diraient pas en sortant de leur véhicule pour redevenir piétons.

Ecrire un commentaire Youtube, même combat. La vitre du pare-brise se troque pour la vitre de l’ordinateur, c’est tout. D’ailleurs, j’en parlais également à propos de l’expérience de Milgram, allez donc faire un tour par ici. C’est fou le pouvoir des vitres !

Ce qui ne veut pas dire que le monde est rempli de monstres sanguinaires : simplement, chaque personne possède une petite part de monstre qui, dans ces conditions de protection et d’impunité, se révèle.

Alors oui, beaucoup de ces commentaires sont outranciers, odieux. En même temps, ils sont une cartographie fascinante des craintes humaines les plus viscérales. Il est temps de plonger dans ces fantasmes, avec le même recul qu’un psy ou un médecin, pour analyser plutôt que réagir. Je vais choisir quelques arguments masculins sur le sexisme, le féminisme, le harcèlement et les agressions, qui ressortent régulièrement, les réfuter, et voir ce qu’on peut en conclure. C’est parti.

« Le mot féminisme est mal choisi ».

C’est le premier argument, généralement sorti dès que pointe le mot. “Féminisme” ? Attendez, mais il y femme, dedans. Ça sent le traquenard. En fait, vous ne voulez pas l’égalité des sexes, mais une prédominance de la femme sur l’homme. D’ailleurs j’ai entendu dire que certaines féministes voulaient se débarrasser des bébés garçons.

Pourquoi ne pas parler d’ “égalitarisme”, plutôt que de féminisme ? ça serait plus cohérent, non ?

Alors déjà, je serais curieux de savoir si ces mêmes personnes sont aussi véhémentes à défendre la modification de “droits de l’homme” en “droits humain”, puisqu’un fois encore, un genre est préféré par rapport à l’autre.

Ensuite, petit rappel de ce qu’est le féminisme, en provenance du dictionnaire Larousse (ne serait-ce pas une discrimination en fonction d’une couleur de cheveux ??)

« Mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.

Attitude de quelqu’un qui vise à étendre ce rôle et ces droits des femmes : Un féminisme actif. »

Donc contrairement à « l’égalitarisme », le féminisme reconnait dans sa définition même qu’il existe une discrimination faite spécifiquement aux femmes. Et qu’un combat pour l’égalité passe par une amélioration de cette condition. Le mot « égalitarisme » ne reconnaît pas cette discrimination spécifique.

« Pourquoi ne parler que du harcèlement et des agressions faites aux femmes ? ».

A chaque vidéo Youtube ou Facebook, les commentaires vont bon train sur le fait que y’en a que pour les femmes, ça suffa comme çi, les hommes aussi sont des victimes, merde. Un exemple, en passant. Est-ce que les hommes ne se font pas harceler sexuellement, que ce soit au travail, dans le couple. Et qu’en est il de la violence faite aux hommes ?

Dans cette vidéo, où Guillaume Meurice, un chroniqueur de France Inter, en compagnie de Marilyn Baldeck, spécialiste des violences faîtes aux femmes, interroge un panel d’hommes et de femmes sur le harcèlement sexuel, un homme va intervenir à un moment pour demander « pourquoi ne parler que des femmes ? Les hommes aussi ne seraient-ils pas victimes ? » Cette interpellation sera reprise en cœur par de nombreux commentaires.

Pourquoi sortir cet argument :

Alors déjà, parlons statistique, parce que merde :

En France, en 2015 :

  • Une femme est tuée tous les 3 jours par son conjoint ou ex-conjoint.
  • Une femme est victime de viol toutes les 8 minutes. Je répète (réécris) : UNE FEMME EST VICTIME DE VIOL TOUTES LES 8 MINUTES, ce qui fait 83 000 viols par an.
  • 1 femme sur 10 est victime de violence (sur 2015 uniquement).

Ça ne vous suffit pas ? De manière plus globale :

  • Actes à caractère sexuel : 74 % des victimes sont des femmes.
  • Violences physiques ou menaces : 52 % des victimes sont des femmes
  • Les femmes sont à 66 % victimes d’exhibition sexuelle, à 79 % victime de gestes déplacés à caractère sexuel, à 77 % victimes de violences sexuelles, et à 82 % de violences sexuelles dans un ménage.

(sources : https://inhesj.fr/sites/default/files/ondrp_files/publications/pdf/note_12.pdf)

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Alors oui, oui, parfois, ce sont les hommes qui sont victimes, par exemple, de harcèlement sexuel au travail. Sauf que cela correspond à 3 % des cas. 3 %. Et qu’on ne me dise pas que beaucoup n’osent pas porter plainte, c’est le cas pour les femmes également.

Pour encore plus de chiffres édifiants, allez donc faire un tour du côté de l’INSEE.

Et MÊME si on admet qu’une partie des victimes sont des hommes (ce qui est vrai), cela ne veut pas dire qu’ils sont forcément agressés par des femmes.

Par exemple : 77% des femmes sont victimes de violences sexuelles. Par conséquent, 23 % des hommes sont victimes de violences sexuelles. Cela ne veut pas dire que ces 23% d’hommes sont agressés par des femmes. Une grande partie de ces agressions des hommes et des femmes sont faites par des hommes. Donc non seulement la partie des femmes agressées est grande, mais la partie des hommes agresseurs l’est encore plus. La différence de genre entre agresseur et victime est évidente. La nier, vouloir mettre sur le même pied d’égalité les genres est donc une aberration à la fois morale et statistique.

Parler du contraire pour noyer l’argument

L’idée de cette repartie est de noyer l’ensemble dans une sorte de bouillie égalitariste, où tout se vaut, les problèmes venant de toutes parts, ils semblent cesser d’exister. Il s’agit de l’argument fallacieux de la « fausse piste ».

Où, en gros, on noie le poisson pour délégitimer le problème ou le relativiser, généralement on trouvant une situation similaire ou pire. Quelques exemples :

« La démocratie aux Etats Unis fonctionnent mal.

– Et tu crois qu’elle fonctionne mieux en France ? »

« Trump est vérolé d’affaires

– Et tu penses qu’Hilary Clinton ne l’est pas ? »

(Version élections françaises) :

« Fillon est blindé d’affaire.

– Tu penses que Mélenchon / Macron / Le Pen, c’est mieux (rayer les mentions politiques en fonction de vos affinités) ? »

« Les personnes de couleur se font discriminer.

– Tu crois que le racisme anti-blanc n’existe pas ? »

Enfin, sur l’aspect féminisme :

« Il y a encore beaucoup de discrimination faites aux femmes en France ?

– Ah oui ? Et tu es déjà allé faire un tour en Inde ? »

Et pour notre propos :

« Il y a un véritable problème de harcèlement envers les femmes.

– Parce que tu crois que les hommes ne se font pas harceler ? »

Elargir le débat est toujours bon (et je suis le premier à le faire ici). Mais bien souvent, ces arguments sont sortis pour nier une spécificité propre à un groupe (et les statistiques que j’ai avancé plus haut le prouvent). Ici, cet argument semble être utilisé pour nuancer et minimiser la spécificité féminine de ce problème. En fait, on retrouve dans cet argument le même souci qu’avec le mot de féminisme : il n’y en a que pour les femmes.

Cet argument, que « les hommes aussi souffrent », trouvent son pendant logique : les femmes sont aussi coupables. C’est alors qu’arrive alors le fameux argument :

« Les femmes harcèlent aussi sexuellement, c’est la promotion-canapé ».

Et LÀ, nous touchons à un autre point sensible, qui est un amalgame très, très fréquent en France : harcèlement VS séduction.

Alors déjà, revenons sur la promotion-canapé. De quoi s’agit-il : d’une femme qui décide de séduire un homme, généralement son supérieur, peut être de coucher avec lui, dans le but d’obtenir une promotion.

Déjà, je voudrais être sûr qu’il n’y ait pas eu de chantage sexuel fait par le supérieur masculin mais admettons, ce genre de situation a certainement existé. Ce N’EST PAS du harcèlement. Il s’agit de séduction. Une séduction amorale, condamnable, tout ce que vous voulez, mais de la séduction. Pourquoi ? Tout simplement car le supérieur choisit de céder aux avances qui lui sont faites. Le mot clé à retenir, là, est consentement. Dans le harcèlement sexuel, il n’y a pas de place au libre arbitre de la harcelée.

Et cet amalgame entre séduction et harcèlement nous amène à un dernier commentaire, souvent relevé, surtout par des hommes :

« Si on pénalise trop le harcèlement sexuel, on ne pourra plus séduire ».

Et c’est peut être le point le plus important de toute cette réflexion, car, à mon avis, le plus insidieux. Beaucoup, beaucoup d’hommes sont persuadés que la chasse au harcèlement sexuel entraînera la fin de la séduction.

Reprenons la vidéo de Guillaume Meurice. Lors de sa dernière question, il demande justement :

« A force de trop parler de harcèlement sexuel au travail, on risque de tuer la séduction. »

Nous avons 51 % des personnes à répondre que c’est vrai, et 49 % à répondre que c’est faux. Et nous avons un panel constitué à 50 % d’hommes et à 50 % de femmes. Je serais très curieux de savoir si ces deux pourcentages corroborent.

Au-delà même de cette expérience (qui n’a pas valeur de représentativité, attention), le fait que les hommes soulignent la crainte d’amalgamer les deux, alors que les femmes font globalement bien la différence, devrait mettre la puce à l’oreille à beaucoup de personnes.

L’argument de la “pente glissante”

L’argument fallacieux utilisé là est celui de la “pente glissante”. Il est souvent reprit dans beaucoup de débats. Si on autorise quelque chose, par un lien de causalité, on va arriver à une situation catastrophique. Quelques exemples que vous avez forcément entendus :

« Si on autorise le mariage pour tous, bientôt, on autorisera la polygamie. »

« Si on légalise le cannabis, on légalisera bientôt les drogues dures. »

« Si on autorise l’euthanasie, bientôt les docteurs pourront tuer à tour de bras. »

Et, dans le cas qui nous intéresse, nous pourrons dire :

« Si on pénalise le harcèlement, bientôt, il ne sera plus possible de simplement dire bonjour à une femme. »

Cet argument est souvent utilisé en politique.

Par exemple ici :

Donc, au final, si on propose le paquet neutre, c’est bientôt le fromage neutre, puis la fin de notre terroir. Pente glissante.

Je précise une nouvelle fois que je ne prends pas parti politiquement, simplement il s’agit de l’exemple politique récent le plus célèbre, notamment repris ici).

Or, cet argument de pente glissante est fallacieux, tout simplement car il n’y a pas de lien de cause à effet directe. Par exemple : le fait de proposer du « fromage » neutre n’a absolument pas de sens, comme c’est la dangerosité de la cigarette qui est visée et que le fromage est quand même beaucoup, beaucoup moins dangereux.

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Même le fromage corse (lien par ici)

La question sous-entendue par cette argumentation est la suivante : où est ce que cela va s’arrêter ? Et John Oliver, un présentateur américain, dans l’une de ses (excellentes) vidéos, a la réponse : quelque part. C’est bête, mais c’est vrai. Le syndrome de la pente glissante ne tient pas compte qu’il y a des humains, qu’ils réfléchissent, et qu’ils sauront s’arrêter à temps.

Donc, pour revenir à notre sujet : ce n’est pas parce qu’on met en avant le harcèlement sexuel dans les lieux de travail que d’un coup la séduction, pouf, disparaîtra. Et pour cela, il suffit de savoir la différence entre harcèlement et séduction. Et, bon prince, je vous révèle ce mystérieux secret :

Dans une séduction, même si on a un but avéré (séduire), on est à l’écoute de son ou sa partenaire, de ce qu’il ou elle souhaite et de comment elle/il réagit à nos avances. Il y a un échange. Dans le harcèlement, on cherche « au mieux » à rire au dépend de l’autre, au pire, à posséder. L’autre n’est pas considéré dans cette équation.

Pourquoi ces réactions ?

On pourrait, bien sûr, relever des tas d’autres arguments. « C’est dans la nature de l’homme », « les femmes le cherchent bien », on pourrait en écrire un roman mais je pense que ces quelques arguments permettent déjà de produire quelques hypothèses. Les voilà :

La crainte d’une émasculation

Les hommes ont peur. Franchement. Il y a une crainte de perdre sa virilité (« on ne pourra plus draguer ») voir d’être symboliquement émasculé.

Reprenons le terme « féminazi ». Il est révélateur : les nazis pratiquaient l’eugénisme et une sélection raciale. A l’instar de cette abrutie qui propose de tuer les bébés mâles, (vidéo souvent reprise pour dénigrer le féminisme dans son ensemble) il y a une crainte de l’homme de disparaître, soit pour de vrai, soit symboliquement, par la castration.

Souvent, au grès de ces fameux commentaires, se dessine l’image de la féministe radicale, qui est soit lesbienne, soit frustrée, soit les deux, dans tous les cas détestée. Lesbienne, c’est-à-dire qui n’a pas besoin de l’homme pour prendre du plaisir sexuel. Frustré, c’est imaginer que la femme a forcément besoin de l’homme pour prendre du plaisir, et donc que la femme est dépendante de la virilité pour sa propre sexualité.

Et cela est très inquiétant, car il y aurait donc une corrélation directe, pour certains hommes, entre montée du féminisme, montée du pouvoir des femmes, et perte de leur virilité, du mojo.

Mais pourquoi ? Pour répondre à cette question, nous arrivons au second point de notre conclusion :

Une vision unique de la séduction

L’amalgame entre harcèlement et séduction que révèle l’analyse de ces arguments révèle une vision caricatural et binaire de la séduction. La séduction, c’est une forte virilité, de bons centimètres. La séduction, c’est Han Solo qui, viril, embrasse de force Leila dans l’Empire Contre-Attaque et Leïla qui, après l’avoir repoussé, tombe dans ses bras.

Ou James Bond qui embrasse, se prend une baffe, puis un baiser en retour. Car bien sûr, une femme qui dit non est en réalité une femme disant oui qui s’ignore.

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Car l’image de l’homme fort, celui qui ose, qui interpelle, un peu brutal, est encore omniprésente. Et sincèrement, je pense que beaucoup d’hommes souffrent d’être ainsi conditionné à agir ainsi. Mais il y a les copains, mais il y a les références. Il faut interpeller. Il ne faut pas pleurer. Il faut rouler des mécaniques, jouer les caïds pour ne pas être traiter de gonzesse ou de pédé, bref, être l’alpha mâle, alors que l’alphabet est composé de bien plus de lettres, et pas seulement de bêta. Comme s’il n’était tout simplement possible de séduire une femme en la faisant rire, en l’impressionnant, en l’écoutant.

Les hommes sont incapables de se mettre à la place d’une femme.

Et le problème de cette manière de séduire est que généralement l’homme n’est absolument pas à l’écoute de la femme. Il drague, il joue un rôle, et si ça ne marche pas, il passe à autre chose. Et c’est le dernier problème que je voulais aborder en conclusion, peut être le plus important : l’impossibilité pour un homme de se mettre dans les chaussures d’une femme.

Voilà ce que révèle ces différents points. Vouloir changer « féminisme » et « égalitarisme », c’est nier cette discrimination propre aux femmes. Avoir peur que la prise en compte du harcèlement empêche la séduction, c’est encore une fois ne pas prendre conscience du regard féminin sur ces sujets. C’est être genro-centré.

Le fait que l’immense majorité des femmes considère que le harcèlement soit une problématique et que l’immense majorité des personnes relativisant cette importance soit des hommes doit nous mettre la puce à l’oreille : la vision d’un même geste est fondamentalement différente en fonction du genre.

Car un homme ne peut pas se mettre à la place d’une femme. Et c’est normal. Il est même dangereux de parler à la place d’une autre personne, c’est imaginer plutôt que comprendre.

J’en parlais déjà dans « Si proche, si différent » : on ne peut pas se mettre totalement à la place de quelqu’un d’autre. Non seulement c’est normal, mais il faut l’accepter, et écouter.

Personnellement, je suis un mec. De fait, je n’ai aucun idée de ce que c’est que de se faire harceler une, deux, trois, dix fois dans la rue, tous les jours. Je n’ai pas cette crainte de me faire peloter les seins dans les transports en commun. Je ne connais pas cette nécessité de courir plus vite car la rue est mal éclairée. Je ne sais pas ce que c’est de savoir que quinze mecs me reluquent les fesses, de prévoir un jogging dégueulasse quand je sors de boîte, car j’ai peur de me faire agresser si je suis en jupe et que je rentre chez moi. Je ne SAIS PAS.

(Et accessoirement je ne sais pas ce que c’est que d’avoir mes règles, des douleurs que cela inflige, de la douleur de l’enfantement, de l’allaitement).

Alors je ne vais pas dire que ce n’est pas grave, que c’est moins grave que ce que les nanas disent, ce serait complètement con. Je me tais et j’écoute. Et surtout, je ne parles pas de ce que je ne connais pas.

Alexandre Astier, dans l’une de ses fameuses vidéos, lorsqu’on l’interrogeait sur le mariage pour tous et qu’on lui demandait son avis, répondait : « je ne sais pas, je ne suis pas assez homosexuel pour savoir si je le souhaite ». C’est pareil pour le harcèlement.

Cela n’empêche pas qu’en tant qu’homme, il faille s’investir auprès de ces causes. Mais en écoutant les premières concernées.

—–

Si le thème des arguments fallacieux, c’est à dire des arguments sans pertinence que l’on sort pour clouer le bec à l’autre (la pente glissante, etc.), je vous conseille ces excellentes vidéos de Hygiène Mentale (donc je conseille toutes les vidéos, d’ailleurs), et ce Top 5.

 

 

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