Reprocher à l’ailleurs d’être trop proche de soi.

L’être humain n’était pas à un paradoxe près, je voulais revenir aujourd’hui sur un autre ressenti que l’on éprouve à l’étranger, à l’opposé de celui que j’exposai hier : l’envie de dépaysement absolue.

Qui n’a jamais râlé de voir des touristes dans un pays étranger alors que très clairement, il en est un et que les autres se font la même réflexion en le voyant ?

Qui ne s’est jamais plaint de voir des Starbucks (Wink wink à l’article d’hier), des Mc Donald, dénaturant son expérience d’étranger ? Où tout doit être différent.

Et voilà que nous voulons à tout prix trouver cette authenticité perdue, cet état « naturel » des choses (notez l’ironie de l’expression. Car ce qui est authentique chez les autres cultures n’est absolument pas un état naturel), qui bien sûr à disparu de chez nous, pauvres occidentaux décadents que nous sommes. Et alors nous agissons, pour nous fondre dans le décors, devenant plus traditionnel que les traditionnels… Mais en suivant une image caricaturale, et dommageable, du pays en question.

Quelques souvenirs

J’ai en tête un souvenir de mon premier voyage au Japon, où un ami japonais se fout gentilement de ma gueule car je mange la soupe aux baguettes alors qu’eux utilisent cet outil curieux et exotique, appelé cuillère.

Yep, ce truc, là.

Autre souvenir au Laos. Je suis dans un village traditionnel, perdu en pleine forêt. Et je les vois tous avec leur téléphone portable, grande nouveauté pour eux. Mon premier réflexe (stupide, je le pense désormais aujourd’hui, mais ce sont par les erreurs qu’on apprend), fut d’être déçu par cette touche de modernité / occidentale qui atteignait ces villages, forcément en paix avant.

Mais j’ai demandé, ensuite. Ces habitants étaient ravis d’avoir des portables. Ils pouvaient… Devinez… Communiquer entre eux plus facilement !

Le Sheitan !!

Il faut se méfier de nos préjugés et de notre défense absolue de la tradition, surtout quand elle n’est pas de chez nous. Aucune culture, quelque soit ce que l’on met dans sous ce titre, ne reste fixe. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout uniformiser. Cela veut dire que tout le monde à le droit à l’accès à la culture. Va-t-on interdit à ces peuples un meilleur accès aux soins, sous prétexte que ce n’est pas « traditionnelle » ? L’humanité a s’est toujours constituée d’emprunts, et ne peut se résumer à oui à l’influence, non à l’influence.

Imaginons le contraire. Un japonais débarque chez vous, et vois que vous mangez des sushis. Il vous explique que ce n’est pas vos traditions. Que vous devez résister à l’envahissement. Que vous devez préserver vos cultures.

Sauf que… Bah vous aimez bien, les sushis. Et que vous aimeriez bien pouvoir continuer à en manger.

Nous avons tous des images stéréotypes des pays. Et de leurs habitants. Les japonais sont souriants. Les français sont râleurs. Je ne dis pas que tout est faux, qu’il n’y a pas de français râleurs ou de japonais souriants, simplement que cela participe à une construction mentale, une projection que nous nous faisons des gens, et des pays. Et nous ne voulons pas qu’elle change, qu’elle soit plus complexe ou métissée, et cela reviendrait à remettre nos préjugés en question, et ça, on n’aime pas.

Un dernier exemple, parce qu’il m’amuse.

Une fois que j’organisais un repas avec beaucoup de personnes, une espèce de hippies new age m’a regardé d’un air condescendant parce que, ô drame, je ne rinçais pas sept fois mon riz avant de le faire cuire, comme les japonais. Je me contentais, profane que j’étais, de la balancer directement dans la flotte chaude. Le type venait du Périgord, hein. Qui, comme chacun le sait, est une île de l’archipel nippon, d’où sa grande connaissance des traditions. Alors autant que sais qu’effectivement nettoyer le riz enlève l’amidon, que oui, les Japonais traditionnels le rincent sept fois…. Mais jamais un de mes amis japonais ne m’aurais repris sur ma manière de faire le riz. Déjà car ce ne serait pas leur affaires et ensuite, car je ne pense sincèrement qu’eux mêmes ne suivent pas cette règle, du moins pas à chaque fois. Mais il était important, pour monsieur Périgord, d’être plus japonais que les Japonais. Beaucoup de gens ne vivent que par fantasmes interposés de l’autre, imaginant la magie, le génie ou, par consolation, le traditionnel, dans chaque culture pour, je ne sais pas, avoir une vision onirique du monde ? Et cette vision est despotique, étouffant toutes les évolutions personnelles, à savoir, par exemple, une cuisson non traditionnelle du riz. Et ces personnes, qui n’ont jamais dépassé le cadre de la Japan Expo, vont t’expliquer comme fonctionne l’intégralité du pays, à travers ce prisme du kawaii, ou du très savant « c’est comme ça ».

Tout le monde sait que les Japonais pratiquent cette cérémonie à chaque fois qu’ils veulent boire du thé.

Un dernier point

Il est certainement moins choquant pour beaucoup d’entre nous de voir des sushis en France, voir des boulangeries au Japon, qu’une influence plus profonde dans un pays comme le Laos ou le Burkina. La raison est simple, l’argent. Que des pays dits développés s’influencent mutuellement semble moins problématique qu’un pays riche inondant un autre qui l’est moins, car le rapport semble alors moins tenir de l’échange que de la domination. Ajoutons à cela une perception parfois de sentiment post colonial, et vous comprenez mieux l’origine de ce malaise.

Attention, je ne dis pas qu’il est bien d’influence les autres pays, d’imposer nos produits ou nos objets. Je tiens simplement à mettre en avant dans cet article notre appétence à vouloir garder une vision pure, généralement clichée, d’un pays. Ce qui peut à l’extrême amener à des raisonnement absurdes : ne faut donc pas préserver la pauvreté d’un pays pour qu’il reste traditionnel, lui refusant l’accès à des technologies « bien de chez nous », mais qui pourrait aider à son développement ?

Chaque pays est fait de mélange. Prenons la France. Oublions les burgers, le cinéma américain, les Jeans, les Sushis, toujours intéressé ? Et puis tiens, les arts martiaux japonais, c’est une influence, aussi, non ? Les pizzas ? A quel moment ne sommes nous plus nous ? A quelle moment une influence devient elle la nôtre ?

Reprenons le Japon qui, à la fin de la guerre, s’est inspiré d’invention de nombreux pays, notamment occidentaux, pour revenir sur le devant de la scène mondiale. Et même, tout au long de son histoire. Vous aimez les Ramen japonais ? D’origine chinosie. Lecture japonaise ? D’origine chinoise aussi. Le système ferroviaire est inspiré de la France (et oui). La construction même de ce pays est basé sur l’influence extérieur. Pourtant, le Japon est le Japon. Et les influences qui le constitue sont le Japon, aussi.

Donc la prochaine fois que vous allez dans un pays étranger : ne lui reprochez pas d’avoir été influencé, et donc de ne plus correspondre à l’image d’Épinal que vous en aviez. Acceptez plutôt la complexité de l’évolution d’un pays, qui passe par des processus internes et des influences externes. Vous quitterez votre vision idéaliste de ce pays. Vous trouverez quelque chose dd bien plus important : vous commencerez à le comprendre vraiment.

Une image d’Épinal, littéralement. Pour en finir avec les préjugés sur Épinal 😉
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Auteur : Antonin Atger

Ecrivain, mon livre Interfeel est disponible aux Editions Pocket Jeunesse : https://www.lisez.com/livre-grand-format/interfeel/9782266248280

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