La problèmatique de l’efficacité démocratique

Petit article en réaction à la mise en examen du député Thierry Solère.

La corruption en politique

Pour situer, ce député, ancien Les Républicains, désormais La République en Marche, est mit en examen aujourd’hui (11 octobre) pour : fraude fiscale, détournement de fonds publics, recel de violation du secret professionnel, trafic d’influence, recel d’abus de biens sociaux, recel d’abus de confiance et financement illicite de campagnes électorales.

Crédit photo : le Point.

Et généralement, après ce genre d’informations, de plus en plus fréquentes, les réactions, forcément à chaud car réseaux sociaux, ne se font pas attendre : les politiciens sont de plus en plus corrompus. Et donc, l’état de notre démocratie va mal.

Mais est ce vraiment la bonne manière de voir les choses ? La véritable interprétation ne serait elle pas, plutôt, que de plus en plus d’élus sont arrêtés en train de frauder. Et c’est entièrement différent.

Est ce qu’une autre interprétation de la situation ne pourrait pas être la suivante : des élus fraudeurs ont toujours été présents, mais la véritable progression démocratiques, c’est qu’on les démasque de plus en plus vite.

Aussi, selon moi, à chaque fois qu’une affaire de corruption ou de fraude d’élus éclates, plutôt que de blâmer la corruption d’élus, il faudrait célébrer nos instances démocratiques qui font de mieux en mieux leur job, en les démasquant, en les punissants.

C’est tout le paradoxe démocratique : plus les instances de surveillances sont efficaces et transparentes, plus les affaires louches, et illégales, sont mis en avant. Et beaucoup en viennent à penser que le système est corrompu, alors que le simple fait que l’on puisse faire sortir ces affaires est la preuve que justement, le système anti-corruption, le processus anti-fraude, fonctionne à pleins régimes.

Prenons, à titre de comparaison, la Russie, je suis à peu près persuadé que le nombre d’élus corrompus est – au moins – aussi grands qu’en France (la corruption est en réalité bien plus grande et surtout, systémique). Et je suis tout aussi persuadé, à moins qu’un russophone ne me contredise, que les révélations de corruptions sont beaucoup, beaucoup moins importantes.

Quelques articles intéressants ici, et .

Donc si on fait une simple comparaison numéraire, on pourrait penser : affaires de corruption révélées en France : beaucoup, affaires de corruption révélées en Russie : infime, donc il y a moins de corruption en Russie. Mais un raisonnement plus juste pourrait être de dire : il y a plus d’affaires révélées en France, car les instances anti-corruptions et anti-fraudes sont bien plus importantes.

Encore une fois, et comme toujours, il faut se méfier de la manière de l’on perçoit les choses. Et comment interpréter les informations que l’on reçoit. Parfois, ce qui semble une mauvaise nouvelle est en réalité un bon signe.

Un parallèle.

Drapeau de la Suède, Drapeaux du pays Suède

Sur un autre sujet, le harcèlement sexuel, la Suède est souvent pointé du doigt car recevant un nombre extrêmement importantes de plaintes pour agressions sexuelles, et viols. Et les raccourcis vont bon train, accusant ce pays d’être à vivier d’immondes ordures. Mais une autre manière de voir les choses (à mon avis la bonne) seraient de se dire que ce pays, au contraire, ne laisse rien passer en terme d’agression sexuelle. Et que les femmes victimes portent plaintes de manière bien plus récurentes. Ce qui est moins le cas en France, où pourtant, proportionnellement, il y a beaucoup moins d’agressions sexuelles… déclarées.

(Si vous voulez quelques stats sur le sujet : https://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/submitViewTableAction.do, extraits du site : https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/crime/data/database)

A bientôt,

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Internet VS la télé

Note : les « versus » sont une nouvelle catégorie que j’inaugure dans ce site.

il s’agira de prendre deux définitions les apparences s’oppose et durant l’article j’essaierai d’expliquer pourquoi il s’oppose ou alors ce sera de plus souvent de cas pourquoi ils sont pas supposer que ça.

Aujourd’hui la télé contre Internet.

nous voyons très très très souvent fait rire sur facebook notamment des dessins humoristiques le plus souvent opposant la télé et internet.

généralement la télé et vu par des moutons qui boivent et paroles des présentateurs qui acceptent les publicités qui sont imposées. Voici quelques exemples.

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Comme c’est iconoclaste ! Et c’est diffusé sur Facebook…

ActuRatons: La télé tu regarderas...un âne tu deviendras
Alors que se balader sur les sites conspirationnistes, un chercheur de vérité tu sera

Internet à l’opposé et vu comme un espace total de liberté des gens peuvent s’exprimer et surtout trouver les vérités cachées forcément caché notamment par la télévision.

Sauf que

Sauf que, bien sûr, c’est un peu plus compliqué. Et je vais tenter dans cet article d’expliquer pourquoi. Et nous avons justement nous concentrer sur les notions de vérité et de liberté.

L’Illusion de la liberté

La télévision impose des programmes. Chaque programme possède son créneau horaire que nous ne pouvons pas changer.

Alors effectivement la télé est, par essence, plus contraignante. À l’exception du pouvoir de la zapette, nous ne pouvons pas voir ce qu’il y a dans notre petit écran.

Internet bien sûr c’est tout le contraire. Nous voyons la vidéo que nous voudront au moment où nous le voulons… N’est ce pas ?

Et bien… Non.

Car il existe quelque chose que vous connaissez certainement : les algorithmes.

Craquant vos moindres faits et gestes, définition à votre insu ce que aimeriez voir. Ainsi si à un moment sur Youtube au moment où vous vouliez arrêtez, une autre vidéo intéressante apparaît soudainement en suggestion, et que vous la voyez, YouTube vous aura imposé son programme… même si vous avez cliquer.

La différence fondamentale entre la télévision et internet n’est donc pas « absence de liberté » contre « libert » mais… « absence de liberté » contre « illusion de liberté »… et c’est très différent.

On ignore souvent à quel point Internet est à ce point orienté. Votre recherche google sont différentes de celle vos amis. Vos suggestions Youtube ne sont pas aléatoire. L’ordre de vos posts sur vos réseaux sociaux préférées est décidé en haut lieux. Tout cela est arrangé en fonction de ce que les algorythmes savent, et pensent de vous (quoi ?? Un algorithme pense ??). Ce qui vous semble être un choix éclairé et consentis ne l’est pas. Mais le pire, ce que comme il y a cette illusion de liberté, on ne peut pas critiquer cette contrainte. Elle est soft.

Une étude révèle les effets de la télévision sur les ...
Je suis curieux de voir la même étude avec des enfants lâchés sans contrôle sur Internet

La critique facile VS la critique impossible

La télé nous montre des programmes que nous pouvons critiquer tout simplement parce qu’ils sont communs. Internet et une nébuleuseà ce n’est pas une critique c’est un faitet nous pouvons chacun de trouver à différents endroits de cette toile. Ainsi personne ne possède exactement le même Internet. par conséquent il est beaucoup plus difficile de critiquer Internet en général en se basant uniquement sur ses programmes, puisque ceux-ci semblent aléatoires.

Internet nous donne l’impression de choisir où nous allons. Par conséquent, il est plus difficile de critiquer ce que nous voyons, puisque nous avons l’impression de l’avoir choisi.

Autre point important : les programmes télé sont définis par des personnes de chairs et de sang. Des personnes qui, donc, peuvent être l’objet de critiques, pour leur choix éditoriaux. Allez critiquer un algorythme… plus compliqué.

Idem pour les présentateurs. Il est facile de critiquer Hanouna, Ardisson (je suis le premier à le faire), car ils sont vivants, et représentent, en quelque sorte, la télévision. C’est presque une métonimie : en critiquant la télé, je critique en fait ce présentateur. Et de nombreux commentaires, à chaque nouvel écart, polémique, buzz, font cet amalgame.

Si un programme Internet ne nous plait pas, on blâme le programme. Pas Internet. Et on va voir ailleurs.

La publicité

Idem pour la publicité. A la télévision, il s’agit de tranches horaires imposées. Et les publicités, généralement, ne s’adressent pas à nous. Nous pouvons donc facilement nous en distancer, et critiquer la pub.

La publicité sur Internet est bien plus insidieuse… je dirais même pervers. Par le pouvoir des algorytmes, encore, celles ci s’adressent directement à vous. Qui n’a jamais reçu une pub pour le Japon après avoir commandé des sushis. Comme elle est plus orientée, comme elle nous touche plus directement, elle est moins critiquable. Rajouté à cela les publicités inclues directement dans les recherches Googles (vous savez, ces liens sponsorisés, en haut de la recherche), les « influenceurs » qui ne sont rien d’autre que des comédiens de publicité new generation, et vous avez un mélange plus direct, plus flous, entre publicité et contenue. Dès lors, elle est moins visible, et donc moins criticable.

L’illusion de la vérité.

La télévision impose ses programmes, bon. Les choix éditoriaux sont décidés, ok. Par conséquent, toute information va être partiale, et criticable (ce qui en soit, est très sain).

De plus, l’amalgame télévision / journalismes / pouvoir est très, très souvent fait (à tors ou à raison). Par conséquent, toute information sera teinté d’une suspition de propagande. Et à nous, on ne la fait pas, bon sang. On n’est pas des moutons.

Oui, mais Internet, est encore pire. Espace de liberté formidable, certes, mais aussi propagation de tous types d’informations. Un grand poète d’aujourd’hui disait :

Si c’est écrit sur Internet, c’est p’tête faux mais c’est p’tête vrai.

Il faut écouter Orelsan. La vérité est compliqué, les mensonges faciles. Mais comme Internet, ce n’est pas le pouvoir (enfin, ça l’est, mais pas forcément celui qu’on croit), on a tendance à se baser uniquement sur notre ressentit. Notre bon sens. Mais pratique au quotidien, le bon sens n’est pas extraordinaire quand il s’agit de penser concept. Le ressentit, c’est ce qui nous fait dire que comme il fait froid en hiver, il n’y a pas de réchauffement climatique.

Et comme on a l’illusion d’être parvenu par nous même à telle, ou telle information (via les algorythmes, voir la partie précédente), comme nous avnos, semble-t-il choisie, nous avons plus tendance à croire cette information, plutôt qu’un message imposé par ce média en deliquescence installé dans notre salon.

Surtout que le but des GAFAM, des grandes puissances numériques, est toujours le même : rester le plus longtemps possible sur leur média. Par conséquence, magie de l’algorythme encore, tout sera fait pour nous conforter dans notre zone de confort, car le prochain message, la prochaine information, confirmera peut-on proue ce que l’on sait déjà, ce dont on est déjà convaincu.

Et là surgit le paradoxe : par ces choix de programme imposés, la télévision peut nous imposer de voir des points de vue qui ne sont pas les nôtres

Ce n’est pas parce que la source d’une information vient d’un quidam qui a tout lâché pour aller vivre en autarcie dans le Périgore, que l’information est vraie. Les biais, les faussetés d’une information ne se limitent pas à l’influence implicite d’un pouvoir en place. Elle peut être dus à des intérêts personnels (est ce que cette personne n’a pas quelque chose à vous vendre), à l’ignorance, à une mauvaise recherche de l’information, ou tout simplement à tous ces biais qui déforment la vérité pour nous arranger (et moi comme vous, ne sommes pas exemptes).

Sauf que le message qui arrive est : vous êtes venue sur cette page / vidéo / blog. A vous, on ne la fait pas. Flatteries, mon amour… par conséquent,

Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.

Il faut écouter la Fontaine. Mais l’inverse marche aussi. Tout flatté vit au dépend de celui qui le flatte. Le flatté baisse sa garde, et écoute tout ce que le flatteur lui dit, forcément vrai, puisque le flatteur l’a dit : à vous, on ne l’a fait pas. Big Pharma nous contrôle. Les Illuminatis. La Terre est plate. A vous, on ne l’a fait pas.

La métaphore du vendeur

Cela me fait penser à ce vendeur bien relou qui, dès qu’on n’arrive dans son magasin, nous dit « à vous, je sais qu’on ne vous la fait pas ». Généralement, toute personne commençant une discussion ainsi veut nous vendre quelque chose, veut justement, « nous la faire ».

Profession : vendeur au détail | Formation | Alain Samson
Ceci est un vendeur bien relou. Je le sais, je l’ai vu sur Internet

Alors oui, bien sûr, si le vendeur bondissait sur nous en disant « il faut acheter ça ! » (métaphore télé), vous serez le premier à vous méfier (et vous aurez raison). Mais n’oubliez pas qu’un vendeur un peu plus futé va vous donner l’illusion du choix mais, par une suite de manipulation plus ou moins grossière (exagération sur les prix, désaveux des autres modèles), vous amènera au même achat que le vendeur numéro 1. La seule différence, c’est que dans ce second cas, vous serez certain d’avoir choisit. Mais ça encore, c’est une illusion. Et c’est la métaphore d’Internet.

 

Tentative d’explication de la haine envers Greta Thunberg, à travers les phases du deuil

Greta Thunberg se prend régulièrement des sceaux d’insultes sur la tête. Si l’on se tient aux seuls intellectuels et chroniqueurs français, elle fait peur, elle ne sourit pas, elle fait du catastrophisme, elle est manipulée et puis, bon, ma petite, à 16 ans, on ne parle pas aux adultes comme ça. En gros

Photo tirée de ce bon article de Slack : http://www.slate.fr/story/182208/titiou-greta-thunberg-ecologie-haine-jeune-femme-autiste-assignation-genre-identite

Et ces attaques pleuvent, assenées par ces mêmes personnes qui sermonnent à longueurs de plateaux télé qu’on ne peut rien dire que Greta Thunberg.

Bref,

Les attaques s’enchaînent, sur son âge, son physique, son ton véhément, ou son autisme (classe). J’avais sur ce qu’elle dit. Sur ses arguments de fond.

En même temps ce serait compliqué, vue qu’elle ne fait que reprendre les informations avancées par les scientifiques. Donc critiquer ses propos revient à critique les études scientifiques mondialement acceptés, ce qui ne peut se faire que par ignorance ou avec une bonne dose de mauvaise fois.

Cela étant dit

Vous le savez peut être, ou pas, mais l’acceptation du deuil (réel ou symbolique : l’acceptation de sa mort à venir, de la mort d’un proche, de la fin d’une relation), passe, selon certains psychologue, par 5 étapes :

Le deni : faisons comme si de rien n’était, et rien n’arrivera.

La colère : ce n’est pas possible, je naccepte pas ce qu’il arrive, donc je m’énerve.

Le marchandage : je peux toujours negocier. Si je suis victime d’une maladie incurable, je peux tenir jusqu’à Noël, jusqu’à l’anniversaire de ma fille, etc.

La dépression : l’acceptation pleine et ferme du problème, et tout l’affecte, généralement négatif, qu’il entraîne.

L’acceptation, qui permet enfin de proccesser le deuil, et d’aller de l’avant (soit en prenant ses dispositions avant de mourir, soit en faisant correctement adieu à un proche, en s’ouvrant à nouveau aux autres et aux nouvelles opportunités.

Illustration avec quelques étapes supplémentaires, mais qui fonctionnent également dans le raisonnement.

Il me semble que dans cette histoire de réchauffement climatique, pourtant avéré, sourcés, et qui est appuyé par un consens scientifique quasi-unanime, nous retrouvons ces 5 etapes. Et l’irritation (euphémisme) que suscite Greta Thunberg, en fait partie.

Face à l’imminence du réchauffement climatique, donc… Nous trouvons 5 étapes d’acceptation.

Déni.

Qu’on s’appelle Donald Trump, Nicolas Sarkozy ou Jean-Michel, votre voisin au demeurant très sympathique, de nombreuses personnes ne croient pas encore au réchauffement climatique. Il peut s’agir de calcul politique (je pense que c’est le cas avec Sarkozy), par réelle conviction (je pense que c’est le cas avec Trump), simplement par ignorance ou par refus des consequences que cette prise de conscience impliquerait (je pense que c’est le cas avec votre voisin Jean Michel), on refuse de croire à ce qui est pourtant une réalité scientifique aussi incontestable que la rotondité de la Terre.

Colère.

Et là, on arrive au cas Greta Thunberg. Je pense que la majorité des gros râleurs, sur tous les médias nationaux, sont plus dans une forme de rejet de ce qu’annonce Greta Thunberg, plus que dans une opposition à sa propre personne.
Prenons une analogie douteuse : si votre amie vous annonce que votre homme vous trompe mais que vous ne voulez pas le croire, généralement, vous allez en vouloir à votre amie. Kill the messenger, comme disent les British. On n’aime pas les nouvelles qu’apportent le messager, on détruit le messager, esperant que cela anihilera la nouvelle.

Cette haine des présentateurs, généralement âgée, vient du fait que ces nouvelles apportent une critique viscerale leur mode de vie, surtout que l’adolescente les critiques vertements, sans prendre de gants ni de manières. Accepter ces critiques serait accepter que leur mode de vie, celui qui les a amené au sommet, était défectueux, et toxique pour l’environnement. Cela déstabiliserait l’intégralité de leur carrière et une grande partie, je pense, de leur croyance. Comme, sachant cela, porter crédit à la jeune fille sans se remettre totalement en question ?

(Ce n’est que pure spéculation, attention).

Maintenant, continuons notre parallèle avec les etapes du deuil.

Le marchandage.


Beaucoup sont deja dans cette etape (moi y compris). « Si je tri mes déchets, je peux continuer à prendre l’avion, non ? » « Je ne mange de la viande qu’un jour sur deux. Ça suffit. » Je pense que la plupart des personnes au gouvernement, Macron comprit, son dans cet état d’esprit. Ils ont consciences du changement climatique, l’acceptent, mais tente de troucer un compromis avec leur propre logique et idéologie politique et économique.

La dépression.

Quand on prend vraiment conscience que cela ne sent  vraiment pas bon, on déprime. Sans vraiment connaître toute la vie de Greta Thunberg, je sais que lorsqu’elle a pris conscience des difficultés climatique à venir, elle est entré en dépression, a cessé de se nourrir et a faillit se suscider. Et puis, elle est passée à l’étape suivante, la dernière :

L’acceptation.

L’acceptation n’est pas une fatalité. En prendre conscience, ce n’est pas s’allonger par terre, bras croisés, et attendre le jugement dernier. Il s’agit d’accepter que les choses sont ce qu’elles sont pour voir, justement, ce que l’on peut faire. r sur les choses sont ce qu’elle sont, c’est voir ce qu’il est possible de faire. Ayant accepté ce qu’il était, Greta Thunberg a décidé d’agir, pour mettre son mode de vie en adéquation avec ses convictions. D’où son implication envers l’écologie.

L’acceptation n’est pas le renoncement. C’est voir les choses en face, pour pouvoir les changer réellement.

Les leçons à tirer

Ce qui est fascinant, avec ces cinq étapes, c’est que nous pouvons tous nous voir non seulement dans une catégorie, mais aussi dans plusieurs. Si je devais faire mon auto analyse, je me dirait qu’en fonction des moments, je me retrouve dans différentes catégories. Le deni, encore, je pense, un peu, même si j’essaye d’être de plus en plus alerte. Il en va de même pour le marchandage.

Je peux aussi me trouver en colère, mais pas forcément en mécanisme d’autodéfense contre ceux annonçant le réchauffement climatique, mais contre les gens de pouvoir qui le méprisent publiquement (Coucou Trump).

Je peux me trouver en position de tristesse face à cette catastrophe, pour les mêmes raisons que précédemment. L’incendie de la forêt Amazonienne de cet été, par exemple, m’a foutu un sacré coup au moral (coucou Bolsonaro).

Ces catégories ne sont pas hermétiques. Elles n’interprètent pas tout. Mais je trouve cette grille de lecture intéressant pour analyser la situation actuelle autours du réchauffement climatique.

Car il s’agit bien d’un deuil. Même, de plusieurs. Deuil d’une biodiversité en train de disparaitre et que l’on ne retrouvera pas (le premier qui m’explique que c’est naturel que des espèces disparaissent et apparaissent, je l’invite à ouvrir n’importe quel livre sur l’évolution pour voir que ça ne fonctionne pas – du tout – comme ça).

Mais deuil aussi d’un certain mode de vie. Celui du tout plastique, tellement pratique. Celui des billets d’avion, gros gros pollueurs, à 20 euros. Celui de la viande à gogo, responsable de déforestation et de pollution.

Mais un deuil ne signifie pas la fin. C’est aussi une étape, et un moyen de réinventer notre vie. Reste d’abord à admettre ce que l’on perd, pour savoir tout ce qu’on peut trouver.

A bientôt !

Reprocher à l’ailleurs d’être trop proche de soi.

L’être humain n’était pas à un paradoxe près, je voulais revenir aujourd’hui sur un autre ressenti que l’on éprouve à l’étranger, à l’opposé de celui que j’exposai hier : l’envie de dépaysement absolue.

Qui n’a jamais râlé de voir des touristes dans un pays étranger alors que très clairement, il en est un et que les autres se font la même réflexion en le voyant ?

Qui ne s’est jamais plaint de voir des Starbucks (Wink wink à l’article d’hier), des Mc Donald, dénaturant son expérience d’étranger ? Où tout doit être différent.

Et voilà que nous voulons à tout prix trouver cette authenticité perdue, cet état « naturel » des choses (notez l’ironie de l’expression. Car ce qui est authentique chez les autres cultures n’est absolument pas un état naturel), qui bien sûr à disparu de chez nous, pauvres occidentaux décadents que nous sommes. Et alors nous agissons, pour nous fondre dans le décors, devenant plus traditionnel que les traditionnels… Mais en suivant une image caricaturale, et dommageable, du pays en question.

Quelques souvenirs

J’ai en tête un souvenir de mon premier voyage au Japon, où un ami japonais se fout gentilement de ma gueule car je mange la soupe aux baguettes alors qu’eux utilisent cet outil curieux et exotique, appelé cuillère.

Yep, ce truc, là.

Autre souvenir au Laos. Je suis dans un village traditionnel, perdu en pleine forêt. Et je les vois tous avec leur téléphone portable, grande nouveauté pour eux. Mon premier réflexe (stupide, je le pense désormais aujourd’hui, mais ce sont par les erreurs qu’on apprend), fut d’être déçu par cette touche de modernité / occidentale qui atteignait ces villages, forcément en paix avant.

Mais j’ai demandé, ensuite. Ces habitants étaient ravis d’avoir des portables. Ils pouvaient… Devinez… Communiquer entre eux plus facilement !

Le Sheitan !!

Il faut se méfier de nos préjugés et de notre défense absolue de la tradition, surtout quand elle n’est pas de chez nous. Aucune culture, quelque soit ce que l’on met dans sous ce titre, ne reste fixe. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout uniformiser. Cela veut dire que tout le monde à le droit à l’accès à la culture. Va-t-on interdit à ces peuples un meilleur accès aux soins, sous prétexte que ce n’est pas « traditionnelle » ? L’humanité a s’est toujours constituée d’emprunts, et ne peut se résumer à oui à l’influence, non à l’influence.

Imaginons le contraire. Un japonais débarque chez vous, et vois que vous mangez des sushis. Il vous explique que ce n’est pas vos traditions. Que vous devez résister à l’envahissement. Que vous devez préserver vos cultures.

Sauf que… Bah vous aimez bien, les sushis. Et que vous aimeriez bien pouvoir continuer à en manger.

Nous avons tous des images stéréotypes des pays. Et de leurs habitants. Les japonais sont souriants. Les français sont râleurs. Je ne dis pas que tout est faux, qu’il n’y a pas de français râleurs ou de japonais souriants, simplement que cela participe à une construction mentale, une projection que nous nous faisons des gens, et des pays. Et nous ne voulons pas qu’elle change, qu’elle soit plus complexe ou métissée, et cela reviendrait à remettre nos préjugés en question, et ça, on n’aime pas.

Un dernier exemple, parce qu’il m’amuse.

Une fois que j’organisais un repas avec beaucoup de personnes, une espèce de hippies new age m’a regardé d’un air condescendant parce que, ô drame, je ne rinçais pas sept fois mon riz avant de le faire cuire, comme les japonais. Je me contentais, profane que j’étais, de la balancer directement dans la flotte chaude. Le type venait du Périgord, hein. Qui, comme chacun le sait, est une île de l’archipel nippon, d’où sa grande connaissance des traditions. Alors autant que sais qu’effectivement nettoyer le riz enlève l’amidon, que oui, les Japonais traditionnels le rincent sept fois…. Mais jamais un de mes amis japonais ne m’aurais repris sur ma manière de faire le riz. Déjà car ce ne serait pas leur affaires et ensuite, car je ne pense sincèrement qu’eux mêmes ne suivent pas cette règle, du moins pas à chaque fois. Mais il était important, pour monsieur Périgord, d’être plus japonais que les Japonais. Beaucoup de gens ne vivent que par fantasmes interposés de l’autre, imaginant la magie, le génie ou, par consolation, le traditionnel, dans chaque culture pour, je ne sais pas, avoir une vision onirique du monde ? Et cette vision est despotique, étouffant toutes les évolutions personnelles, à savoir, par exemple, une cuisson non traditionnelle du riz. Et ces personnes, qui n’ont jamais dépassé le cadre de la Japan Expo, vont t’expliquer comme fonctionne l’intégralité du pays, à travers ce prisme du kawaii, ou du très savant « c’est comme ça ».

Tout le monde sait que les Japonais pratiquent cette cérémonie à chaque fois qu’ils veulent boire du thé.

Un dernier point

Il est certainement moins choquant pour beaucoup d’entre nous de voir des sushis en France, voir des boulangeries au Japon, qu’une influence plus profonde dans un pays comme le Laos ou le Burkina. La raison est simple, l’argent. Que des pays dits développés s’influencent mutuellement semble moins problématique qu’un pays riche inondant un autre qui l’est moins, car le rapport semble alors moins tenir de l’échange que de la domination. Ajoutons à cela une perception parfois de sentiment post colonial, et vous comprenez mieux l’origine de ce malaise.

Attention, je ne dis pas qu’il est bien d’influence les autres pays, d’imposer nos produits ou nos objets. Je tiens simplement à mettre en avant dans cet article notre appétence à vouloir garder une vision pure, généralement clichée, d’un pays. Ce qui peut à l’extrême amener à des raisonnement absurdes : ne faut donc pas préserver la pauvreté d’un pays pour qu’il reste traditionnel, lui refusant l’accès à des technologies « bien de chez nous », mais qui pourrait aider à son développement ?

Chaque pays est fait de mélange. Prenons la France. Oublions les burgers, le cinéma américain, les Jeans, les Sushis, toujours intéressé ? Et puis tiens, les arts martiaux japonais, c’est une influence, aussi, non ? Les pizzas ? A quel moment ne sommes nous plus nous ? A quelle moment une influence devient elle la nôtre ?

Reprenons le Japon qui, à la fin de la guerre, s’est inspiré d’invention de nombreux pays, notamment occidentaux, pour revenir sur le devant de la scène mondiale. Et même, tout au long de son histoire. Vous aimez les Ramen japonais ? D’origine chinosie. Lecture japonaise ? D’origine chinoise aussi. Le système ferroviaire est inspiré de la France (et oui). La construction même de ce pays est basé sur l’influence extérieur. Pourtant, le Japon est le Japon. Et les influences qui le constitue sont le Japon, aussi.

Donc la prochaine fois que vous allez dans un pays étranger : ne lui reprochez pas d’avoir été influencé, et donc de ne plus correspondre à l’image d’Épinal que vous en aviez. Acceptez plutôt la complexité de l’évolution d’un pays, qui passe par des processus internes et des influences externes. Vous quitterez votre vision idéaliste de ce pays. Vous trouverez quelque chose dd bien plus important : vous commencerez à le comprendre vraiment.

Une image d’Épinal, littéralement. Pour en finir avec les préjugés sur Épinal 😉

Retrouver ailleurs les pantoufles de chez soi.

Nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé. Quoi ? J’invente l’eau tiède ? Oui mais pas que : nous commençons à considérer ce monde comme globale. Dans un sens, les structures s’organisent, s’unifient, d’uniformisent. D’accord. Mais notre esprit aussi, s’attend à retrouver ailleurs le confort de ce qu’il connait déjà ici.

J’en prend deux exemples que je viens de vivre à l’instant, et qui me concerne (règle numéro 1 : si on commence à critiquer le monde qui par en couilles, ayant l’élégance de s’inclure dans la critique).

L’art de faire le tour du monde pour espérer rentrer chez soi

Je sors d’avion (je sais, pollution/bilan carbone, mais bon, on en parlera plus tard). J’arrive dans ce pays où je n’ai jamais mis les pieds. Et mon premier réflexe, le premier !, Est de me dire :

Bon, où est ce qu’il y a un Starbucks ? J’ai bien envie d’un cappuccino.

Voilà. Pays inconnu, langue étrangère et mon premier réflexe est de replonger dans le réel et le hors de prix. Un cappuccino, dans son petit mug de faux carton. Et je l’ai pris. Premier exemple. Pour le deuxième, dans le stand où je sirote désormais mon café un anglais arrive et demande une bière (la préservation des clichés est un art, voilà pourquoi je ne me lave jamais et râle tout le temps quand je suis hors de France #humour). La serveuse lui apporte, et il râle (ce qui n’est plus vraiment anglais, j’en conviens), car elle n’est pas correctement topé (en gros, il y a trop de mousse, il demande plus de bière). En gros, il demandait ce que font généralement… Les pubs anglais. La serveuse l’a fait une fois, mal à ses yeux (ça se voyait litteralement dans ses yeux) mais son flegme anglais à repris le dessus pour ne rien dire.

Bref, deux exemples. Deux preuves que l’on s’attend à trouver ailleurs ce que l’on a chez soit. Et qu’il est hors de question d’accepter que les choses ne se fassent pas de la même manière, qu’on ne « top » pas les bières ou qu’on écrit correctement les prénoms.

Et le plus drôle…

Puis savez ce que c’est ? Je ne mets jamais les pieds dans un Starbucks quand je suis en France. Je déteste à peu près tout ce qui les concerne, des feuilles de plastique dans leur tasse en carton à leur capacité impressionnante à ne pas pouvoir écrire correctement un prénom qui, pourtant, s’écrit exactement comme il s’entend.

Mais de même que j’ai une vision de la France pleine de clichés, je me suis façonné une vision de la nom France, d’une zone internationale peu connue, nébuleuse, avec pour repères Saint Starbucks et maître KFC.

Preuves que les marques ont bien réussis leur boulot. Elles ont tous fait pour s’implanter un peu partout dans le monde et non, pauvres fous, nous y croyons.

Nous voulons encore voyager. Mais pas trop. Juste physiquement. Retombons vite sur nos pieds. Glissons dans nos estomacs ces boissons chaudes, amers et hors de prix qui nous rassurent tant. Dans chaque lieu, maintenant, chaque auberge de jeunesse, le plus important est de chatter avec nos proches. Envoyer des photos sur les Réseaux. Idéalement de lieux idéalement reconnus comme beaux ou célèbres. Célébrons cette plage au sable blond, même si nous je pouvons nous y baigner. Poussons la tour de Pise. Nous sommes dans un pays étranger, inconnu. Vite, faisons comme tout le monde ! Café, photo, filtre, smiley, #lifeisanadventure.

Un lien entre le film Ça 2 et le voyage ? Vraiment ?

Je ne savais pas si je pouvais faire un lien entre cet article et le précédent. En fait, si : le confort. Nous voulons la surprise, sans la déstabilisation. La surprise soft. Devant un film d’horreur, nous voulons sursauter quelque fois, mais passé la sortie de salle, nous souhaitons pouvoir nous regarder dans un miroir sans y voir un clown ou un tracteur (un tracteur peut être assez effrayant). Dans un voyage, nous voulons un dépaysement soigneusement calibré, la touche d’exotisme prévue, quelques imprévus soigneusement calculés mais bon sang, laissez moi faire pouce dans la découverte de l’autre et de sa culture, pour me prendre un latte quand je le souhaite. Il ne faudrait pas trop se frustrer ou se perdre dans l’inconnu, qui sait, on risquerait de se remettre en question et d’évoluer. Or on est parfait comme on est, non ? Je ne sais pas, toutes les pubs / magazines / livres de motivations me le disent. C’était le sujet d’un très vieil article de ce site. Ce sujet reviendra certainement ;).

Ça 2, et le cinéma 4DX32 Gloubiboulga

Je ressors d’une séance de Ça, Chapitre 2, film « d’horreur ». Pour la première fois, j’ai expérimenté la 4DX ce qui signifie, pour les profanes (ou les amoureux du cinéma), qu’en plus du film, les sièges bougent, on reçoit du crachin (mais propre) sur le coin du visage, un peu de neige carbonique, et des souffles derrière la nuque comme si quelqu’un regardait ce que vous lisiez, là, maintenant, derrière vous (ne vous retournez pas, ils n’attendent que ça).

Cela m’a donné envie d’écrire un peu. Sur la notion de peur au cinéma, et sur ces salles spéciales, qui nous secouent physiquement, mais nous laissent rarement tous retournés.

La notion de « peur » au cinéma

Si vous voulez savoir si j’ai aimé le film, mettons que son seul avantage est de m’avoir donné envie de relire le livre, pour le rappeler à quel point il était mieux. Et envie de définir la notion de peur, que l’on est sensé attendre d’un tel film.

La peur n’est pas le sursaut

Les jumpscars provoquent une réaction similaire que lorsque quelque claque des mains devant vos yeux. C’est un reflex. C’est une sensation. Ce n’est pas la peur. C’est un peu comme si vous chatouillez les pieds de quelqu’un, qu’il rigole, et que vous expliquez que c’est parce que vous êtes relativement drôle. Même réaction, raison différent.

La peur n’est pas le dégoût

Vous voyez quelque chose de peu ragoûtant, un cadavre bougeant, une nouvelle vidéo de Nadine Morano, vous ressentez du dégoût. Pas de la peur. De même que le jumpscars, le dégoût apparaît facilement. C’est une réaction par rapport à un objet ou un évènement. Ce n’est pas la peur.

Alors la peur, c’est quoi ?

Et bien ce n’est pas une sensation (comme la sensation de dégoût), ni un stimuli (jumpscars). C’est une émotion, comme l’amour, la tristesse. Et comme toutes les émotions, pour la provoquer à travers un film, il faut la construire. Il faut s’immerger dans une histoire. S’attacher aux personnages. Elle demande du travail de la part de l’équipe d’un film. Et surtout, il faut être dans de bonne disposition pour la ressentir. Au calme. Pas dans un siège qui bondit toutes les trois minutes

La 4DX machin chose

J’en arrive à la seconde partie de cet article. A quoi sert ces artifices physiques ? A proposer des sensations (littéralement : des sensations physiques) et, comme une musique un peu trop insistante, à nous dire quand sursauter en nous faisant, concrètement, sursauter (on retrouve l’idee de la chatouille et de la blague : même résultat, raison totalement différente). En clair, c’est une facilité pour nous dire quand réagir, comme ces foutus rires enregistrés dans les sitcoms américains.

Mais surtout, voilà à quoi la 4DX ne sert pas : à s’immerger dans le film.

Comment s’investir dans une histoire si notre siège tremble comme un fauteuil massant ? Comme mettre tout son attention dans une image quand on nous souffle au visage dès qu’il y a une petite bourrasque à l’écran ? On ne peut pas. Pourquoi ? Car on est divertit. Et ce n’est pas un compliment. On est divertit, donc on perd notre attention. Divertis, on ne ressent plus d’émotions, trop occupé que l’on est à vivre des sensations.

Voilà pourquoi ce genre de film s’accorde si facilement à ce genre d’artéfacts : il propose la même chose. Du divertissement, et de la sensation. Un film propose des emotions, et un cinéma offre un contexte pour les éprouver. La 4DX ne propose pas cela. Elle divertie. Comme une attraction de fête foraine. Je n’ai aucun souci avec cela. Il faut simplement cesser de l’appeler du cinéma.

 

On N’est Pas Couché : le poids des mots.

–Hello !

Cet article n’était pas prévu, il est un peu arrivé par hasard.

Par un concours de circonstances, je me suis trouvé à regarder pour la première fois, dans son intégralité, l’émission  « On n’est pas couché » présenté par Laurent Ruquier sur France 2 le samedi à partir de 11 heures du soir. Oui, ma vie est palpitante.

Emission de trois heures où filent et défilent artistes et politiques qui parlent et s’embrochent pour défendre leur bout de gras. Face à eux : deux polémistes que tout le monde adore détester (ou déteste adorer) réputés pour leur mordant et leur potentialité de buzz.

Si ça vous intéresse, voici l’émission entière (je mettrais des extraits plus bas) :

Cette semaine, les invités étaient Charlotte de Turquem (théâtre), Tim Dup (album), Carla Bruni (album), Yvan Attal et Camélia Jordana (film) et Aymeric Caron (livre). Je le précise car cela possède son importance.

Qu’on aime cette émission ou pas, qu’on la critique, qu’on s’en fiche, au final peu importe, ce n’est pas le sujet de mon article.

Ce qui m’a marqué durant ce débat, c’est qu’au final, durant trois heures, un seul sujet a été abordé : les mots. Oui, ces trucs qui sont la composante même de la phrase que j’écris actuellement (les mots sont foutrements méta !). Ce truc qu’on utilise au quotidien sans même s’en rendre compte. Qui est un outil formidable, mais aussi formidablement complexe.

Les mots, les mots les mots les mots.

Les mots. Le sens des mots. Le pouvoir des mots. L’évocation des mots. Les gens prisonniers de leur propre vocabulaire. Il ne fut question que de cela. Aymeric Caron sort un livre, évidemment, on parle de mots. Dans son nouvel album, Carla Bruni reprend des chansons : elle s’approprie les mots des autres. Tim Dup est auteur compositeur interprète : les mots sont son quotidien. Les deux polémistes actuels sont Yann Moix et Christine Angot, deux écrivains. Et le film présenté par Yvan Attal et Camélia Jordana n’est pas en reste.

En voici la bande annonce :

Lorsqu’il parle du film, Yann Moix va dire que :

« Le vrai sujet du film est le suivant : chacun est en prison de son propre discours. Tous les individus sur terre sont en prison d’un personnage. Et cette prison là s’exprime par les mots. »

(par ici pour voir cela en vidéo)

 

D’un côté, une étudiante originaire de banlieue. De l’autre, un vieux prof réac. Deux visions du monde, mais aussi deux vocabulaires différents, Qui vont s’unir pour remporter un concours d’éloquence, c’est à dire, littéralement, une victoire des mots

Les invités et polémistes parlèrent longtemps de mots, de définitions. Ils tracèrent les limites du vocabulaire. Comment les mots conditionnent. Mais le plus important, c’est que durant cette émission, ils sont tombés dans tous les pièges qu’ils essayaient de dénoncer !

Nébuleux ? Vous allez voir ! Je vais prendre trois affirmations qui font généralement consensus :

  • Les mots permettent de communiquer.
  • Les mots permettent de décrire la vérité
  • Parler, c’est être libre.

Simple, non ? Les personnes présentes sur le plateau semblent être d’accord sur ces trois affirmations. Et pourtant, tout ce qu’elles vont faire durant l’émission va prouver que ce n’est pas aussi simple.

Les mots permettent de communiquer (?)

Hum…

Dans cette émission, il faut question de mots, mais aussi de maux. Et de malaise, lorsque Yann Moix et Aymeric Caron vont s’étriper en règle durant plus d’une heure sur, littéralement, deux mots. « Génocide » et « terrorisme », qu’utilisent Aymeric Caron dans ses ouvrages. L’un et l’autre ne sont pas d’accord sur la définition à donner.

Allez, si ça vous chante :

Ça parle, et ça parle, et ça pédale, après les mots vient l’émotion de Moix, l’émoi de Caron, ça polémique, ça s’écharpe, ils n’y auraient pas les tables, les caméras et les autres invités, ils s’étriperaient à coup de poings, pour les mettre sur les i.

Ça parle mais ça ne s’écoute pas. Yann Moix expliquait juste avant que l’atout du film « Le Brio » était de révéler l’enfermement de chacun dans son propre discours. Et dans une superbe transposition, le voilà prisonnier du sien, à ne pas vouloir démordre, à mordre. Ça balance, ça punchlines, mais pas de discussions. Les phrases sont coupées, la parole est récupérée. Noyés dans leur monologue assourdissant, comment pouvaient-ils s’entendre ?

Les mots permettent de dire la vérité (?)

Bon, depuis la révolution des fakes news, nous savons que cette affirmation est un peu critiquable.

Après cet étripage en règle entre Yann Moix et Aymeric Caron, Laurent Ruquier sonne la fin de la récré. Tim Dup, le jeune chanteur qui n’avait pas parlé jusque-là prononce presque hors micro

« Mais c’est dommage car on parle pas des idées au final ».

Il a raison. Le polémiste et l’invité se sont écharpés durant une heure sur littéralement deux mots, « génocide » et « terrorisme », à ne pas s’accorder sur la définition, mais pas une seule des idées de Caron n’a été discutées. Pourtant, le livre parlait des utopies pour le futur : du pain bénin pour le débat. Mais les pains, ici, était plutôt figuratifs. Des bons gros pains balancés dans la tronche à coup de joute verbale. Le fond était inaudible, car le débat se passaient sur la forme. Ils ont fait tout un foin pour deux aiguilles. Mais au final, la discussion n’était qu’un feu de paille.

Dans le Brio, Daniel Auteuil explique à Camélia Jordana que l’important c’est d’avoir raison, que la vérité, on s’en fout. Et sur ce plateau, c’était pareil. Il y a eu de la rhétorique, de l’éloquence, de la violence, mais aucune vérité n’a émergé. Chacun voulait avoir raison.

 

Parler, c’est être libre (?)

Tim Dup, donc, explique qu’on n’a pas pu parler des idées. Lorsque Laurent Ruquier souhaite relancer le jeune chanteur, voilà ce qu’il dit :

« Non moi, quand je suis à cette émission, on m’a dit surtout tu te la fermes, tu ne dis rien. »

Petit rire de Yann Moix qui sort (en substance) :

« mais c’est dommage que votre agent brime à ce point votre parole. Je suis sûr ce que vous avez à dire est très intéressant ».

(voir ici la tirade complète)

Yann Moix gagne sa vie par les mots, soit en les couchant dans des livres, soit en les sortant à la télévision. Pour lui, ne pas s’exprimer, c’est ne pas être libre. Et lorsque ce jeune chanteur refuse de parler, d’entrer dans l’arène, Yann Moix ne comprend pas. Il désigne Christine Angot et lui-même, en sous-entendant

« regardez, non seulement nous avons parlé pendant deux heures, mais nous nous sommes écharpés. C’est ça, la liberté.»

Vraiment ?

Revenons un peu en arrière. L’affrontement entre Yann Moix et Aymeric Caron était inévitable. Qu’il soit anticipé par la production, je n’en sais rien mais le résultat est là : à chaque fois que les deux se rencontrent, ça explose, ça buzz, ça tweet. Dès le début, Yann Moix relève les manches, tel un boxeur en position.

Moix remonte les manches.PNG

Et revenons justement sur les mots de Yann Moix avant le fameux affrontement, que dit-il ?

« On va me le reprocher si je n’en parles pas ». (lien)

Yann Moix ne parle pas car il est libre. Il parle car il est obligé. Qu’il soit payé pour cela, qu’il le fasse de lui-même, peu importe : il parle car il doit parler. C’est son job, c’est ce qu’il est. Il est conditionné par le rôle qu’il doit jouer, comme tout le monde. Il reproche au jeune chanteur de ne pas pouvoir être lui-même, de ne pas pouvoir s’exprimer à cause des influences extérieurs de son agent ou son attaché de presse. Il est exactement dans le même rôle. Sauf qu’il ne s’en rend pas compte.

Les mots emprisonnent. Nous sommes coincé dans notre propre vocabulaire. Le comique de service se sent obligé de faire la petite blagounette qui détendra tout le monde. Le dragueur se voudra faire une petite remarque à la demoiselle qui passe (cette logique est poussée à l’extrême dans Touche Pas à Mon Poste, où chaque chroniqueur semble avoir un cahier des charges bien arrêté sur les mots qu’il peut employer en fonction du personnage qu’il doit jouer). Yann Moix doit faire le polémiste.

Si on considère parfois le monde en noir et blanc, c’est qu’il s’agit des couleurs de l’encre et du papier de notre propre parole.  Quand nous livrons nos impressions, il s’agit de répéter un discours au cas où notre entourage, justement, n’aurait pas bien imprimé qui nous sommes. Yann Moix reproche à Tim Dup de ne pas vouloir parler. Ils se trouvent dans une émission populaire, retransmise sur Youtube, où chaque extrait sera reprit, disséqué et critiqué sur les réseaux sociaux. Où on attend la polémique. Dans ce cas, la vraie liberté n’est-elle pas de se taire ?

Je vous laisse me répondre. Mais bien sûr, vous n’êtes pas obligés. Au fond, vous êtes libre !

Conclusion

Les mots sont à l’origine de la civilisation. Communiquer, c’est créer une société. J’ai besoin de ci, tu as besoin de ça, discutons et associons nos compétences. Le mot peut-être libérateur. Dans l’émission, Carla Bruni parle des bienfaits de la psychanalyse, c’est-à-dire de la libération par le mot. En écrivant son livre sur l’inceste, je suppose que Christine Angot avait besoin de se libérer de son traumatisme en y posant des mots.

Oui, les mots montrent la réalité. La presse écrite a longtemps permis de présenter au plus grand nombre une image du monde jusque là inconnue. L’écriture permet de rendre visible ce qui ne l’est pas : les concepts, la philosophie, les croyances. Ce sont des outils qu’on utilise pour bâtir son histoire.

Mais pas que. Dans le Brio, encore, Daniel Auteuil explique qu’il n’est pas question d’utiliser les mots pour dire la vérité, mais pour avoir raison. Comme tous les outils, les mots peuvent devenir des armes.

Et ces armes sont à double tranchants. Les mots emprisonnent autant qu’ils libèrent. Ils empoisonnent autant qu’ils guérissent. Ils arrachent de la réalité autant qu’ils nous permettent de la décrire. Parler, ce n’est pas forcément être libre. Et au-delà des polémiques assez costumière de cette émission, celle d’hier a permis de révéler cette ambivalence des mots : il s’agit d’une invention formidable de l’homme. Mais comme toutes les autres, elle est capable du meilleur comme du pire.

C’est la natûûûre

Chaque fois que j’entends l’argument « c’est la nature ! », ça m’énerve. Voilà pourquoi :

« C’est la natûûûûûre ! »

A chaque fois que j’entends cet argument, je m’interroge. Et comme je l’entends beaucoup, je m’interroge souvent.

Les hommes sont impulsifs

C’est la nature.

Les femmes sont timides.

C’est la nature je vous dis, on n’y peut rien.

Arrêter la viande ?

Vous êtes fous, nos ancêtres étaient des chasseurs, c’est la nature.

L’homosexualité ?

C’est contre – nature.

Nature, contre nature, même combat. Dans tous les cas, il y a des choses qui se font car elles respectes un ordre naturel, et d’autres qui ne se font pas. C’est pourtant simple.

Sauf qu’à chaque fois que j’entends cet argument, quelque soit le débat, la discussion, je ne peux pas m’empêcher de me demander :

« Est-ce que vous vous rendez compte qu’à l’état naturel, l’être humain ne vaut pas un clou ? »

Sérieusement, regardons nous :

  • Pas de carapace, rien qu’une peau flasque et mollassonne sur laquelle même le soleil parvient à mettre des coups.
  • Des griffes ? Non, voyons. Mettons plutôt de délicats ongles qui se retournent à chaque coin de meuble.
  • Les crocs ? On n’arrive même pas à décapsuler une bière avec les dents sans s’en mordre les doigts.

Il faut se rendre à l’évidence : à l’état naturel, on est tout pourris.

Toute notre évolution s’est faite à rebrousse poil de notre nature première. Nous avons pris conscience de nos fragilités pour les compenser. Toutes les grandes découvertes de l’homme se sont passé à contre-nature.

Nous étions plus petit que d’autres prédateurs ? Nous nous dressons sur nos pattes arrières. Car nous étions faibles physiquement, nous inventons la roue. Pour effrayer les animaux et accessoirement les manger, nous avons maitrisé le feu. Rien de tout cela n’est naturel. Sans cette adaptation contre-nature, nous aurions disparut depuis longtemps face à des prédateurs plus forts, plus rapides, plus puissants.

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Réfléchissez à votre journée. Vous passez votre temps aller contre une évolution naturelle : vous vous laver les dents pour éviter qu’elles ne tombent, les mains pour éviter les bactéries. Vous vous parfumez pour ne pas puer. Vous portez des vêtements car votre peau n’est pas assez résistante, vous vous déplacez en roller / vélo / transports en commun / voiture / jet, car votre motricité n’est pas assez perfectionner pour le trajet à effectuer. Le soir, en rentrant, vous regardez Touche Pas à Mon Poste pour fusilliez l’intelligence naturelle de votre cerveau.

Car l’humain ne savait pas voler, il a inventé l’avion. Comme il ne savait pas respirer sous l’eau, les bouteilles de plongées sont apparus. Les grimpeurs mettent de la colophane (pardon, de la pof) car leurs mains suent naturellement et empêchent de bien saisir les prises à bout de doigts. Doit-on donc supprimer l’escalade, car on ne peut pas l’effectuer de manière naturelle ?

Est-il naturel de s’occuper des personnes âgées ? Des handicapées ? Des déficients mentaux ? Est-il naturel de ne pas casser la gueule à son voisin ou sa voisine, car on est physiquement plus fort(e) ? Est-il naturel de croire en Dieu ? Vous avez quatre heures.

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Ainsi n’est même pas que l’argument « c’est la nature » « ce n’est pas naturel » est pertinent ou pas, c’est qu’il est simplement complètement hors sujet. Certaines choses sont naturellement bonnes pour le corps, l’esprit, la société, d’autre non, point. Le reste, c’est de l’idéologie. Au jour d’aujourd’hui (vive les pléonasmes), qu’est ce qui est naturel ? Fredonner un chanson ? Jouer en bourse ? A Candy Crush ? Aimer ? Faire l’amour ? Cette séquence ?

Si vous voulez rejeter ce qui n’est pas naturel, pas de souci. Mais faîtes le vraiment. Laissez tomber les fringues (vous avez déjà vu un animal habillé – à part, bien sûr, les caniches de grands-mères ?). Jetez vos lunettes, vos médocs, vos couverts, votre argent, votre petit kawa du matin, votre smartphone et votre compte Instagram. Arrêtez le petit footing matinal (vous avez déjà vu un animal faire du sport, c’est-à-dire une activité physique sans aucun but précis ?), supprimez vos tendances sexuelles autre que strictement reproductrices (même vous, les hétéros). Et partez chasser votre nourriture, oui, même avec ce froid. Ou alors hibernez.

Vous serez nu, bigleux, dans la forêt, à chasser le lièvre ou cueillir la baie. Si vous avez encore le droit de parler (car le langage articulé n’est pas quelque chose d’hyper naturel), vous pouvez affirmer que vous vivez vraiment à l’état de nature. C’est vrai. Mais vous ne tiendrez pas longtemps.

Du féminisme et des hommes

Ah, le féminisme. Ce mot qui semble si difficile de s’en revendiquer que beaucoup ne le font que du bout des lèvres ; de crainte pour les hommes de perdre une forme de virilité, pour les femmes d’être accusées de l’infâme « féminazi », qui ne veut pas dire grand-chose mais comme il y a « nazi » dedans, c’est certainement mal.

Le débat sur le féminisme, la condition de la femme, le harcèlement et la violence sexuelle est très vif actuellement, avivé par les affaires (salvatrices) d’Harvey Weinstein (l’un des plus grands producteurs d’Hollywood accusés par de nombreuses femmes d’harcèlements et d’agressions sexuelles), et, dans notre petit hexagone, par la couverture des Inrocks sur Bertrand Cantat, dont les coups et blessures ont tué son ex-compagne Marie Trintignan en 2003.

Je ne vais certainement pas reparler de ces affaires. Qu’ils s’agissent d’exposer des faits ou de les analyser, de nombreux médias l’ont fait et le feront bien mieux que moi. Je ne vais également pas revenir sur les différentes thématiques féministes qu’elles ont permises de relancer, les notions de culture du viol dans nos sociétés, ou les agressions et le harcèlement sexuel, à part souligner qu’il est libérateur de pouvoir en parler.

Ce qui m’a interpelé, à longueurs d’articles et (surtout) de commentaires Facebook et Youtube sous ces articles, ce sont les réactions face à ces questions, et l’on remarque une scission. Les avis sont clivant, pas seulement sur les idées, mais aussi sur le genre des personnes soutenants ces idées. Pour faire simple, il y a celles qui trouvent important de parler harcèlements et agressions sexuels, et ceux qui, tout en considérant (parfois) que c’est effectivement important, précise d’emblée qu’il ne faut pas trop en faire, qu’il y a des mecs sympas quand même, attention.

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Mon choix d’utiliser celles et ceux est bien sûr volontaire. Car l’immense majorité des personnes voulant porter ces problématiques sont des femmes, et l’immense majorité des personnes souhaitant au contraire les relativiser sont des hommes.

BIEN SÛR, tous les gars ne vont pas freiner des quatre fers dès qu’on parle féminisme, beaucoup veulent défendre cette cause, genre ce mec. Mais si tous les mecs ne sont pas réticents sur le sujet, les personnes réticentes sont généralement des mecs.

Et en effet, 3 français sur 4 ne parviennent pas à faire une franche distinction entre harcèlement au travail et séduction.

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De manière plus empirique, allez faire un tour sur Youtube. Trouvez moi une vidéo de femme expliquant que quand même le harcèlement sexuel au boulot n’est pas si grave, qu’il ne faut pas le confondre avec la séduction.

Certes, vous m’en trouverez peut-être une, mais je vous garantis que vous allez chercher, ou faire une recherche Youtube très spécifique pour l’extraire des méandres profonds du site.

Et puisqu’on est sur Youtube, parlons un peu des commentaires sous les vidéos. Certains sont construits, instruits, courtois. D’autres sont un déballage viscéral d’horreur vous faisant perdre foi en l’humanité. Et on va commencer notre réflexion par les commentaires qui se trouvent sous les vidéos sur le féminisme ou le harcèlement.

Pourquoi les commentaires Youtube ?

Comment un commentaire Youtube peut-il être aussi odieux que, par exemple, ça :

« Les féministes font ressortir ce qu’il y a de pire dans le sexe féminin , à savoir , un désir de domination et d’usurpation millénaire de la femme pour tout ce qui est de l’homme. C’est ainsi que la femme détruit et SE détruit. Il n’est rien qui plaise le plus à ces sadiques de féministes de voir une femme s’auto détruire . Plus la femme est excitée à envier l’homme , à le jalouser , moins elle est capable de l’aimer , de se donner à lui. C’est ainsi que cette vermine féministe mal baisée et frustrée sépare les sexes et désunit. Des sorcières mortifères ne supportant pas un ventre rond et une union durable HETEROsexuelle . »

(Vous vous douterez que je n’ai pas cherché très longtemps sur Youtube. Je ne mettrai même pas de lien vers la vidéo, évitons de leur donner des clics).

Donc, comment est-ce possible de pondre des choses comme ça, chose que l’on ne dirait (probablement) jamais en face ? Tout simplement car nous trouvons trois paramètres réunis : l’anonymat (personne ne sait qui je suis), le sentiment d’impunité (c’est Internet, je peux écrire n’importe quoi) et le sentiment de puissance (mon texte va rester gravé sur la toile).

Il y a une autre situation où ces trois paramètres se rencontrent : en bagnole. Anonymat : personne ne me connaît dans ma caisse, impunité : je peux insulter qui je veux, personne ne m’entend, puissance : j’ai une grosse caisse, alors forcément, j’en ai une grosse. Voilà pourquoi on est parfois sidéré d’entendre certains propos de certains conducteurs, qu’ils ne diraient pas en sortant de leur véhicule pour redevenir piétons.

Ecrire un commentaire Youtube, même combat. La vitre du pare-brise se troque pour la vitre de l’ordinateur, c’est tout. D’ailleurs, j’en parlais également à propos de l’expérience de Milgram, allez donc faire un tour par ici. C’est fou le pouvoir des vitres !

Ce qui ne veut pas dire que le monde est rempli de monstres sanguinaires : simplement, chaque personne possède une petite part de monstre qui, dans ces conditions de protection et d’impunité, se révèle.

Alors oui, beaucoup de ces commentaires sont outranciers, odieux. En même temps, ils sont une cartographie fascinante des craintes humaines les plus viscérales. Il est temps de plonger dans ces fantasmes, avec le même recul qu’un psy ou un médecin, pour analyser plutôt que réagir. Je vais choisir quelques arguments masculins sur le sexisme, le féminisme, le harcèlement et les agressions, qui ressortent régulièrement, les réfuter, et voir ce qu’on peut en conclure. C’est parti.

« Le mot féminisme est mal choisi ».

C’est le premier argument, généralement sorti dès que pointe le mot. « Féminisme » ? Attendez, mais il y femme, dedans. Ça sent le traquenard. En fait, vous ne voulez pas l’égalité des sexes, mais une prédominance de la femme sur l’homme. D’ailleurs j’ai entendu dire que certaines féministes voulaient se débarrasser des bébés garçons.

Pourquoi ne pas parler d’ « égalitarisme », plutôt que de féminisme ? ça serait plus cohérent, non ?

Alors déjà, je serais curieux de savoir si ces mêmes personnes sont aussi véhémentes à défendre la modification de « droits de l’homme » en « droits humain », puisqu’un fois encore, un genre est préféré par rapport à l’autre.

Ensuite, petit rappel de ce qu’est le féminisme, en provenance du dictionnaire Larousse (ne serait-ce pas une discrimination en fonction d’une couleur de cheveux ??)

« Mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.

Attitude de quelqu’un qui vise à étendre ce rôle et ces droits des femmes : Un féminisme actif. »

Donc contrairement à « l’égalitarisme », le féminisme reconnait dans sa définition même qu’il existe une discrimination faite spécifiquement aux femmes. Et qu’un combat pour l’égalité passe par une amélioration de cette condition. Le mot « égalitarisme » ne reconnaît pas cette discrimination spécifique.

« Pourquoi ne parler que du harcèlement et des agressions faites aux femmes ? ».

A chaque vidéo Youtube ou Facebook, les commentaires vont bon train sur le fait que y’en a que pour les femmes, ça suffa comme çi, les hommes aussi sont des victimes, merde. Un exemple, en passant. Est-ce que les hommes ne se font pas harceler sexuellement, que ce soit au travail, dans le couple. Et qu’en est il de la violence faite aux hommes ?

Dans cette vidéo, où Guillaume Meurice, un chroniqueur de France Inter, en compagnie de Marilyn Baldeck, spécialiste des violences faîtes aux femmes, interroge un panel d’hommes et de femmes sur le harcèlement sexuel, un homme va intervenir à un moment pour demander « pourquoi ne parler que des femmes ? Les hommes aussi ne seraient-ils pas victimes ? » Cette interpellation sera reprise en cœur par de nombreux commentaires.

Pourquoi sortir cet argument :

Alors déjà, parlons statistique, parce que merde :

En France, en 2015 :

  • Une femme est tuée tous les 3 jours par son conjoint ou ex-conjoint.
  • Une femme est victime de viol toutes les 8 minutes. Je répète (réécris) : UNE FEMME EST VICTIME DE VIOL TOUTES LES 8 MINUTES, ce qui fait 83 000 viols par an.
  • 1 femme sur 10 est victime de violence (sur 2015 uniquement).

Ça ne vous suffit pas ? De manière plus globale :

  • Actes à caractère sexuel : 74 % des victimes sont des femmes.
  • Violences physiques ou menaces : 52 % des victimes sont des femmes
  • Les femmes sont à 66 % victimes d’exhibition sexuelle, à 79 % victime de gestes déplacés à caractère sexuel, à 77 % victimes de violences sexuelles, et à 82 % de violences sexuelles dans un ménage.

(sources : https://inhesj.fr/sites/default/files/ondrp_files/publications/pdf/note_12.pdf)

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Alors oui, oui, parfois, ce sont les hommes qui sont victimes, par exemple, de harcèlement sexuel au travail. Sauf que cela correspond à 3 % des cas. 3 %. Et qu’on ne me dise pas que beaucoup n’osent pas porter plainte, c’est le cas pour les femmes également.

Pour encore plus de chiffres édifiants, allez donc faire un tour du côté de l’INSEE.

Et MÊME si on admet qu’une partie des victimes sont des hommes (ce qui est vrai), cela ne veut pas dire qu’ils sont forcément agressés par des femmes.

Par exemple : 77% des femmes sont victimes de violences sexuelles. Par conséquent, 23 % des hommes sont victimes de violences sexuelles. Cela ne veut pas dire que ces 23% d’hommes sont agressés par des femmes. Une grande partie de ces agressions des hommes et des femmes sont faites par des hommes. Donc non seulement la partie des femmes agressées est grande, mais la partie des hommes agresseurs l’est encore plus. La différence de genre entre agresseur et victime est évidente. La nier, vouloir mettre sur le même pied d’égalité les genres est donc une aberration à la fois morale et statistique.

Parler du contraire pour noyer l’argument

L’idée de cette repartie est de noyer l’ensemble dans une sorte de bouillie égalitariste, où tout se vaut, les problèmes venant de toutes parts, ils semblent cesser d’exister. Il s’agit de l’argument fallacieux de la « fausse piste ».

Où, en gros, on noie le poisson pour délégitimer le problème ou le relativiser, généralement on trouvant une situation similaire ou pire. Quelques exemples :

« La démocratie aux Etats Unis fonctionnent mal.

– Et tu crois qu’elle fonctionne mieux en France ? »

« Trump est vérolé d’affaires

– Et tu penses qu’Hilary Clinton ne l’est pas ? »

(Version élections françaises) :

« Fillon est blindé d’affaire.

– Tu penses que Mélenchon / Macron / Le Pen, c’est mieux (rayer les mentions politiques en fonction de vos affinités) ? »

« Les personnes de couleur se font discriminer.

– Tu crois que le racisme anti-blanc n’existe pas ? »

Enfin, sur l’aspect féminisme :

« Il y a encore beaucoup de discrimination faites aux femmes en France ?

– Ah oui ? Et tu es déjà allé faire un tour en Inde ? »

Et pour notre propos :

« Il y a un véritable problème de harcèlement envers les femmes.

– Parce que tu crois que les hommes ne se font pas harceler ? »

Elargir le débat est toujours bon (et je suis le premier à le faire ici). Mais bien souvent, ces arguments sont sortis pour nier une spécificité propre à un groupe (et les statistiques que j’ai avancé plus haut le prouvent). Ici, cet argument semble être utilisé pour nuancer et minimiser la spécificité féminine de ce problème. En fait, on retrouve dans cet argument le même souci qu’avec le mot de féminisme : il n’y en a que pour les femmes.

Cet argument, que « les hommes aussi souffrent », trouvent son pendant logique : les femmes sont aussi coupables. C’est alors qu’arrive alors le fameux argument :

« Les femmes harcèlent aussi sexuellement, c’est la promotion-canapé ».

Et LÀ, nous touchons à un autre point sensible, qui est un amalgame très, très fréquent en France : harcèlement VS séduction.

Alors déjà, revenons sur la promotion-canapé. De quoi s’agit-il : d’une femme qui décide de séduire un homme, généralement son supérieur, peut être de coucher avec lui, dans le but d’obtenir une promotion.

Déjà, je voudrais être sûr qu’il n’y ait pas eu de chantage sexuel fait par le supérieur masculin mais admettons, ce genre de situation a certainement existé. Ce N’EST PAS du harcèlement. Il s’agit de séduction. Une séduction amorale, condamnable, tout ce que vous voulez, mais de la séduction. Pourquoi ? Tout simplement car le supérieur choisit de céder aux avances qui lui sont faites. Le mot clé à retenir, là, est consentement. Dans le harcèlement sexuel, il n’y a pas de place au libre arbitre de la harcelée.

Et cet amalgame entre séduction et harcèlement nous amène à un dernier commentaire, souvent relevé, surtout par des hommes :

« Si on pénalise trop le harcèlement sexuel, on ne pourra plus séduire ».

Et c’est peut être le point le plus important de toute cette réflexion, car, à mon avis, le plus insidieux. Beaucoup, beaucoup d’hommes sont persuadés que la chasse au harcèlement sexuel entraînera la fin de la séduction.

Reprenons la vidéo de Guillaume Meurice. Lors de sa dernière question, il demande justement :

« A force de trop parler de harcèlement sexuel au travail, on risque de tuer la séduction. »

Nous avons 51 % des personnes à répondre que c’est vrai, et 49 % à répondre que c’est faux. Et nous avons un panel constitué à 50 % d’hommes et à 50 % de femmes. Je serais très curieux de savoir si ces deux pourcentages corroborent.

Au-delà même de cette expérience (qui n’a pas valeur de représentativité, attention), le fait que les hommes soulignent la crainte d’amalgamer les deux, alors que les femmes font globalement bien la différence, devrait mettre la puce à l’oreille à beaucoup de personnes.

L’argument de la « pente glissante »

L’argument fallacieux utilisé là est celui de la « pente glissante ». Il est souvent reprit dans beaucoup de débats. Si on autorise quelque chose, par un lien de causalité, on va arriver à une situation catastrophique. Quelques exemples que vous avez forcément entendus :

« Si on autorise le mariage pour tous, bientôt, on autorisera la polygamie. »

« Si on légalise le cannabis, on légalisera bientôt les drogues dures. »

« Si on autorise l’euthanasie, bientôt les docteurs pourront tuer à tour de bras. »

Et, dans le cas qui nous intéresse, nous pourrons dire :

« Si on pénalise le harcèlement, bientôt, il ne sera plus possible de simplement dire bonjour à une femme. »

Cet argument est souvent utilisé en politique.

Par exemple ici :

Donc, au final, si on propose le paquet neutre, c’est bientôt le fromage neutre, puis la fin de notre terroir. Pente glissante.

Je précise une nouvelle fois que je ne prends pas parti politiquement, simplement il s’agit de l’exemple politique récent le plus célèbre, notamment repris ici).

Or, cet argument de pente glissante est fallacieux, tout simplement car il n’y a pas de lien de cause à effet directe. Par exemple : le fait de proposer du « fromage » neutre n’a absolument pas de sens, comme c’est la dangerosité de la cigarette qui est visée et que le fromage est quand même beaucoup, beaucoup moins dangereux.

fromage-corse
Même le fromage corse (lien par ici)

La question sous-entendue par cette argumentation est la suivante : où est ce que cela va s’arrêter ? Et John Oliver, un présentateur américain, dans l’une de ses (excellentes) vidéos, a la réponse : quelque part. C’est bête, mais c’est vrai. Le syndrome de la pente glissante ne tient pas compte qu’il y a des humains, qu’ils réfléchissent, et qu’ils sauront s’arrêter à temps.

Donc, pour revenir à notre sujet : ce n’est pas parce qu’on met en avant le harcèlement sexuel dans les lieux de travail que d’un coup la séduction, pouf, disparaîtra. Et pour cela, il suffit de savoir la différence entre harcèlement et séduction. Et, bon prince, je vous révèle ce mystérieux secret :

Dans une séduction, même si on a un but avéré (séduire), on est à l’écoute de son ou sa partenaire, de ce qu’il ou elle souhaite et de comment elle/il réagit à nos avances. Il y a un échange. Dans le harcèlement, on cherche « au mieux » à rire au dépend de l’autre, au pire, à posséder. L’autre n’est pas considéré dans cette équation.

Pourquoi ces réactions ?

On pourrait, bien sûr, relever des tas d’autres arguments. « C’est dans la nature de l’homme », « les femmes le cherchent bien », on pourrait en écrire un roman mais je pense que ces quelques arguments permettent déjà de produire quelques hypothèses. Les voilà :

La crainte d’une émasculation

Les hommes ont peur. Franchement. Il y a une crainte de perdre sa virilité (« on ne pourra plus draguer ») voir d’être symboliquement émasculé.

Reprenons le terme « féminazi ». Il est révélateur : les nazis pratiquaient l’eugénisme et une sélection raciale. A l’instar de cette abrutie qui propose de tuer les bébés mâles, (vidéo souvent reprise pour dénigrer le féminisme dans son ensemble) il y a une crainte de l’homme de disparaître, soit pour de vrai, soit symboliquement, par la castration.

Souvent, au grès de ces fameux commentaires, se dessine l’image de la féministe radicale, qui est soit lesbienne, soit frustrée, soit les deux, dans tous les cas détestée. Lesbienne, c’est-à-dire qui n’a pas besoin de l’homme pour prendre du plaisir sexuel. Frustré, c’est imaginer que la femme a forcément besoin de l’homme pour prendre du plaisir, et donc que la femme est dépendante de la virilité pour sa propre sexualité.

Et cela est très inquiétant, car il y aurait donc une corrélation directe, pour certains hommes, entre montée du féminisme, montée du pouvoir des femmes, et perte de leur virilité, du mojo.

Mais pourquoi ? Pour répondre à cette question, nous arrivons au second point de notre conclusion :

Une vision unique de la séduction

L’amalgame entre harcèlement et séduction que révèle l’analyse de ces arguments révèle une vision caricatural et binaire de la séduction. La séduction, c’est une forte virilité, de bons centimètres. La séduction, c’est Han Solo qui, viril, embrasse de force Leila dans l’Empire Contre-Attaque et Leïla qui, après l’avoir repoussé, tombe dans ses bras.

Ou James Bond qui embrasse, se prend une baffe, puis un baiser en retour. Car bien sûr, une femme qui dit non est en réalité une femme disant oui qui s’ignore.

harcèlement 2

Car l’image de l’homme fort, celui qui ose, qui interpelle, un peu brutal, est encore omniprésente. Et sincèrement, je pense que beaucoup d’hommes souffrent d’être ainsi conditionné à agir ainsi. Mais il y a les copains, mais il y a les références. Il faut interpeller. Il ne faut pas pleurer. Il faut rouler des mécaniques, jouer les caïds pour ne pas être traiter de gonzesse ou de pédé, bref, être l’alpha mâle, alors que l’alphabet est composé de bien plus de lettres, et pas seulement de bêta. Comme s’il n’était tout simplement possible de séduire une femme en la faisant rire, en l’impressionnant, en l’écoutant.

Les hommes sont incapables de se mettre à la place d’une femme.

Et le problème de cette manière de séduire est que généralement l’homme n’est absolument pas à l’écoute de la femme. Il drague, il joue un rôle, et si ça ne marche pas, il passe à autre chose. Et c’est le dernier problème que je voulais aborder en conclusion, peut être le plus important : l’impossibilité pour un homme de se mettre dans les chaussures d’une femme.

Voilà ce que révèle ces différents points. Vouloir changer « féminisme » et « égalitarisme », c’est nier cette discrimination propre aux femmes. Avoir peur que la prise en compte du harcèlement empêche la séduction, c’est encore une fois ne pas prendre conscience du regard féminin sur ces sujets. C’est être genro-centré.

Le fait que l’immense majorité des femmes considère que le harcèlement soit une problématique et que l’immense majorité des personnes relativisant cette importance soit des hommes doit nous mettre la puce à l’oreille : la vision d’un même geste est fondamentalement différente en fonction du genre.

Car un homme ne peut pas se mettre à la place d’une femme. Et c’est normal. Il est même dangereux de parler à la place d’une autre personne, c’est imaginer plutôt que comprendre.

J’en parlais déjà dans « Si proche, si différent » : on ne peut pas se mettre totalement à la place de quelqu’un d’autre. Non seulement c’est normal, mais il faut l’accepter, et écouter.

Personnellement, je suis un mec. De fait, je n’ai aucun idée de ce que c’est que de se faire harceler une, deux, trois, dix fois dans la rue, tous les jours. Je n’ai pas cette crainte de me faire peloter les seins dans les transports en commun. Je ne connais pas cette nécessité de courir plus vite car la rue est mal éclairée. Je ne sais pas ce que c’est de savoir que quinze mecs me reluquent les fesses, de prévoir un jogging dégueulasse quand je sors de boîte, car j’ai peur de me faire agresser si je suis en jupe et que je rentre chez moi. Je ne SAIS PAS.

(Et accessoirement je ne sais pas ce que c’est que d’avoir mes règles, des douleurs que cela inflige, de la douleur de l’enfantement, de l’allaitement).

Alors je ne vais pas dire que ce n’est pas grave, que c’est moins grave que ce que les nanas disent, ce serait complètement con. Je me tais et j’écoute. Et surtout, je ne parles pas de ce que je ne connais pas.

Alexandre Astier, dans l’une de ses fameuses vidéos, lorsqu’on l’interrogeait sur le mariage pour tous et qu’on lui demandait son avis, répondait : « je ne sais pas, je ne suis pas assez homosexuel pour savoir si je le souhaite ». C’est pareil pour le harcèlement.

Cela n’empêche pas qu’en tant qu’homme, il faille s’investir auprès de ces causes. Mais en écoutant les premières concernées.

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Si le thème des arguments fallacieux, c’est à dire des arguments sans pertinence que l’on sort pour clouer le bec à l’autre (la pente glissante, etc.), je vous conseille ces excellentes vidéos de Hygiène Mentale (donc je conseille toutes les vidéos, d’ailleurs), et ce Top 5.

 

 

Drame de Charlottesville, la métaphore des glaces

L’été touche à sa fin, l’été indien approche (vive le réchauffement climatique, au fond, mais n’est-ce pas un complot ?).

Cet été, malgré les chaleurs, une pluie d’infos s’est abattu. Cela de manière littérale, déjà, avec les ouragans, et il n’est pas certain que les parapluies nucléaires qui se déploient de part le monde soient une protection suffisante.

Un autre évènement a eu lieu, vite chassé par d’autres : l’épisode de Charlottesville, aux Etats Unis.

Noyé dans la déferlante des infos de la rentrée, vous avez peu être oublié cet épisode, alors voici un petit récapitulatif.

 

Récapitulatif

La ville de Charlottesville, aux Etats Unis, possède une statue de Robert Lee, figure militaire américaine considérée polémique, de par son appartenance aux confédérés, c’est-à-dire les Etats du Sud, partisan de l’esclavage durant la guerre de Sécession.

Car cette statue était en passe d’être retirée de la ville, un rassemblement, appelé « Unite the Right » c’est organisé cet été pour protester contre ce retrait. Parmi ce défilé se trouvaient des nationalistes et suprémacistes blancs, des membres de l’alt-right (mouvement d’extrême droite américaines), des néo-nazis et des miliciens.

Des contre-manifestants, affiliés à des mouvements activistes afro-américains et antifascistes étaient également présents. Entre les deux groupes, des altercations éclatèrent durant lesquelles l’un des suprématistes blanc effectua une attaque à la voiture bélier, provoquant la mort d’une contre-manifestante antiraciste et faisant 19 blessés.

L’évènement eu un certain impact aux Etats Unis. Mais son importance fut redoublé par la déclaration du président des Etats Unis Donald Trump qui, quelques heures après l’attaque, déclara :

« We condem in the strongest possible terms this egregious display of hatred, bigotry and violence on many sides, on many sides. What is vital now is a swift restoration of law and order. »

Soit en français :

« Nous condamnons dans les termes les plus forts ces démonstrations flagrantes de haine, de sectarisme et de violence de tous les côtés, de nombreux côtés ».

Cette déclaration eu autant, voir plus d’écho que l’incident. De nombreuses personnes critiquèrent sa « tiédeur », à ne pas condamner fermement les néo-nazis et surtout à proposer une égalité de traitement entre les manifestants et les contre-manifestants, les suprématistes blancs et les contre-manifestants. Ce « débat » fut porté par les médias, puis amplifié par la spirale Internet.

Je ne parlerais pas de cette question à proprement parler, ni de savoir si oui ou non il est possible de mettre idéologiquement toutes les personnes présentes ce jour là dans un même panier.

Non, je voudrais m’arrêter sur un autre point, pour moi encore plus grave, que pourtant personne ne semble avoir relevé :

 

La notion de meurtre.

Car oui, depuis les élections et l’arrivée inattendue de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis semblent scindés idéologiquement entre plusieurs groupes inconciliables. Oui, tout n’est pas noir ou blanc, oui, il semble impossible d’avoir une vision complète de n’importe quel évènement, notamment celui-là.

Mais il y a eu un meurtre d’une personne. Au-delà des divergences idéologiques entre les deux parties, de l’implication politique provoquée par les discours de Donald Trump, une différence fondamentale existe entre ces deux groupes : le membre d’un des groupes a tué un membre du parti adverse.

On pourra dire que c’est le hasard, que l’inverse aurait très bien pu se produire. Il n’empêche : dans cette situation précise, il y a d’un côté, un meurtre, de l’autre, non.
En quoi est-ce important ? Tout simplement car mettre ces deux groupes dans un même panier, c’est nier la notion de meurtre, et donc l’importance de la vie humaine.

 

Les glaces

Pour y voir plus clair, transposons cette situation dans un cas de figure ou le clivage idéologique est moins polémique (que, mettons les nazis), même si ce n’est pas facile car même la moindre photo viral peut provoquer des appels au meurtre. Et quand à faire, prenons un sujet léger, car les thématiques abordées depuis le début de cet article ne sont pas franchement folichonnes.

Prenons les glaces. De bonnes, grosses glaces à la crème. D’un côté, nous allons avoir le groupe qui préfère les glaces au chocolat. De l’autre, ils préfèrent la vanille. La menace de mort pour un choix de glace n’étant pas encore d’actualité (en 2017, je ne m’engage pas sur les années suivantes), nous pouvons dire que le sujet est politiquement neutre.

Et donc, dans la petite ville de Charlotteville (aux fraises – quitte à être léger, faisons de l’humour), les partisans de la glace au chocolat viennent manifester leur intérêt évidant pour la fève de coco. Ni une ni deux, les partisans vanilles arrivent en contre-manifestation, histoire de montrer à quel point la vanille est supérieure au chocolat.

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Imaginons à présent que dans un éclair (au chocolat) de rage, l’un des manifestants pro-chocolat prenne sa voiture et tue l’une des manifestantes pro-vanille.

Il y a fort à parier qu’à cause de ce crime, le président du pays prendra la parole, pour accabler les partisans de la glace au chocolat dont la réputation, probablement, chutera. Les partisans de la vanille, eux, n’essuierons aucune critique. Pourquoi ? Car la notion de meurtre a fait pencher la balance de leur côté.

Revenons désormais à notre actualité. Et dans notre actualité, le poids de l’idéologie est telle que meurtre ou non, pour Donald Trump la balance ne bouge pas du tout. Selon ses premiers dires « des abus ont été commis dans les deux camps ». La notion même de meurtre ne relève plus aucune importance.

Résumons donc ce que l’on vient de dire de manière un peu cynique : c’est parce que ce groupe s’apparentait à une idéologie néo nazis, que le relativisme l’a emporté et que le meurtre produit n’a pas eu d’impact sur le discours présidentiel.

Imaginons le contraire : le meurtre aurait été commis par le groupe d’extrême gauche à l’encontre du groupe néo-nazi, le discours du président aurait-il été le même ? Aurait-il également dit qu’ « il y a eu des abus dans les deux camps » ? N’étant ni devin ni oracle, je laisse à tout à chacun le soin d’y réfléchir.

Au-delà des idéologies et des partis pris, cet exemple révèle, une nouvelle fois, la disparition de la nuance dans les comparaisons, et le nivèlement des idéologies et des crimes. Et dans cette histoire, la première victime de cette instrumentalisation idéologique est humaine.

(Le sujet n’est pas très léger aujourd’hui. Si vous avez les boules, allez donc prendre une glace).