Seconde guerre mondiale : la fiction et l’actualité

Par hasard, je finis ‘La part de l’autre », d’Éric Emmanuel Schmitt au moment où enfle une double polémique politique portant sur la seconde guerre mondiale : Marine Le Pen affirme que la France n’est pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv, et le porte-parole de la maison blanche affirme qu’Hitler était moins monstrueux que Bachar Al Assad car lui n’avait pas utilisé d’armes chimiques contre son propre peuple.

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Or, la Part de l’Autre pose la question suivante : que se serait-il passé si Adolf Hitler avait été admis aux Beaux-Arts durant sa jeunesse, au lieu d’être recalé, comme ça a été le cas. Nous suivons ainsi deux personnes distinctes, Adolf H., qui a réussit son examen, et Hitler, qui le rate, dans deux vies parallèles. Celle d’Adolf H. est une pure fiction, celle d’Hitler est une biographie romancée. Va-t-il évoluer différemment ? La face du monde sera-t-elle été changer ? Je vous laisse lire le livre pour le découvrir.

Fictionnalité, actualité. Nous avons deux déformations de l’histoire radicalement différentes.

La première, la “Part de l’Autre” est romanesque. Elle affiche clairement que ce qui suit est une fiction. Au travers de cette dernière, nous suivant néanmoins l’actualité du XXième siècle. Nous sommes amené à penser le réel, à réfléchir sur l’évolution des individus, même les plus « monstrueux ». L’environnement fait-il l’homme, à quel point peut-il le transformer ? A quel point un homme peut-io impacter son époque ?

Du côté de l’actualité, nous avons une vision des faits qui contredit à peu près tous les travaux d’historiens de ces soixante dernières années, à savoir la non implication de la France dans cette rafle, et la non utilisation d’armes chimiques de la part d’Hitler.  Ces opinions sont posées comme une réalité par des personnes au pouvoir ou aspirants à l’être.

La fiction est un mensonge assumé. Tout comme l’acteur n’est pas le personnage, l’auteur n’est pas le narrateur, nous savons qu’il y a une part de faux dans “la Part de l’Autre”. Nous avons conscience que cette illusion nous permet de réfléchir à notre réalité. Mais que se passe-t-il lorsque, au contraire, on cherche à faire passer des fictions pour la réalité ?

Qu’est ce que j’aimerais aimer…

Lire…

Quand j’explique que j’écris, on sous-entend directement que j’adore lire.

(Ce qui est vrai, mais je ne pense pas que la relation entre écriture et plaisir de lecture soit aussi naturelle).

Viens alors, souvent, cette phrase lancée comme un vœux pieux et fataliste :

« Ah, qu’est-ce que j’aimerais aimer lire…»

Le mot aimer compte double. Non pas que les gens « aimeraient lire » : le problème se résoudrait en trouvant du temps, achetant des bouquins, simples contraintes matérielles ou temporelles.

Non. Ils aimeraient aimer, conditionnel, double verbe.

Ils savent que ce plaisir existe, le fantasme peut-être, mais rien n’y fait : pas d’horizon infini, ils sont confrontés à la limite de ces pages blanches sur laquelle flotte une soupe de caractères certes bien arrangés, mais indigestes.

Coupure nette entre le désir et son accomplissement. Et je les entends encore assurer leur défense :

« Mais j’essaye hein ! J’ai commencé un lire dernièrement, c’était il y a deux mois, depuis j’ai plus trop le temps, mais… ».

Pourquoi vouloir prouver à tout prix que ce n’est pas leur faute ? Ont-ils peur d’être jugés, qu’on leur en veuille ? Parlent-t-ils également de leurs équations ratés devant un professeur de mathématique ?

Il y a certainement la politesse. Mais, certains aimeraient simplement aimer lire. Ils observent la lumière dans les yeux de certains lecteurs et voudrait cet éclairage. Ils rêvent de voyager à flots de lettres, de jeter l’encre sur les territoires inexplorés de la page suivante…

…dans une teinte plus subtile, on retrouve les adeptes de la « non littérature »:

« Oui, j’aime beaucoup lire… enfin… pas des livres top top… tu vois ? Je lis des polars, des trucs sans prétention. »

Corolaire implicite : la littérature, la vraie, est prétentieuse. Les livres sont élitistes, n’ouvrant leur savoir qu’à la frange restrictive de ceux qui « aiment lire ».

Pourquoi cette attitude ? Réfléchissons un peu.

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