La gauche, la droite, le groupe et l’individu

La droite et la gauche sont la référence de notre système politique. On s’en revendique, on s’en affranchit, mais on se positionne par rapport à elles.

Lors de cette campagne présidentielle, les deux candidats (supposément) en tête, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, se considèrent par ailleurs au-delà du clivage droite / gauche (Macron), ou au dehors du système (Le Pen).

Il est donc intéressant de regarder ce qui oppose la gauche et la droite, aussi bien en politique qu’au niveau sociétal. Première différence fondamentale : la notion d’échelle. La gauche est plus incitée à réfléchir en groupes et structures, la droite en terme d’individus.

Les candidats

Commençons par les candidats. En 2007 Ségolène Royale représente le PS après des primaires internes au parti : elle est choisie parmi un groupe. La droite voit en Nicolas Sarkozy un candidat naturel (il sera l’unique candidat d’une élection interne à l’UMP). Nicolas Sarkozy fera un quinquennat qualifié de « très personnifié », et François Hollande gagnera les élections suivantes avec la stratégie du « président normal ».

A gauche, Benoît Hamon annonce sans cesse qu’il n’est pas « l’homme providentiel ». Jean Luc Mélenchon, par la forte incarnation de son mouvement, peut faire figure d’exception. De nombreuses voix lui reprochent de trop personnifier sa candidature (notamment avec son double meeting par hologramme). Ajoutons que s’il est élu, il souhaite « disparaître » pour laisser le pouvoir à une assemblée constituante, c’est-à-dire un groupe.

A gauche toujours, au Nouveau Parti Anticapitaliste, Olivier Besancenot quitte son rôle de leader en 2012 pour faire place à Philippe Poutou. Il justifie son choix en disant ne pas vouloir personnifier le mouvement et faire vivre les idées. Et Yannick Jadot, ancien candidat écologiste, s’est retiré au profil de Benoît Hamon lors de cette élection présidentielle.

A droite, malgré les affaires dont il est accusé, François Fillon refuse de se retirer, arguant qu’il est le seul à pouvoir remettre la France sur pieds. Le FN, lui, est aux mains d’une même famille depuis sa création, ce qui en dit long sur la personnification du parti. Lors de la succession de Jean-Marie Le Pen, sa fille fut préférée à Bruno Gollnish, dont les idées étaient plus proches du fondateur du mouvement. Et Marion Maréchal Le Pen, petite fille et nièce de, prend à son tour une importance grandissante dans le parti.

Nicolas Dupont-Aignant, du parti Debout la France, se revendique du gaullisme, c’est-à-dire dans la lignée d’un homme considéré comme providentiel à son arrivée au pouvoir, par ailleurs instigateur d’une 5ième république jugée trop personnalisée (notamment à gauche).

Au delà des personnalités

Cette opposition droite / gauche, individus / structures et idées s’étend sur les programmes des candidats. La proposition du revenu universel d’existence (une solution étatique à des problèmes financiers) est portée par un candidat de gauche. La droite met en avant la liberté d’entreprendre (agir par soi-même) comme argument pour réduire les taxes sur les entreprises.

Descendons dans la société. Les sciences sociales telles que la sociologie, l’anthropologie, études du groupe et des structures, sont généralement cataloguées à gauche. Le commerce, symbole de la réussite personnelle est principalement associé à la droite. Ainsi, notre vision de chaque évènement, activité, est teintée du prisme de notre couleur politique.

Qu’en déduire ?

Que l’on soit de gauche, de droite, ni de gauche, ni de droite, peut être importe, ces convictions n’impactent pas uniquement le nom du bulletin dans l’urne. Nos opinions, ici politiques, teintent notre vision des programmes, des individus de sa couleur particulière. Face à des questions de société, les solutions que nous jugeons acceptables seront passés par le prisme de nos convictions.

Et dans ce monde parfois qualifié de « post vérité », où les sources d’informations se multiplient et la fiabilité de certaines est remise en cause, c’est la perception de la réalité elle-même qui semble désormais dépendre de notre manière de penser.

Alors, prenons du recul

Dans une lettre à Shuller, le philosophe Spinoza parle d’un caillou. Le caillou roule, soumis à la gravité. N’ayant pas conscience de cette force extérieure, il pense avancer par sa propre volonté. Cette image se transporte très logiquement à notre situation. Revenons à nos moutons, c’est à dire la politique.

En ces temps de campagne présidentielle, nous débattons souvent avec véhémence, argumentons face à l’autre, pensant détenir la vérité. Qui a raison ? Qui a tort ? La question n’est pas là. N’oublions simplement pas que tel un caillou, nous sommes soumis à des influences dont nous n’avons pas forcément conscience. Avoir du recul face à nos propres présupposés est la première étape pour sauter dans de vraies discussions politiques.

Le facile et le difficile

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Bien sûr, d’après Magritte

 

Le facile est le difficile sont deux notions qu’on utilise à peu près tous les jours, pour appréhender les milliers d’évènements qui parsèment notre quotidien. Notre réveil a été difficile, trouver une place de parking également. On se sent en pleine forme, notre travail du matin nous paraît facile. Coup de fatigue oblige, l’après-midi est difficile alors ce soir on y va easy, facile.

Humains que nous sommes, nous penchons naturellement vers le facile. Nous inventons la roue, raccourcissons les mots, nous avons même des livres de cuisine écrits sous la promesse de cette facilité.

Critère de jugement fondamental, les pensées, les tâches, les actions, sont faciles ou difficiles. Pour un peu de nuance, mettons que l’éventail part de l’extrêmement difficile au très facile. Monter des œufs en neige : plutôt facile. Escalader une montagne à mains nues ? Très difficile. Sauter à l’élastique : paroxysme de la difficulté : impossible.

La considération est simple, l’opposition évidente : les choses sont soit faciles, soit difficiles, jamais les deux. Aussi hermétique que l’huile et l’eau, ces deux notions semblent désespérément inconciliables.

La relation entre ces deux concepts est elle donc une simple opposition ? A regarder de plus près,  leur articulation semble plus “difficile” qu’il n’y paraît. Voyons cela.

1) Le facile, brique élémentaire du difficile.

Arrêtons nous sur une activité jugée difficile. Elle peut généralement se décomposer en éléments plus faciles. Parlons cuisine, et prenons la fabrication des îles flottantes, calvaire pour certains (« pourquoiiiii les œufs ne montent pas ? » « Pourquoiiii je ne parviens pas à préparer une bonne crème anglaise ? »)

Bref, chou blanc pour les œufs à la neige. Mais décomposons cette préparation en plusieurs étapes (en algorithmes, dirons certains) : fabrication de crème anglaise, pochage des blancs d’œufs, cuisson du caramel. Ces éléments pris séparément sont très logiquement plus faciles à réaliser que l’ensemble. L’agrégation de plusieurs éléments faciles offre, nécessairement, un rendu plus difficile.

Il faut donc parfaitement maîtriser ces éléments faciles pour effectuer leur somme. La réussite d’une bonne île flottante dépend de celle de ses subdivisions : crème anglaise, blancs d’œufs pochés, caramel. Si chacun de ces éléments sont encore trop difficile, il suffit de décomposer encore : bien faire chauffer le lait, bien faire monter les œufs… à chaque fois que l’on descend d’un cran, l’action est plus facile.

Cette réflexion s’étend à l’ensemble des actions et des projets. Toute construction difficile se divise en éléments plus faciles. Si ce n’est pas la décomposition d’une action, c’est sa préparation : une personne voulant faire un marathon de 42 kilomètres va d’abord courir 20, puis 30, puis 40, puis 42. L’idée, à reste la même : atteindre la brique qui nous semble la plus facile,et l’utiliser comme matériau de construction pour façonner son objectif.

L’apprentissage de nombreux arts commencent par la répétition de cette « brique élémentaire » : les arts martiaux font travailler des katas. La maitrise du dessin débute par celle des formes géométriques de base. Tout musicien commence par les gammes.

Au final, une chose n’est pas que difficile. Elle est une accumulation de choses plus faciles. Si au lieu de juger un projet irréaliste, nous le considérons comme une succession d’étapes plus abordables, il est plus facile, justement, d’avancer.

Pour la réussite d’un projet, le facteur essentiel n’est plus sa difficulté, mais le temps que nous sommes prêts à consacrer pour déconstruire l’ensemble en étapes plus faciles à effectuer.

2) Le facile est aussi difficile.

Ce n’est pas tout. Toute action, toute activité, n’est jamais facile ou difficile : elle est les deux, car perfectible. La répétition d’un même geste n’est jamais une stricte reproduction. Elle est une progression vers une meilleure connaissance. Considérer la difficulté d’une chose jugée facile permet de la maitriser davantage.

Restons sur les exemples culinaires et prenons le pain, qui possède une recette relativement basique : de la farine, de l’eau tiède, de la levure ou du levain, et hop, enfourné c’est pesé.

Mais le pain, c’est aussi ça :

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Concours mondial de boulangerie, salon du Sirha

 

Pour parvenir à un tel niveau, j’imagine que les boulangers ont malaxés des centaines de pâtes, enfournés des milliers de miches pour acquérir à chaque essai une meilleure maitrise des gestes, de la technique, voire de la sculpture.

Chaque action, même facile, peut se considérer difficile en fonction de notre exigence. Aux arts martiaux, les fameux katas sont répétés cent, mille fois. En dessin, une forme géométrique basique peut varier en fonction de la lumière, la perspective, le style…

On juge traditionnellement un restaurant à la qualité de son pain, c’est-à-dire son aliment le plus élémentaire. Ce n’est pas un hasard : si le diable se cache dans les détails, la perfection également.

Et la clé de l’apprentissage se trouve dans la combinaison de ces deux techniques : décomposer chaque difficulté en étapes plus faciles, et prendre conscience de la difficulté intrinsèque de celles ci pour les maitriser parfaitement. Le processus de perfectionnement devient peut-être infini, mais il n’est plus difficile.

 

Deux candidats, une couverture

La campagne présidentielle bat de son plein, répercuté tambours battants par les organes de presse. Mais les discussions, discours, brèves, bref, les éléments classiques d’une pré élection sont éclipsés par l’ombre d’une vague d’affaires judiciaires mouillant différents candidats.

Ces affaires sont intéressantes, leur transcription médiatique l’est tout autant et c’est ce que nous allons voir ici. Concentrons-nous sur celles de François Fillon et Marine Le Pen, et leur différence de traitement.

Mais pourquoi uniquement ces deux-là ?

Car ces affaires possèdent des similitudes (embauches d’assistants fantômes) permettant une comparaison plus visible, et les autres sont assez distinctes.

L’affaire Benoît Hamon n’est pas susceptible d’être poursuivi pénalement (même si la logique de conflits d’intérêt peut être relevée). Pour plus d’information sur cette affaire, voir ici.

Les « affaires Macron » (voir ici) concernent majoritairement une utilisation de l’argent de Bercy (lorsque Emmanuel Macron était ministre de l’économie) pour le lancement de sa campagne et de son mouvement, ainsi qu’une déclaration de patrimoine jugé critiquable. Non pas qu’il ne serait pas intéressant d’y réfléchir, mais limiter les objets d’études permettra permet d’éviter un éparpillement.

Donc, les affaires François Fillon et Marine Le Pen. Pour un petit rappel des affaires en temps que tel (ce qui n’est pas forcément nécessaire pour la suite de la démonstration), voilà pour les affaires Fillon et pour les affaires Le Pen.

Nous avons donc candidats électoralement forts, François Fillon et Marine Le Pen, touchés chacun par des affaires, potentiellement condamnables. Pourtant, la couverture médiatique ne se partage pas de la manière : celles de François Fillon occupent une place considérablement plus importante.

Pourquoi cette “préférence” pour François Fillon ? Cet article va tenter de l’expliquer.

Tout d’abord, le factuel :

Il y a trois raisons très pragmatiques :

François Fillon possède plus d’éléments à charge, chaque semaine semble apporter son lot de nouvelles révélations. Plus d’éléments à charge = plus de couverture médiatique. L’équation est facile.

En plus, ces éléments éclaboussant François Fillon arrivent au compte-goutte. Le Canard Enchaîné est l’un des principal média ayant révélé ces affaires. C’est un hebdomadaire sans déclinaison internet. L’arrivée des informations est donc allongée dans le temps, hebdomadaire, impliquant un feuilleton médiatique plus durable.

Enfin, les premières affaires Fillon ont été révélées avant celles de Le Pen. Il possède une attention prioritaire des médias qui considèrent peut être qu’il n’est pas possible, pour des raisons de clarté, d’efficacité, d’impact ou de rentabilité, de traiter deux affaires, sensiblement similaires, de front. L’impact de la seconde affaire, logiquement, s’amoindrit.

(Sur un registre plus tragique, nous avons une équivalence avec la prise d’otage de l’épicerie casher en janvier 2015 aurait été davantage relayé, avec un impact plus fort, sans l’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, qui a eu lieu deux jours plus tôt)

Toutes ces raisons, froidement factuelles, suffisent-elles à expliquer cette différence ? Rien n’est moins sûr. Plongeons désormais dans des théories plus complexes.

Les limites des hypothèses

Rappelons d’abord que les explications qui suivront ne sont que des hypothèses, par donc ces invérifiables. Elles apportent néanmoins un éclairage intéressant sur les évènements et permettent une grille d’interprétation des faits (nous reviendrons sur ces hauts concepts métaphysiques de faits et d’interprétations dans un autre article !).

Je précise également que ces théories ne peuvent être l’absolue vérité. Les médias possèdent certes des influences communes, des motivations similaires, ce n’est pas pour autant pas un bloc figé, d’une volonté propre. Chaque journal, chaîne de télé ou radio, site, possède ses propres intérêts, sa vision, ses contraintes, et se compose d’individus, donc de personnalités propres. Interpréter globalement veut dire simplifier. C’est éclairante, mais forcément imparfait (et oui, il y aura aussi un article plus large sur le sujet !).

Au gré des réseaux sociaux, nous pouvons glaner du bout des doigts quelques théories dont voici un bouquet : il s’agit de défendre les intérêts du FN, parti fort, peut être futur parti au pouvoir. Ou alors, le pouvoir en place, socialiste, cherche à faire tomber son concurrent historique, des Républicains. Autre idée, les médias sont à la botte de Macron et l’adversaire à abattre, car le plus dangereux, est François Fillon (les deux dernières théories pouvant d’ailleurs être complémentaires).

Je voudrais proposer deux autres hypothèses, qui n’imaginent pas un pouvoir direct du pouvoir en place sur l’ensemble de la presse, ou l’idée que tous les médias partagent la même théorie sur le Front National ou Emmanuel Macron. Les voici :

La vision du jeu politique

Nous pouvons penser que médias dits traditionnels possèdent une vision du jeu politique qui l’est tout autant. Bien que le FN caracole en tête des intentions de vote (sondage récent), l’échiquier politique reste classique : deux partis historique, le PS, les Républicains (anciennement UMP, descendant direct du RPR…), bref, deux partis qui historiquement s’alternent au pouvoir depuis le début de la cinquième république.

Au milieu, En Marche, Emmanuel Macron, avalisé par Bayrou, représentant historique de cette tendance. La logique reste traditionnelle.

Les partis aux extrémités restent, justement, à la périphérie. La France Insoumise avec Jean Luc Mélenchon à gauche, le Front National avec Marine Le Pen à droite. Sur l’ensemble, rajoutons des partis à l’importance électorale moindre.

(Je rappelle ne faire aucun jugement de valeur, j’expose simplement une représentation possible, par les médias, de la situation politique).

Or, l’importance médiatique des affaires coïncident avec celle perçue des partis. Les Républicains sont un parti historique ? L’affaire est jugée plus importante que celle du FN.

2) L’importance de l’image des électeurs

La seconde hypothèse, elle, ne dépend pas de la vision qu’ont les médias des partis, mais celles qu’ils possèdent des électeurs (à tort ou à raison).

Les sympathisants de François Fillon votent pour un parti historique. Ils se considèrent dans le jeu politique traditionnel, et suivent les règles habituelles, de l’intérieur.

Marine Le Pen, à l’instar de Donald Trump (ce qui explique peut-être les affinités de la candidate pour le président américain, malgré des divergences politiques), n’a jamais été au pouvoir et dit incarner le renouveau face aux anciens partis historiques, le fameux « UMPS ». Elle se revendique contre le système.

Mais qu’est-ce que le « système » ? Un mot fourre tout, abondamment utilisé ces derniers temps, généralement pour préciser qu’on se situe au dehors.

Le système ne concerne pas que les structures traditionnelles politiques. Fidèle à cette logique que la nuance est en voie de disparition, la notion de système incorpore également le judiciaire et le médiatique. Le système est un grand tout, composés de toutes les institutions. Et ces institutions sont reliées. Si affaires judiciaires il y a, c’est pour des raisons politiques, le tout avec la complicité des médias.

C’est l’une des raisons invoqués par Marine Le Pen pour ne pas se rendre à la convocation des juges.

Les électeurs du FN suivent la logique de leur candidate. De récentes études montrent que les affaires judiciaires de la leader frontiste n’influent en rien les intentions de vote. Par contre, et pendant de nombreuses semaines, les électeurs de François Fillon (ainsi que de nombreux soutiens politiques), se sont éloignés du candidat.

(Cette logique de rejet total du système s’applique également avec Trump : Aux Etats Unis, le fact checking, la recherche de la véracité des faits énoncés par les candidats n’a eu que très peu d’impact sur les votes sur Donald Trump, bien qu’il fût prouvé qu’il ait dit, lors de ses débats, plus de 50 % de choses erronées.)

Le choix des médias est donc peut être simplement pragmatique : les électeurs FN étant peu intéressés. Ils ne liront, verront, n’écouteront pas les articles, reportages émissions les concernant les affaires de leur candidate. Les électeurs de la droite traditionnelle, par contre, seront plus réceptifs aux « affaires Fillon ».

Voilà.

D’accord, mais pourquoi avoir parlé de tout ça ?

Car il est aisé de tirer des conclusions faciles face à une situation donnée. Nous pouvons penser que tous les médias sont à la botte du pouvoir, la justice également, que la finance tire les ficelles de l’ensemble… mais réfléchir, c’est douter. Douter, c’est comprendre que les choses sont généralement plus complexes que ce qu’on imagine. Cela n’empêche pas de prendre parti, simplement notre opinion est plus réfléchie, et la discussion avec des gens d’avis contraire plus aisée (ce qui est l’un des buts de ce site : l’échange).

J’ai expliqué plusieurs théories qui, toutes, conviennent. Ainsi une explication unique n’est pas forcément la meilleure explication. Souvent, les raisons sont multiples, voir imbriquées. Ce n’est pas grave : ce n’est pas car les choses sont compliquées qu’on ne peut pas y réfléchir  !

Mais surtout, cette analyse dépasse son cadre d’étude (le traitement médiatique de deux affaires politiques, donc) pour observer d’autres aspects de la société.

Ces théories, par exemple, n’expliquent-elles pas la ligne de défense de François Fillon ces dernières semaines ? Auparavant, il avait confiance dans la justice, et expliquait que s’il était mis en examen, il se retirerait. Il réfléchissait encore dans le système, qu’il acceptait. Aujourd’hui, il se dit victime l’assassinat politique, ne se retire pas bien que mit en examen et se considère « hors du système ».

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Sa ligne de défense nouvelle n’est-elle pas influencé par l’idée que les gens cherchant les candidats hors système seront moins regardant des accusations par ce même système ?

Qu’en pensez-vous ?

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Si différents, si proches…

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On dit souvent qu’au final, nous sommes tous les mêmes. C’est faux. Nous sommes, intrinsèquement, différents.

Tous différents

Tout simplement car nous sommes une somme. Une gigantesque addition, un brassage de génétique, d’environnement, de décisions, frustrations, d’angoisse, de deuils, de réflexions, de grandes  victoires et de petits échecs, et inversement. Et ce joyeux bordel, synthétiquement appelé « moi » ne peut pas être identique à celui d’un autre.

On s’amuse parfois à dire « Le ciel, je le vois bleu. Toi aussi. Mais si ça se trouve, mon bleu, c’est ton vert». Ce qui est peut être le cas pour les perceptions physiques, l’est presque toujours sur nos ressentis. Personne, jamais, n’éprouvera la même chose. L’amour, la haine, ont autant de déclinaisons que d’êtres humains. Mettons des jumeaux, au parcours identique, face à un même évènement : leur perception sera différente.

Ce joyeux bordel, ce « moi », interagit en permanence avec d’autres personnes. Sociabilité et neurones miroirs obliges, nous nous mettons parfois à leur place, ayant recourt à la fameuse empathie.

Sauf que l’empathie ne nous montre pas ce que ressentent les autres. Elle nous fait éprouver ce que nous imaginons qu’ils ressentent, ce qui est foncièrement différent. Nous nous basons pour cela sur la seule expérience que nous avons : la nôtre.

Trouver la preuve à une telle affirmation n’est pas compliqué : il suffit de regarder n’importe quel film à peu près bon. Nous allons ressentir de l’empathie pour des acteurs qui, par définition, ne font que jouer.

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Prenons l’exemple précis et frappant de « 127 heures », de Danny Boyle. Si vous êtes normalement constitués, avec un nombre de neurones miroirs convenable, une des scènes de ce film devrait logiquement vous retourner le ventre. Pourtant, tout est bien évidemment faux.

Notre capacité à nous imaginer à la place des autres nous accompagne au quotidien. Chaque moment, évènement, privé ou public en porte la marque. Nous voyons agir des gens et, nous basant sur notre expérience, nous interprétons. Combien de personnes ont-elles défendues Jacqueline Savage car elles se sont mises à la place de cette dame ? Au contraire, combien de fois précisons nous « Je n’aimerai pas être à sa place » ? Nous ne le saurons jamais. Nous ne pouvons qu’imaginer et donc, très logiquement, nous tromper.

En Asie, les gens sourient fréquemment, même dans des situations peu propices à l’humour. Aux Etats Unis, certaines personnes peuvent passer une soirée avec vous, vous parler comme si vous étiez leur meilleur ami, éclats de rire, tapes dans le dos, et superbement vous ignorer le lendemain. Accusant la douche froide, nous les traitons d’hypocrites. Ce n’est pas le cas. A l’instar du langage, les codes gestuelles évoluent d’une culture à l’autre. A l’empathie de s’adapter.

Pas la peine d’aller au bout du monde pour noter les différences. Les déceptions surviennent jusque dans notre cercle le plus intime. Combien de conflits quotidiens car nous pensions, à tort, être sur la même longueur d’onde ? Combien de déception pour quelque chose que l’on attendait, persuadé de l’avoir soufflé à demi-mot ? Combien de : il ne m’a pas rappelé, ça  veut dire, c’est sûr, qu’il ne m’aime pas… Et ce moment inoubliable, qu’on a partagé ? N’était-ce pas une promesse d’éternité ? Pas forcément. Pour l’autre, ce moment inoubliable n’était peut-être… qu’un moment.

Il y a les mensonges, il y a la manipulation. Mais beaucoup de conflits naissent par ces quiproquos foisonnants du quotidien, cette incapacité à penser que l’autre, même notre âme sœur, n’est pas nous.

Au-delà de ces soucis quotidiens, penser pouvoir se glisser dans la peau des autres révèlent d’autres problèmes.

Si quelqu’un se met à la place d’une personne dépressive, il ne pourra imaginer, mettons, qu’une grande tristesse. Il pensera que la dépression, c’est ça. Et que ce n’est pas si grave.

Nous faisons ce transfert pour comprendre des situations, juger des gens, tirer des conclusions au quotidien. Le harcèlement ? Vivre dans la rue ? Diriger une entreprise ? Un pays ? Je vois bien ce que c’est. Enfin, j’imagine…

On imagine mal. Reconnaître qu’on ne peut pas se mettre à la place des autres est un gage de modestie. Nous ne sommes pas tout le monde. Admettre cette limite permet de trouver une solution alternative pour comprendre : l’échange. Ecouter sans jugement. Appréhender l’altérité.

(Les livres aussi permettent d’enrichir sa compréhension de l’autre en découvrant des mécanismes de pensées différentes)

Même espèce

Il existe une exception essentielle à cette idée. Elle concerne les cas « extrêmes », les kamikazes, pédophiles, violeurs, tueurs d’enfant. Avec eux, généralement on ne peut pas comprendre. Il est impossible de se mettre à leur place. Nous n’avons rien en commun avec ces « individus », considérés en marge de la société.

(Ce n’est pas un hasard si ce sont généralement les exemples cités pour prôner le rétablissement de la peine de mort. J’y reviendrais lors d’un article consacré à la peine capitale).

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A la sortie du film « La chute », qui relate les dernières heures d’Adolf Hitler dans son bunker, de nombreuses voix s’étaient élevées pour accuser le film d’humaniser Hitler. Sauf qu’Hitler est bel est bien humain. Le rejeter hors de l’espèce est un moyen de nous dédouaner de ses actes.

Revendiquer la séparation totale d’avec ces individus peut s’avérer dangereux. En les parant d’un statut « non humain », nous leur offrons celui, au choix, de Monstre, de Dieu ou de Martyre. L’aura qui s’en dégage devient tentante, et n’est pas forcément étrangère aux motivations de certains jeunes qui souhaitent entrer dans les rangs djihadistes pour s’arracher de la société. Être autre.

Voilà pourquoi comprendre est une nouvelle fois nécessaire. Ce qui, bien sûr, ne veut pas dire excuser. Comprendre est une démarche scientifique, excuser est un jugement moral.

Appréhender nos différences en tant qu’individu, notre unité en tant qu’espèce. Dans les deux cas, une démarche reste essentielle : l’échange.

En saisissant ces « variations humaines », nous évoluons. Pour nous, oui le ciel est bleu. Si nous apprenons qu’il est vert pour certains, nous continuerons de le voir bleu. Sauf que nous aurons pris conscience des limites de notre vision et de la richesse de la réalité. En comprenant qu’il existe autant d’univers que d’individus, nous enrichissons le nôtre. Ajoutant la modestie du doute à notre empathie, nous la renforçons. Savoir qu’on ne sait pas est une connaissance.

Nous serons toujours distincts les uns les autres. Avoir conscience de ces différences est la première étape pour les dépasser.

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La science et le politique

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Interrogé par une chaîne locale lors d’un déplacement en Algérie, Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité.

Grincement de dents, inflammation des réseaux sociaux, le débat s’est propagé comme un virus grippal de vidéo en post, d’article en tweet, pour ou contre ?, et la question s’est rapidement transformé en débat idéologique.

De nombreuses choses ont été reprochées au candidat à la présidentielle. Notamment de « noircir le tableau », remarque qui semble indiquer qu’il y a justement un tableau, les plus et les moins de la colonisation. On compare, ici “infrastructures”, là “discrimination”. Ensuite, par une sorte d’équation magique et de relativisme absolue entre toutes les valeurs, on calcule le résultat de la colonisation : excellent, bien, moyen, passable, peu mieux faire.

D’autres voix s’élèvent également. Elles proviennent d’historiennes et d’historiens qui, malgré leurs dents qui grincent, ne mâchent pas leurs mots. (un exemple ici).

Le problème de la rigueur…

Le problème de ces propos n’est pas l’avis d’Emmanuel Macron sur la colonisation, mais l’utilisation du terme « crime contre l’humanité ». Cette expression, tout comme « génocide » (qui lui est très proche), possède une définition spécifique (que les plus curieux peuvent trouver ici et ici) dans le droit et l’histoire.

Or, savoir si la colonisation a été un crime contre l’humanité n’est pas du ressort d’Emmanuel Macron, ni du mien, mais des historiens et des juristes.

Bien sûr, le candidat utilise cette expression pour sa puissance symbolique, au détriment de sa précision historique. Mais cette utilisation est dangereuse.

Nous savons que la nuance est en voie de disparition. En affirmant que la colonisation est un crime contre l’humanité, le débat créé va naturellement tendre vers la caricature. Les personne critiquant l’affirmation serons cataloguée pro colonialiste (un petit tour sur les réseaux sociaux vaut tous les exemples). Celles critiques de la colonisation, seront associés implicitement à l’équation colonisation = crime contre l’humanité.

L’utilisation d’un fait scientifique par un politique place automatiquement le débat dans un cadre idéologique. Lorsque Trump nie le réchauffement climatique, toute personne le contredisant se retrouve automatiquement opposé à Trump, non pas en simple quête de rigueur scientifique. Et pour Emmanuel Macron, son affirmation sur la colonisation place le débat dans ce même travers idéologique.

Aussi et surtout, Emmanuel Macron joue avec une tradition intemporelle : l’utilisation des faits scientifiques pour des besoins politiques. Voyons cela plus en détails…

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Collision

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Il le repère tout de suite. Une attitude inhabituelle, démarche stressée, visage nerveux. Dans son métier, tout se fait à l’instinct. Vu le flux de personnes qui entrent et sortent en permanence, il n’a pas le temps de réfléchir. Il sent les gens, les situations et en général il n’est pas mauvais.

L’homme est grand, une écharpe bleue enroulée autour du cou et s’approche pour entrer. Il porte un grand sac qu’il voudrait bien vérifier, mais il est occupé par une autre fouille qu’il ne peut interrompre. Les regards se croisent, l’homme le repère, accélère le pas, le timing est parfait et quand il a fini avec la fouille actuelle, l’homme est déjà dans les profondeurs du magasin.

Il sent bien que la personne a accéléré pour ne pas être contrôlée. D’un coup de talkie, il fait une description rapide de l’individu à son collège à l’intérieur et lui demande de garder un œil sur lui.

Toute personne qui entre finira par sortir. Il attend, continu son boulot, effectue quelques fouilles. Fin de semaine, fin de journée, par ailleurs difficile, beaucoup de monde, et déjà quelques tentatives de vols qui l’ont mis sur les dents.

Vingt minutes se passent, il n’oublie pas. Son collègue l’a rappelé par talkie pour lui expliquer que le gaillard est passé deux fois près des bouquins, deux tours complets du magasin, et là, il a disparu depuis 10 minutes.

Et le voilà qui ressort. Pas par les caisses, bien sûr. Il revient, comme si de rien n’était, par l’entrée. Repérant le vigil, il accélère à nouveau le pas pour tenter une nouvelle fois d’éviter la fouille. Il ne bipe pas sous les portiques, mais les bouquins ne sont pas magnétisés…

Cette fois, il l’interpelle. Calmement, il demande

« S’il vous plait monsieur, contrôle du sac ».

L’homme devient immédiatement mal à l’aise. Le sac tombe par terre, l’homme cherche la fermeture éclair, un côté, puis l’autre, puis revient sur le première côté, enfin il ouvre.

Et le livre est là, juste sous la surface de la fermeture éclair. Un poche, fourré à la sauvette, au-dessus de tout ce que contient le sac, une tablette, des vêtements.

Le visage du jeune homme qui se décompose en dit encore plus long que la situation.

« Vous avez le ticket de caisse de ce livre ?

– Oui, balbutie l’homme, quelque part dans le livre, sûrement. »

Quelque part dans le livre. Il fait défiler les pages et ne trouve rien.

« Ah, bredouille l’homme. Je sais pas où il est alors… »

D’une voix très calme, il continu :

« Vous l’avez acheté où ?

– Ici… mais pas aujourd’hui. Hier…

– Vous êtes passé hier acheter le livre et vous êtes revenu aujourd’hui, et vous n’avez rien acheté ?

– Oui.

– On vous a vu passer deux fois par le rayon livre aujourd’hui.

– Juste pour voir. »

Juste pour voir…

« Attendez, dit l’homme soudain. J’ai une carte Fnac, on peut voir l’achat d’hier, peut être… »

Il vérifie. Aucune trace d’un quelconque achat la veille. C’est plié. Sauf que…

Continue reading “Collision”

Recherche nuance désespérément…

A l’instar du point-virgule et des abeilles, le concept de nuance est en voie de disparition. Les énigmes qui pullulent sur Facebook sont forcément réservées aux génies. Pas aux personnes plutôt intelligentes, malheureux. Des génies. Cette musique sera la meilleure chose que vous écouterez aujourd’hui. Et cet article ne va pas vaguement vous intéresser ou vous faire perdre 5 minutes, non. Il va changer votre vie.

A l’instar du point-virgule et des abeilles, le concept de nuance est en voie de disparition. Les énigmes qui pullulent sur Facebook sont forcément réservées aux génies. Pas aux personnes plutôt intelligentes, malheureux. Des génies. Cette musique sera la meilleure chose que vous écouterez aujourd’hui. Et cet article ne va pas vaguement vous intéresser ou vous faire perdre 5 minutes, non. Il va changer votre vie.

Si vous ne partagez pas cette photo, vous n’avez pas de cœur. N’essayez pas de me faire croire que vous n’avez pas le temps ou que vous voulez réduire votre empreinte big data. Pas de cœur, sale égoïste. Vous tentez une opinion nuancée dans un commentaire d’article ? Honte à vous, vous serez brocardé par le prochain troll qui tirera votre argumentation d’un côté ou de l’autre, généralement vers le bas. Pour survivre dans la jungle des réseaux sociaux, l’absolu est une protection, la nuance une faille par laquelle s’introduisent les vociférations numériques.

Cet été, vous étiez pour le burkini ? Dangereux islamophile ! Contre le burkini ? Un laïcard radical, celui là. Vous êtes de gauche ? Vous favorisez l’assistanat. De droite ? Vous seriez raciste que ça ne m’étonnerais pas. Le centre, je n’en parle même pas, aucune idée, vendu au plus offrant. C’est certain.

Dans ce monde jugé dangereux, en évolution permanente, avec ses nouvelles formes de couples, de vie, de genre, avec ses craintes de fin de civilisation et son métissage grandissant, les repères se froissent, les angoisses prospèrent. Crispation salvatrice : l’absolu. Qu’il s’agisse de religion, de posture, où simplement d’idées qu’on brocarde pour se sentir exister.

Mais négliger la nuance n’est pas sans conséquences et elles-ci, justement, peuvent être radicales. A considérer que tous les hommes politiques sont pourris, on ne voit plus l’intérêt de voter pour aucun d’entre eux. A penser que les grandes entreprises du Net savent déjà tout de nous, pourquoi s’embêter à encore protéger nos données personnelles ? A se dire que le climat est, de toute façon, foutu, qu’attendons-nous pour rouler en 4 X 4 et étouffer nous-mêmes les tortues marines ?

Sans faire, à mon tour, de raccourcis faciles, Trump semble être une des conséquences de ce raisonnement. Le système est pourri, Hillary est vérolée jusqu’à la moelle, votons Trump. A deux maux, forcément absolus, prenons celui qui s’assume, qui parle vrai, qui n’essaye pas de nous entourlouper. Celui qui veux drainer le marécage de Washington, lutter contre l’immigration et le terrorisme à coup de mesures chocs et de décrets illégaux.

Trump incarne la non nuance jusque dans son vocabulaire. Les choses ne sont pas « excellent » avec lui, elles sont « very very great »

(je sais que le lien avec 1984 a été fait à maintes reprises, mais c’est surtout la limitation de vocabulaire qui m’interpelle dans ce rapprochement).

Il prend des décisions radicales, fait construire des murs et empêchent des femmes d’avorter à grands renforts de signatures photographiées. Il bloque l’accès à 7 pays à majorités musulmanes (donc, dans l’ « absolu », musulmanes) pour contrer le terrorisme. Résultat, certaines de ces mesures viennent d’être invalidées par la justice américaine et de nombreux experts estiment que de telles directives pourraient au contraire amplifier le développement terroriste au lieu de de le contenir.

Le “parler vrai” se conçoit radical, mais la réalité est complexe. Qu’on le veuille ou non, elle est nuancée. Elle implique le recul, la réflexion, l’équilibre. L’acceptation de l’altérité, du doute. Mais, sollicité de s’affirmer de toutes parts, le « doute » nous secoue dans nos fondements les plus intérieurs, alors on l’évite…

Pourtant il est nécessaire, car il nous amène la subtilité. La nuance n’est pas un apanage, un luxe linguistique qu’on s’autorise dans un zèle de scepticisme. C’est une vision concrète de la réalité, qui épouse ses aspérité, indispensable, à opposer au fantasme de la binarité, du noir et blanc.

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