La science et le politique

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Interrogé par une chaîne locale lors d’un déplacement en Algérie, Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité.

Grincement de dents, inflammation des réseaux sociaux, le débat s’est propagé comme un virus grippal de vidéo en post, d’article en tweet, pour ou contre ?, et la question s’est rapidement transformé en débat idéologique.

De nombreuses choses ont été reprochées au candidat à la présidentielle. Notamment de « noircir le tableau », remarque qui semble indiquer qu’il y a justement un tableau, les plus et les moins de la colonisation. On compare, ici « infrastructures », là « discrimination ». Ensuite, par une sorte d’équation magique et de relativisme absolue entre toutes les valeurs, on calcule le résultat de la colonisation : excellent, bien, moyen, passable, peu mieux faire.

D’autres voix s’élèvent également. Elles proviennent d’historiennes et d’historiens qui, malgré leurs dents qui grincent, ne mâchent pas leurs mots. (un exemple ici).

Le problème de la rigueur…

Le problème de ces propos n’est pas l’avis d’Emmanuel Macron sur la colonisation, mais l’utilisation du terme « crime contre l’humanité ». Cette expression, tout comme « génocide » (qui lui est très proche), possède une définition spécifique (que les plus curieux peuvent trouver ici et ici) dans le droit et l’histoire.

Or, savoir si la colonisation a été un crime contre l’humanité n’est pas du ressort d’Emmanuel Macron, ni du mien, mais des historiens et des juristes.

Bien sûr, le candidat utilise cette expression pour sa puissance symbolique, au détriment de sa précision historique. Mais cette utilisation est dangereuse.

Nous savons que la nuance est en voie de disparition. En affirmant que la colonisation est un crime contre l’humanité, le débat créé va naturellement tendre vers la caricature. Les personne critiquant l’affirmation serons cataloguée pro colonialiste (un petit tour sur les réseaux sociaux vaut tous les exemples). Celles critiques de la colonisation, seront associés implicitement à l’équation colonisation = crime contre l’humanité.

L’utilisation d’un fait scientifique par un politique place automatiquement le débat dans un cadre idéologique. Lorsque Trump nie le réchauffement climatique, toute personne le contredisant se retrouve automatiquement opposé à Trump, non pas en simple quête de rigueur scientifique. Et pour Emmanuel Macron, son affirmation sur la colonisation place le débat dans ce même travers idéologique.

Aussi et surtout, Emmanuel Macron joue avec une tradition intemporelle : l’utilisation des faits scientifiques pour des besoins politiques. Voyons cela plus en détails…

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