C’est la natûûûre

Chaque fois que j’entends l’argument “c’est la nature !”, ça m’énerve. Voilà pourquoi :

« C’est la natûûûûûre ! »

A chaque fois que j’entends cet argument, je m’interroge. Et comme je l’entends beaucoup, je m’interroge souvent.

Les hommes sont impulsifs

C’est la nature.

Les femmes sont timides.

C’est la nature je vous dis, on n’y peut rien.

Arrêter la viande ?

Vous êtes fous, nos ancêtres étaient des chasseurs, c’est la nature.

L’homosexualité ?

C’est contre – nature.

Nature, contre nature, même combat. Dans tous les cas, il y a des choses qui se font car elles respectes un ordre naturel, et d’autres qui ne se font pas. C’est pourtant simple.

Sauf qu’à chaque fois que j’entends cet argument, quelque soit le débat, la discussion, je ne peux pas m’empêcher de me demander :

« Est-ce que vous vous rendez compte qu’à l’état naturel, l’être humain ne vaut pas un clou ? »

Sérieusement, regardons nous :

  • Pas de carapace, rien qu’une peau flasque et mollassonne sur laquelle même le soleil parvient à mettre des coups.
  • Des griffes ? Non, voyons. Mettons plutôt de délicats ongles qui se retournent à chaque coin de meuble.
  • Les crocs ? On n’arrive même pas à décapsuler une bière avec les dents sans s’en mordre les doigts.

Il faut se rendre à l’évidence : à l’état naturel, on est tout pourris.

Toute notre évolution s’est faite à rebrousse poil de notre nature première. Nous avons pris conscience de nos fragilités pour les compenser. Toutes les grandes découvertes de l’homme se sont passé à contre-nature.

Nous étions plus petit que d’autres prédateurs ? Nous nous dressons sur nos pattes arrières. Car nous étions faibles physiquement, nous inventons la roue. Pour effrayer les animaux et accessoirement les manger, nous avons maitrisé le feu. Rien de tout cela n’est naturel. Sans cette adaptation contre-nature, nous aurions disparut depuis longtemps face à des prédateurs plus forts, plus rapides, plus puissants.

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Réfléchissez à votre journée. Vous passez votre temps aller contre une évolution naturelle : vous vous laver les dents pour éviter qu’elles ne tombent, les mains pour éviter les bactéries. Vous vous parfumez pour ne pas puer. Vous portez des vêtements car votre peau n’est pas assez résistante, vous vous déplacez en roller / vélo / transports en commun / voiture / jet, car votre motricité n’est pas assez perfectionner pour le trajet à effectuer. Le soir, en rentrant, vous regardez Touche Pas à Mon Poste pour fusilliez l’intelligence naturelle de votre cerveau.

Car l’humain ne savait pas voler, il a inventé l’avion. Comme il ne savait pas respirer sous l’eau, les bouteilles de plongées sont apparus. Les grimpeurs mettent de la colophane (pardon, de la pof) car leurs mains suent naturellement et empêchent de bien saisir les prises à bout de doigts. Doit-on donc supprimer l’escalade, car on ne peut pas l’effectuer de manière naturelle ?

Est-il naturel de s’occuper des personnes âgées ? Des handicapées ? Des déficients mentaux ? Est-il naturel de ne pas casser la gueule à son voisin ou sa voisine, car on est physiquement plus fort(e) ? Est-il naturel de croire en Dieu ? Vous avez quatre heures.

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Ainsi n’est même pas que l’argument « c’est la nature » « ce n’est pas naturel » est pertinent ou pas, c’est qu’il est simplement complètement hors sujet. Certaines choses sont naturellement bonnes pour le corps, l’esprit, la société, d’autre non, point. Le reste, c’est de l’idéologie. Au jour d’aujourd’hui (vive les pléonasmes), qu’est ce qui est naturel ? Fredonner un chanson ? Jouer en bourse ? A Candy Crush ? Aimer ? Faire l’amour ? Cette séquence ?

Si vous voulez rejeter ce qui n’est pas naturel, pas de souci. Mais faîtes le vraiment. Laissez tomber les fringues (vous avez déjà vu un animal habillé – à part, bien sûr, les caniches de grands-mères ?). Jetez vos lunettes, vos médocs, vos couverts, votre argent, votre petit kawa du matin, votre smartphone et votre compte Instagram. Arrêtez le petit footing matinal (vous avez déjà vu un animal faire du sport, c’est-à-dire une activité physique sans aucun but précis ?), supprimez vos tendances sexuelles autre que strictement reproductrices (même vous, les hétéros). Et partez chasser votre nourriture, oui, même avec ce froid. Ou alors hibernez.

Vous serez nu, bigleux, dans la forêt, à chasser le lièvre ou cueillir la baie. Si vous avez encore le droit de parler (car le langage articulé n’est pas quelque chose d’hyper naturel), vous pouvez affirmer que vous vivez vraiment à l’état de nature. C’est vrai. Mais vous ne tiendrez pas longtemps.