Les « gentilles » victimes

Depuis quelques jours tourne et retourne une information qui provoque émois et débats : les attouchements subis par un jeune homme, Théo, 22 ans par les forces de l’ordre. Des suites d’une interpellation, plusieurs policiers l’ont agressés, potentiellement sexuellement, en enfonçant dans son anus une matraque sur dix centimètres. L’information été diffusée, propagée, portée dans l’espace public et les médias.

Et dans les médias, justement, quelque chose est interpellant : le jeune homme est très régulièrement décrit comme « gentil ». (ici, par exemple, et ici, ici)

Cette précision s’explique, bien sûr. Elle ajoute de l’émotion, humanise la victime, provoque l’empathie et sert, en outre, de contraste radical par rapport à l’acte subit.

Mais cette note sur les qualités humaines de la victime est également dangereuse. Pourquoi l’ajouter ? Si la victime avait été un sombre abruti, l’aurait-on également précisé ? L’acte qu’il a subit aurait-il été considéré moins grave ? Se serait-on dire, alors, qu’il a un peu mérité ce qui lui arrive ?

Théo est peut être, effectivement, gentil, peut-être pas, ce n’est pas le plus important. L’important, c’est ce qu’il a subit, comment, par qui, avec quelles intentions. Décrire une victime comme « gentille » une victime de violence rend l’ensemble fictionnel, et semble suggérer que seuls les « gentils » sont réellement victimes. En présentant les qualités intrinsèques de la personne, on propose une inégalité de traitement médiatique et on atteint directement l’opinion publique, qui possède une influence dans les décisions judiciaires, comme l’atteste la récente affaire « Jacqueline Savage ».

L’une des beautés de la justice est qu’elle est aveugle. A l’instar du médecin qui opère sans a priori, du psy qui traite sans jugement, la justice utilise la même rigueur pour tout le monde, « gentils » comme « méchants ». Elle ne cherche qu’à savoir si les personnes sont coupables, innocentes, victimes, et à quel degré. L’humanité se composant d’une palette de personnalités, les gentils ne sont pas les à être victimes.

Par cette objectivité totale sur les citoyens, l’idéal de la justice se veut impartial. Il ne propose pas univers romancé et manichéen, où les victimes sont forcément gentilles, les coupables forcément de véritables crapules.